Accueil Bovins

«Actuellement, Bovaer est le produit homologué le plus performant»

Ce qui constitue un additif alimentaire très efficace pour réduire les émissions de méthane suscite de vives inquiétudes dans le secteur bovin. Nico Peiren, chercheur à l’Ilvo (Institut de recherche flamand pour l’agriculture, la pêche et l’alimentation) démêle le vrai du faux sur ce sujet.

Temps de lecture : 5 min

Bovaer est un additif alimentaire inhibiteur de méthane à base de la substance active 3 nitrooxypropanol (3-NOP). Il est produit par la société néerlandaise DSM-Firmenich. Le fabricant affirme que ce dernier permet de réduire les émissions de méthane de 30 % chez les vaches laitières et de 45 % chez les bovins à viande. Néanmoins, malgré des résultats probants, ce produit ne fait pas l’unanimité comme l’indiquait l’article du 5 mars, publié dans notre journal et intitulé « Le Bovaer : remède climatique ou roulette ruminale ? ».

Largement testé dans plusieurs pays

Les premiers essais à son sujet se sont déroulés en 2011 sur des moutons, puis Bovaer a également été testé de manière approfondie sur des bovins. L’inhibiteur de méthane a été mis à l’essai dans le cadre de plus de 110 projets de recherche différents sur plus de 150 exploitations agricoles dans 20 pays. Aujourd’hui, il fait partie de la ration alimentaire de plus de 500.000 vaches dans 25 pays, du Brésil au Japon en passant par la Belgique. Soixante-dix pays à travers le monde ont autorisé la commercialisation de ce produit.

Le fait que de nombreux pays encouragent, voire imposent, son utilisation s’explique par son efficacité en matière de réduction des émissions de méthane. Une réduction qui permet de réduire l’empreinte carbone du secteur laitier et aide les pays à atteindre leurs objectifs climatiques sans avoir à diminuer leur cheptel. En Flandre, également, l’utilisation de ce produit est encouragée par le biais d’un programme écologique, dans le cadre duquel les éleveurs laitiers reçoivent 0,16 € par animal et par jour s’ils utilisent correctement Bovaer dans la ration (réduction de 26 %). Le Danemark en a même rendu l’utilisation obligatoire, mais s’en détourne désormais, tant que les recherches sur les symptômes de la maladie au sein de leurs vaches danoises sont en cours.

« Le Bovaer doit être utilisé à la bonne dose »,  souligne Nico Peiren.
« Le Bovaer doit être utilisé à la bonne dose », souligne Nico Peiren. - N.K.

« Pas d’impact sur la santé de l’éleveur »

Nico Peiren, chercheur à l’Ilvo a accepté de répondre à plusieurs questions qui ont régulièrement refait surface au cours de l’année écoulée. Il les examine avec le regard lucide qu’impose sa fonction.

Existe-t-il des alternatives à Bovaer ?

Il y en a, mais elles sont moins efficaces. À l’heure actuelle, Bovaer est le produit homologué le plus performant en matière de diminution des émissions de méthane dans l’élevage bovin. Il permet une réduction de 26 % chez les vaches laitières et encore davantage chez les bovins à viande, alors que les autres solutions homologuées n’atteignent que 10 %. C’est également le plus fiable, car au cours de ma carrière, j’ai vu défiler de nombreux produits qui affichaient des taux de réduction très variables.

Peut-il être dangereux pour la santé de l’éleveur ?

L’agitation qui a surgi à ce sujet, il y a plus d’un an, est vraiment une fausse nouvelle. Sur Internet, des blogueurs ont affirmé que l’inhalation du produit serait néfaste pour l’homme. Voici ma réponse à ce propos : si vous sniffez de la poudre de talc, ce n’est pas très agréable, mais si le produit est utilisé correctement, il n’y a aucun impact sur la santé.

Du côté du Danemark…

Récemment, des éleveurs danois ont attribué les problèmes rencontrés chez leurs vaches à Bovaer. Qu’en est-il exactement ?

L’histoire danoise m’a surpris, car il s’agit ici d’un contexte totalement différent de celui qui avait fait grand bruit il y a un an. Je ne peux pas me prononcer sur ce qui se passe au dans ce pays, car je ne dispose pas d’informations suffisantes. Là-bas aussi, on est encore en pleine enquête sur ces plaintes. Les symptômes décrits ou les signes cliniques semblent plutôt indiquer d’autres causes. Un changement dans la ration alimentaire ou une maladie animale peut également avoir une influence. En tout cas, je n’ai aucune explication à cela, car nous n’avons jamais observé ces faits au cours des 10 années durant lesquelles nous menons des recherches sur ce produit.

Est-il possible que les vaches Jersey danoises supportent moins bien ce produit que nos Holstein ?

En principe, la race ne devrait pas avoir d’influence sur l’efficacité du produit. Une vache Jersey est un peu plus petite, produit moins de lait, mais présente des teneurs en protéines et en matières grasses plus élevées. La digestion se déroule toutefois de la même manière. Il est très improbable que la race joue un rôle. Au Danemark également, le produit a fait l’objet de tests approfondis, cependant, je ne sais pas avec certitude quelles races étaient incluses dans le protocole d’essai à l’époque. Bovaer peut, bien sûr, poser des problèmes s’il n’est pas utilisé à la bonne dose. Celle-ci est très faible, à savoir à peine 60 mg/kg de matière sèche (13,5 g/vache/jour). À une dose de 100 mg/kg de matière sèche, nous n’avons pas, non plus, constaté d’impact négatif dans le cadre de l’étude.

Est-ce une mauvaise idée d’intervenir dans le système digestif des vaches ?

En réalité, le 3-NOP, la substance active contenue dans Bovaer, n’a absolument aucun effet sur la digestion d’une vache. Les bactéries méthanogènes présentes dans le rumen produisent du méthane dans le cadre de leur métabolisme lors de la digestion des aliments. L’enzyme responsable de la production de méthane dans ce processus est bloquée par Bovaer, ce qui réduit la quantité de méthane produite. Le produit n’agit qu’à la toute fin du processus, en empêchant l’étape finale au cours de laquelle l’hydrogène est transformé en méthane. En conséquence, la quantité d’hydrogène dans le rumen peut légèrement augmenter, néanmoins cela ne pose aucun problème. Si tel était le cas, la fermentation rumenale ralentirait ou s’arrêterait, ce qui n’est pas le cas.

A lire aussi en Bovins

Du golf fermier au drive-in, la Bleue Mixte se décline sous différentes coutures

Bovins Gîtes, golf fermier, safari, et même drive-in : à la ferme de la Bourgade, Jean-Marie Leboutte et son épouse sont passés maîtres dans l’art de la diversification. Autant d’activités originales qui mettent en lumière leur travail, créent du lien avec le consommateur et contribuent à promouvoir la Bleue Mixte. Une race locale à laquelle cet agriculteur reste profondément attaché, tout en gardant un regard lucide sur ses qualités comme sur ses limites.
Voir plus d'articles