La BCAE5 s’invite au parlement wallon
Interpellée dans le cadre d’une question parlementaire de la députée Caroline Cassart, la ministre Anne-Catherine Dalcq, défend une refonte en profondeur de la cartographie BCAE5. Après les critiques suscitées par une première version jugée déconnectée des réalités agricoles, la nouvelle mouture se veut plus pragmatique et concertée, et semble, à ce stade, mieux acceptée sur le terrain.
C’est dans le cadre d’une question écrite déposée par la députée Caroline Cassart que la ministre Dalcq, a été amenée à préciser les contours et les premiers retours liés à la nouvelle cartographie de la BCAE5.
Au cœur des exigences environnementales de la Pac, la BCAE5 a longtemps cristallisé les tensions entre impératifs écologiques et contraintes agronomiques. Sous la précédente législature, sa première déclinaison en Wallonie, fondée sur une cartographie des risques d’érosion, avait suscité un véritable tollé dans le monde agricole. En cause : un dispositif perçu comme trop théorique, insuffisamment ancré dans les réalités de terrain.
Une nouvelle lecture du risque d’érosion
C’est précisément ce décalage que la nouvelle majorité wallonne a cherché à corriger. En concertation avec les organisations agricoles, la ministre a revu en profondeur le système. La nouvelle cartographie, désormais structurée en 6 classes de risque, ambitionne de concilier deux objectifs : préserver la liberté de culture des exploitants tout en les orientant vers des pratiques adaptées à la gestion de l’érosion.
Entrée en vigueur prévue au 1er juillet 2026, pour une application complète au 1er janvier 2027, cette réforme s’est accompagnée d’un important effort de pédagogie. Pas moins de 25 séances d’information ont été organisées à travers la Wallonie par les services de la Direction de la recherche et du développement et de l’OPW. Un webinaire dédié, tenu début mars, est venu compléter ce dispositif. Sur le terrain, les premiers retours semblent marqués par un apaisement relatif. « Les séances se sont déroulées sereinement », indique la ministre, soulignant que l’importance de la lutte contre l’érosion est désormais largement partagée. Surtout, la nouvelle cartographie apparaît « plus en rapport avec les réalités de terrain », un point de rupture majeur avec la version antérieure.
Pour les exploitations les plus exposées, le dispositif prévoit un accompagnement spécifique. La possibilité de recourir à un conseiller en protection des sols de Natagriwal, avec à la clé l’élaboration d’un plan faisant autorité, constitue un levier d’acceptabilité non négligeable. Au-delà de la perception qualitative, les chiffres permettent de mieux cerner l’ampleur du dispositif. Sur les quelque 754.371 ha de surface agricole utile (SAU) recensés en Wallonie en 2025, plus de 40 % sont constitués de prairies permanentes, non concernées par les obligations de la BCAE5. L’enjeu se concentre donc principalement sur les terres arables.
Parmi celles-ci, les parcelles classées en zones à risque élevé (classes 4, 5 et 6) couvrent 78.511 ha, soit environ 10 % de la SAU wallonne. Toutefois, toutes ne sont pas soumises simultanément aux exigences de la BCAE5. Chaque année, seules les parcelles en cultures de printemps doivent mettre en œuvre des mesures spécifiques. En 2025, cela représentait 35.114 ha, soit moins de 5 % de la SAU totale. Dans ce périmètre, la répartition par niveau de risque montre une prédominance des situations intermédiaires : 71 % des surfaces concernées relèvent de la classe 4, contre 24 % en classe 5 et 5 % en classe 6. Ce calibrage plus fin du dispositif, qui limite son impact aux situations réellement à risque, semble constituer l’un des facteurs clés de son acceptation. Reste que la mise en œuvre concrète, notamment pour les exploitations les plus contraintes, constituera le véritable test de cette réforme.