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Un printemps nettement favorable au développement des cultures

Alors que le printemps touche tout doucement à sa fin, le Bulletin agrométéorologique du pays confirme une campagne bien engagée, portée par des températures et un ensoleillement ayant permis une nette avance des travaux et du développement des cultures. Cette dynamique, globalement positive, s’accompagne néanmoins de quelques points de vigilance en matière de pression sanitaire et de disponibilité en eau.

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Nous extrayons de ce bulletin, qui analyse les conditions météorologiques et culturales au cours de la saison agricole, la situation des grandes cultures à l’entame de la première décade de mai.

Quinze mois d’anomalie thermique

Rappelons tout d’abord que l’hiver a été globalement doux et relativement sec et ce, malgré les pluies abondantes de février. Celles-ci ont d’ailleurs compensé, bien que partiellement, le déficit d’eau marqué connu en décembre. Le printemps s’est déroulé dans la continuité, avec des conditions exceptionnellement chaudes, ensoleillées et, souvent, sèches. Ainsi, les mois de mars et d’avril ont été caractérisés par des températures supérieures aux normales saisonnières, auxquelles se sont ajoutés un fort excédent d’ensoleillement et un déficit de précipitations (principalement en avril).

À la station de référence d’Uccle, seulement 9,1 mm de pluie ont été enregistrés en avril, ce qui en fait le troisième mois d’avril le plus sec depuis 1991. Celui-ci constitue également le 15e  mois consécutif présentant une anomalie thermique positive, un record sur la période de référence.

Sans surprise, ces conditions ont largement favorisé les travaux de printemps et, comme on le lira ci-après, le développement des cultures

En froment, surveiller l’évolution des rouilles

Fin mars, en Wallonie, les escourgeons suivis dans le réseau d’observations du Cepicop avaient majoritairement franchi le stade 1er  nœud (BBCH 31), avec une part croissante atteignant le stade 2e  nœud (BBCH 32). Début avril, leur développement s’est accéléré, sous l’effet des températures favorables. Rapidement, la majorité des parcelles a atteint le stade 2e  nœud. Les plus avancées s’approchaient même du stade dernière feuille visible (BBCH 37).

Cette dynamique s’est confirmée quinze jours plus tard, avant d’aboutir, en fin de troisième semaine, au stade dernière feuille étalée (BBCH 39) et l’apparition des premières barbes. In fine, l’épiaison a débuté fin avril (BBCH 51 à 55), marquant par la même occasion la fin des interventions culturales. Reste désormais à évaluer quel sera le remplissage des épis.

En escourgeon, les opérations culturales sont terminées...  Tout est désormais joué et les résultats se dévoileront fin juin - début juillet.
En escourgeon, les opérations culturales sont terminées... Tout est désormais joué et les résultats se dévoileront fin juin - début juillet. - J.V.

En ce qui concerne le froment d’hiver, les parcelles du même réseau du Cepicop ont progressé du stade épi 1 cm (BBCH 30) à la dernière feuille (BBCH 39) en l’espace d’un mois, entre fin mars et fin avril. La phase de montaison s’est amorcée fin mars (BBCH 30-31), puis la douceur de début avril a accéléré la transition vers le 1er  nœud, atteint par plus de la moitié des parcelles suivies en date du 3 avril. Le 2e  nœud (BBCH 32) s’est généralisé entre le 13 et le 20 avril, période durant laquelle les parcelles les plus avancées ont rejoint le stade dernière feuille pointante (BBCH 37). La semaine du 27 avril marque un ralentissement : peu d’évolution sur l’ensemble du réseau du Cepicop, mais quelques parcelles se situaient au stade BBCH 39 (dernière feuille déployée).

Sur le plan sanitaire, la pression demeure globalement faible à modérée. La septoriose est largement présente, avec des niveaux parfois élevés sur les feuilles basses, mais sa progression vers les étages supérieurs reste limitée dans le contexte sec rencontré jusqu’à fin avril. Les rouilles restent encore discrètes : la rouille jaune est localisée sur certaines variétés, tandis que la rouille brune montre une progression et s’observe sur un nombre croissant de situations.

Dans l’ensemble, la situation reste maîtrisée, mais appelle à une vigilance accrue, en particulier vis-à-vis de l’évolution des rouilles.

Des pommes de terre plantées à bon rythme

Les conditions clémentes rencontrées ce printemps ont également été favorables aux patatiers. Ainsi, la saison des plantations a débuté hâtivement.

Sur le terrain, les premières plantations ont été réalisées en Hesbaye, dans des parcelles présentant un état structural favorable, au cours de la seconde décade de mars. Ces plantations se sont déroulées avant l’épisode pluvieux et le rafraîchissement observés à la fin du mois.

De ce fait, les plantations n’ont réellement débuté qu’à partir de la deuxième semaine d’avril, le plus souvent dans de bonnes conditions de structure, mais avec des sols encore froids et crus en profondeur. La plus grande prudence était donc requise lors de la préparation des terres. En effet, comme l’a souligné la Fiwap, travailler sur un sol trop humide aurait pu provoquer des lissages en fond de butte, c’est-à-dire une compaction ou une semelle susceptible de gêner le développement racinaire, le drainage et la qualité de la levée. Attendre de meilleures conditions permettait ainsi de préserver la structure du sol et le potentiel de la culture, tout en évitant des consommations inutiles de carburant ; les interventions réalisées en mauvaises conditions étant souvent plus énergivores.

Dans les campagnes, les plantations ont progressé de manière contrastée selon les régions, les types de sols, les exploitations et la disponibilité en plants. Concrètement, au début de la troisième décade d’avril, l’état d’avancement national des mises en terre était estimé entre 50 et 60 %. Ce chiffre cachait toutefois une certaine variabilité, avec des fermes dont les travaux étaient terminés tandis que d’autres les avaient à peine entamés.

Les plantations se sont poursuivies à bon rythme jusqu’à la fin du mois d’avril, sans heurts ni empressements. Début mai, on pouvait considérer qu’une grande majorité des plantations était achevée. En notant, toutefois, que certains petits producteurs, consacrant moins de 5 ha à la pomme de terre, auraient renoncé à cette culture cette année.

Vu du déroulé de ce printemps, les plantations ont été clôturées tôt dans la saison et se sont étalées dans de bonnes conditions. Les pluies de ce début de mois de mai étaient attendues pour deux raisons : permettre aux buttes de se rasseoir, premièrement, et envisager, d’autre part, les désherbages chimiques pour celles et ceux qui optent pour cette option.

Deux vagues de semis betteraviers dans une année intermédiaire

Cette année, les semis betteraviers ont été achevés fin avril, tout comme les semis de chicorées (lire ci-après), et se sont déroulés en moins d’un mois. Deux grandes périodes de semis ont été enregistrées ce printemps. La première s’est déroulée du 20 au 24 mars, avant d’être interrompue par les pluies, au passage de mars à avril. La seconde vague, plus marquée, a débuté le 5 avril et s’est étalée sur une dizaine de jours, avec son apogée aux alentours des 8, 9 et 10 avril.

La comparaison avec les années précédentes, réalisées par l’Institut royal belge pour l’amélioration de la betterave (Irbab), montre que cette campagne se situe en position intermédiaire au regard des cinq années précédentes. À titre de comparaison, les campagnes 2022 et 2025 s’étaient distinguées par leur précocité, à la faveur des conditions favorables rencontrées au champ. A contrario, 2023 et 2024 avaient été nettement plus tardives, avec une année 2024 marquée par des semis très dispersés, avec quelques parcelles emblavées au début du mois de juin, seulement.

La levée s’est globalement bien déroulée, bien que quelques irrégularités locales aient été constatées dans les semis réalisés en mars, suite à la formation d’une croûte de battance. Ce problème a été observé tant en betteraves qu’en chicorées. Quelques dizaines d’hectares de betteraves ont, par conséquent, dû être ressemés.

Dès la levée, des vols intenses d’altises ont été observés. Grâce au traitement de semences Buteo Start, les plantules étaient protégées jusqu’au stade 4 feuilles et n’ont pas nécessité d’intervention foliaire. Les premières observations de pucerons verts aptères ont été rapportées fin avril. Il s’agit principalement de parcelles au stade 4 feuilles, ainsi que de parcelles sans traitement Buteo Start (Force uniquement ou non traitées). Ce constat doit servir de rappel : il est important de tenir compte du type de traitement de semences et de toujours vérifier sa propre parcelle avant d’envisager une quelconque intervention.

Les chicorées ont suivi une tendance similaire : des semis entamés fin mars, suivi d’une vague d’emblavement plus importante à partir du 5 avril. Les travaux se sont achevés au début de la troisième décade d’avril. Au sein du réseau mis sur pied par l’Irbab, les levées ont toutefois affiché une certaine hétérogénéité. Quelques dizaines d’hectares ont dû être ressemés, comme indiqué ci-avant.

Des maïs en avance sur le calendrier

Ces mêmes conditions favorables ont permis d’initier les premiers semis de maïs grain dans certaines zones propices (Centre du pays) dès les 8 et 9 avril, suivis par les premiers semis de maïs fourrager entre les 12 et 14 avril, traduisant une avance marquée des opérations culturales par rapport au calendrier habituel.

Les opérations ont été conduites sur des sols bien ressuyés en surface, notamment sous l’effet de conditions séchantes marquées par des vents de nord à nord-est parfois soutenus et quasi quotidiens durant cette période. Les nuits froides observées n’ont, à ce jour, pas eu d’impact négatif sur la levée. En effet, afin de limiter les dégâts causés par les corvidés, les semis sont le plus souvent effectués à une profondeur d’environ 5 cm, ce qui entraîne un délai de levée légèrement allongé, de l’ordre de dix à douze jours.

Le maïs, tant fourrager que grain, a été semé avec  une avance notable sur le calendrier habituel ;  preuve, une fois encore, que l’agriculture  n’est pas une affaire de dates.
Le maïs, tant fourrager que grain, a été semé avec une avance notable sur le calendrier habituel ; preuve, une fois encore, que l’agriculture n’est pas une affaire de dates. - J.V.

Les premières levées ont été observées entre le 20 et le 25 avril, à la suite de la période de fraîcheur nocturne. Début mai, la majorité des parcelles était en cours de levée, favorisée par le retour d’humidité observée à l’entame du mois.

Les semis suivant un ray-grass ou des méteils sont également, pour la plupart, réalisés, les agriculteurs ayant anticipé les récoltes avant le changement de temps annoncé.

À l’entame de la première décade de mai, on estimait que 85 à 90 % des surfaces étaient semées. Les premiers désherbages de post-émergence précoce sont envisagés dès la mi-mai, sous réserve de conditions météorologiques favorables.

Démarrage précoce de la pousse d’herbe

Du côté des prairies, la tendance est similaire. Les conditions météorologiques printanières ont permis un démarrage relativement précoce de la pousse de l’herbe, y compris en Ardenne. Cette dynamique a toutefois été freinée fin avril, sous l’effet conjugué d’un vent persistant de secteur nord-est et de l’absence de précipitations. Fin avril, le pic de croissance n’était pas encore atteint dans les prairies pâturées ardennaises.

Quelques fauches précoces ont déjà eu lieu, même en Ardenne, soit dans des élevages laitiers, soit pour libérer les parcelles destinées au semis de maïs. Les rendements y étaient logiquement modestes à ce stade de la saison. Les précipitations de ce début mai sont déterminantes pour relancer la pousse de l’herbe.

Trop tôt pour un bilan

Si ce printemps a été favorable à l’implantation et au développement des cultures, les pluies tombées récemment étaient attendues, bien qu’elles aient été accompagnées d’une baisse des températures, parfois sévère en comparaison avec ces dernières semaines. Ce début d’année, bien qu’encourageant, ne doit toutefois faire oublier qu’il reste encore du temps avant la récolte.

La situation sanitaire peut encore évoluer, en céréales notamment. Comme indiqué ci-avant, l’évolution des rouilles devra être surveillée avec attention. En betteraves sucrières, outre les pucerons actuellement présents dans certaines parcelles, c’est l’apparition potentielle et le développement de la cercosporiose, dès cet été, qui pourraient avoir un impact sur les volumes récoltés. En pommes de terre, il est actuellement trop tôt pour évaluer quel pourrait être l’impact du mildiou, au regard de la météo et des traitements envisagés. Pour ces deux dernières cultures, les conditions rencontrées à la récolte, à l’automne, seront également déterminantes.

D’après le Bulletin

agrométéorologique national

Cra-w, Irm et Vito

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