En danger, le miel européen passe à l’offensive promotionnelle
Le miel européen est un trésor sur lequel plane un grand danger. En effet, ce concentré de douceur sucrée, riche en bienfaits pour notre organisme, souffre de la concurrence accrue et souvent déloyale des miels issus d’autres régions du globe, moins regardantes sur la qualité du produit. Face à ce constat, la campagne Eu BeeLovers entend rappeler aux consommateurs combien il est essentiel de se tourner vers les productions européennes.

Rien ne semble plus anodin qu’un pot de miel… Et pourtant, le choisir avec le plus grand soin traduit un véritable geste de soutien envers les apiculteurs européens, confrontés à une concurrence accrue de miel – voire, parfois, d’ersatz – provenant des quatre coins de la planète. Mais au-delà des miels « de provenance UE et non UE » (à savoir : Ukraine, Brésil, Chine, Vietnam…), l’apiculture européenne souffre d’un certain nombre d’autres menaces, qu’elles soient économiques, politiques, environnementales…
Climat, fraude, libre-échange… rien n’épargne le miel
« Les changements climatiques sont déjà lourds de conséquences, entraînant une hausse des populations de ravageurs et pathogènes tout en influençant négativement la biodiversité », confirme Doriane Alberico, chargée de projets pour le Centre apicole de recherche et d’information (Cari). Par ailleurs, lesdits changements causent une réduction de la qualité et de la quantité des ressources alimentaires disponibles pour les abeilles. Sur le plan de la pollution, les produits phytosanitaires, les métaux lourds ou encore les micro- et nano-platisques sont pointés du doigt.
Les pratiques agricoles et apicoles ont un impact sur les colonies d’abeilles et, a fortiori, sur la production de miel. Certaines pratiques agricoles ont des répercussions sur la biodiversité ou sur la diversité des paysages. Le recours aux pesticides peut aussi peser sur les pollinisateurs. Du côté apicole, l’efficacité de quelques traitements, notamment contre le varroa, diminue en raison d’un usage inadéquat. Certains contaminants sont davantage détectés, également.
En parallèle, les fraudeurs se montrent de plus en plus inventifs. Avec, ici aussi, l’apparition de menaces inédites pour le miel européen. « De nouvelles techniques voient le jour, permettant de modifier le profil pollinique du miel ou de masquer la présence d’hydroxyméthylfurfural, un composé révélateur d’un produit exposé à des chaleurs excessives. De nouveaux sucres, destinés à couper le miel, font aussi leur apparition. Le tout, dans un contexte de manque de contrôles. »
Enfin, l’apiculture européenne souffre du contexte politique et économique. À l’image de l’agriculture, les accords de libre-échange n’y sont pas accueillis avec enthousiasme. Ainsi, la réduction des droits de douane et des contrôles aux frontières se traduit par la mise sur le marché européen d’une plus grande quantité de miel mais aussi par une perte de qualité des produits importés. Ces accords conduisent encore à des craintes de repli du prix du miel et de concurrence déloyale.
Des pistes existent !
Le tableau dressé peut paraître bien sombre mais n’est toutefois pas noir, car des pistes et perspectives existent également. Du côté du cadre législatif tout d’abord : « Outre le Codex Alimentarius, qui regroupe toute une série de lignes directrices internationales relatives à la commercialisation et à la composition du miel, il existe des directives européennes et des normes nationales, parfois plus strictes que leurs homologues européennes. Cela contribue à préserver la filière au sein de l’UE ».
La recherche poursuit ses avancées. Ainsi, une « Plateforme Miel » réunit plusieurs fois par an un large panel d’experts en vue d’harmoniser les méthodes d’analyses, de réaliser des recommandations en termes de paramètres de qualité et de traçabilité et, enfin, d’étudier la possibilité de créer un laboratoire de référence. Son objectif principal est de lutter contre la fraude et d’améliorer la traçabilité du miel vendu dans l’Union européenne.
Enfin, l’information du consommateur se développe de plus en plus, à l’initiative des associations agro-envi-apicoles. Car il ne fait aucun doute qu’il convient de communiquer avec les citoyens européens afin de les guider au mieux dans le monde du miel, lequel peut paraître peu lisible pour un profane, perdu entre miels artisanaux et produits de grande distribution.
Quand il est moins coûteux d’importer que de produire…
Le marché mondial est dominé par l’Asie. Certains pays, comme la Chine ou l’Inde, ont vu leur récolte croître très fortement ces dernières années en termes de récolte globale annuelle. Statistiquement, ces mêmes pays, ainsi que d’autres (Brésil, Ukraine, Vietnam…), enregistrent aussi une progression exceptionnelle au niveau de la production par ruche. « Mais est-ce toujours du miel ? », interroge M. Bruneau.

Les chiffres montrent encore que l’Asie demeure le plus grand exportateur de miel, avec 61 % des exportations mondiales. Quant à l’Europe, il s’agit du deuxième importateur mondial (24 % des importations), derrière l’Amérique du Nord (38 %). Alors que notre continent recense de nombreux apiculteurs soucieux de la qualité de leurs produits…
Au sein même de l’UE, l’Allemagne et la Belgique sont des plaques tournantes du miel importés, s’adjugeant respectivement 24 % et 21 % du volume en question. « Le miel arrivant en Belgique provient notamment d’Asie de l’Est, et non d’autres pays européens », confirme-t-il. Le tout, sans traçabilité irréprochable ou détection suffisante des fraudes.
En outre, les apiculteurs européens font face à une augmentation des coûts de production, simultanément à un recul des prix de vente. « On observe même des coûts de production supérieurs aux prix d’importation. Dans la plupart des cas, il est impossible de faire face à une telle situation pendant plusieurs années… »
Sensibiliser et informer
Dans ce contexte, on comprend la nécessité de promouvoir le miel européen auprès des consommateurs. C’est pourquoi la campagne Eu BeeLovers a vu le jour, à l’initiative de BeeLife, une association comptant trente membres, issus de douze pays, soit 34 % des colonies d’abeilles élevées dans l’UE et 56 % de la production de miel européenne.
La campagne s’étendra sur une période de trois ans. Outre la Belgique, elle s’installera dans d’autres pays. Son objectif : promouvoir la consommation de miel européen, la visibilité des apiculteurs et la durabilité du secteur apicole.

« Nous ciblerons les consommateurs, la communauté agricole et les décideurs politiques à travers des actions de relations publiques, des actions en ligne, des événements ou encore la création du « European Bee Lovers Network » (réseau européen des amoureux des abeilles) composé d’ambassadeurs locaux », détaille Andrés Salazar, projects manager chez BeeLife.
L’association ambitionne d’augmenter la part de marché du miel européen en Belgique grâce à trois actions spécifiques. Dans un premier temps, elle souhaite sensibiliser les consommateurs aux valeurs intrinsèques du miel européen (qualité, diversité et traçabilité, entre autres), qui découlent directement des pratiques durables adoptées par le secteur apicole européen. Deuxièmement, elle se tournera vers les agriculteurs, les informant de la manière dont l’apiculture durable soutient l’agriculture durable. Enfin, elle entend accroître la valeur et les performances commerciales du miel produit durablement en Belgique.
Pour y parvenir, Beelife s’appuie sur une campagne radio nationale, dont les spots ont pu être entendus en mai, un volet numérique déployé sur les réseaux sociaux et Youtube (interview d’apiculteurs, vidéos culinaires…) et un site web. Ce dernier doit servir de référence principale pour l’information des consommateurs en livrant, notamment, des recommandations en matière de consommation de miel.
La campagne est accessible en ligne, via www.eubeelovers.eu.





