La passion de Geert Sergeant pour les chameaux
Bien qu’il ne soit pas éleveur professionnel, Geert Sergeant possède un petit troupeau de chameaux, en guise de passe-temps. Des animaux qui ont pris place aux côtés de son élevage de cerfs et de son commerce d’alpagas, de poules pondeuses, de lapins et… de kangourous.

Voici trente ans que Geert élève des chameaux. « J’ai acheté mon premier spécimen à Ostende. Cela me trottait dans la tête depuis un certain temps déjà et j’avais fait des recherches au sujet de cette espèce. Prendre soin de ce premier animal n’était pas si difficile et, quelques années plus tard, j’ai eu l’occasion de reprendre le troupeau ostendais, au décès de son propriétaire », se remémore-t-il.
Des animaux autrefois pas si exceptionnels
« Aujourd’hui, élever des chameaux en Flandre peut paraître exceptionnel, mais il faut replacer cela dans le contexte de l’époque. Quand je suis né, il y avait apparemment déjà un chameau qui se promenait autour du château de Nevele. Dans les années 70 et 80, presque chaque village comptait quelqu’un qui élevait quelques animaux exotiques en guise de passe-temps. Zèbres, lamas, kangourous, cochons ventrus (ou cochons vietnamiens)… Presque tout était à vendre, même des tigres et des pumas. Un peu comme aujourd’hui, où l’on voit de plus en plus souvent des alpagas chez les propriétaires de très grands jardins. »

Geert n’est pas le seul à posséder des chameaux, mais la Flandre ne compte pas un grand nombre d’éleveurs. « Il n’existe probablement plus de cirques qui hébergent des chameaux, et ceux-ci ne sont que très peu présents dans les zoos », estime-t-il. Le zoo de Planckendael en compte cinq. « Il m’est donc difficile de maintenir une bonne lignée génétique et d’éviter la consanguinité. Je n’ai personne avec qui échanger des animaux dans notre pays… »
Sous réserve d’une autorisation
Depuis 2009, il faut une autorisation pour élever des chameaux au nord du pays, obtenue par le biais du service « Bien-être animal » de l’administration flamande. L’une des conditions à respecter pour bénéficier de ce sésame est de disposer d’un enclos d’environ 1.000 m² par tête.

« J’ai suffisamment de terrain et, en hiver, j’ai aménagé une étable dans une serre inutilisée. J’y cultivais des tomates et de la salade, mais j’ai arrêté cette activité depuis longtemps. Les chameaux se plaisent beaucoup dans cet environnement. Que ce soit dans la serre ou dans les prairies, ils vivent sous des températures idéales. Les chameaux sont originaires de Mongolie et du désert de Gobi, dont le climat n’est pas si différent du nôtre. »
En l’absence de modèle économique
Mettre en place un modèle économique reposant sur le chameau n’est pratiquement pas possible. « Je ne peux vendre des animaux qu’à quelqu’un qui possède également le permis requis. Il n’y a pas de demande pour la viande et la traite n’est pas envisageable », détaille Geert. Et d’ajouter : « Ce que l’on vend généralement sous le nom de « lait de chamelle » est, en réalité, du lait de dromadaire. »
En effet, les dromadaires, qui n’ont qu’une seule bosse alors que les chameaux en ont deux, peuvent mettre bas chaque année. Les chamelles, elles, ne peuvent être gestantes que tous les deux ans. En outre, chez cette dernière, chaque période de rut ne donne pas nécessairement lieu à la naissance d’un jeune, et donc à la production de lait.

La seule façon pour Geert de récupérer une petite partie des frais d’alimentation est de mettre en avant le côté « spectacle » de son troupeau. « À l’exception de la période de rut des mâles, les chameaux sont très dociles et faciles à manipuler. On nous demande parfois de participer à des cortèges ou à des processions et, exceptionnellement, à des tournages de séries ou de clips vidéo. »
Pendant un certain temps, les photos de communion et de mariage avec des chameaux ont eu beaucoup de succès. « Aujourd’hui, je constate toutefois que beaucoup d’enfants, et même d’adultes, sont étrangers aux animaux de grande taille ou exotiques. Les gens peuvent également se promener avec nos chameaux sur demande. Avec effet thérapeutique ! »
De l’eau et du foin
Le troupeau de Geert est nourri principalement de foin et de granulés tout au long de l’année. « Ce sont des animaux exotiques, mais leur élevage n’est pas si difficile. Il est très important de leur fournir suffisamment d’eau. Un adulte boit jusqu’à 10 l. » Les chameaux préfèrent le foin sec à l’herbe fraîche.
Les mâles ne mangent pas durant les trois mois de la période de rut. Ils puisent alors dans leurs réserves de graisse stockées dans leurs bosses, qui s’affaissent, et maigrissent considérablement. La perte de poids pendant ces trois mois peut atteindre plusieurs centaines de kilos.

« Heureusement, je n’ai pas encore dû faire appel à un vétérinaire et je ne saurais d’ailleurs pas où trouver un professionnel qui a déjà eu une expérience avec des chameaux. Je vermifuge moi-même chaque individu deux fois par an. » Ce sont des animaux très robustes qui nécessitent peu de soins. Les naissances se déroulent également sans l’intervention de l’éleveur.
« Je vérifie au moins deux fois par jour que le troupeau va bien. Parfois, cela peut être plus souvent ou ma visite peut durer un peu plus longtemps, car j’aime être avec les animaux. Pendant la période de rut, le troupeau peut se montrer plus agité et je ne m’approche pas autant que d’habitude. J’ai également isolé les deux plus jeunes femelles pendant cette période, car elles sont encore trop jeunes pour être saillies. »
Jusqu’à 50 ans
Les chameaux peuvent vivre jusqu’à 50 ans. Avec des naissances en 2020 et 2024, le troupeau a donc encore plusieurs décennies devant lui. « Tant que je vivrai et que je pourrai m’en occuper, les chameaux ne partiront pas. Pour l’instant, je ne me préoccupe pas de ce que mes enfants feront de mon troupeau après mon décès. Je constate qu’ils s’y intéressent, mais s’ils souhaitent, le moment venu, lui trouver un autre propriétaire, cela me convient aussi. »
