Un projet pour redonner leur place aux chauves-souris dans l’agriculture de demain
Si elles souffrent parfois de mauvaise réputation, les chauves-souris sont pourtant des alliées précieuses. Ces redoutables prédatrices sont d’ailleurs au cœur du projet européen TransAgroBat. Menée en France et en Belgique, cette recherche entend mieux comprendre ces animaux afin d’optimiser leur intégration dans l’agriculture.

Mystérieuses et difficiles à observer, les chauves-souris sont pourtant répandues sur l’ensemble de notre territoire agricole. Elles peuvent s’y déplacer, s’y alimenter ou encore s’y reproduire. La preuve ? Dans la région transfrontalière franco-belge, 24 espèces ont été recensées. Toutes sont protégées, bien que leur rôle écologique puisse varier d’une chauve-souris à l’autre. Chaque espèce peut avoir ses préférences en matière d’habitat, de proies ou encore de mode de déplacement.
Pourtant, elles ont une chose en commun : elles sont insectivores et se révèlent donc être des prédatrices pour les insectes nuisibles, comme les ravageurs des cultures, les parasites ou encore les vecteurs potentiels de maladies transmissibles aux hommes et aux animaux. Bref, elles contribuent efficacement à la régulation nocturne de ces indésirables, de façon complémentaire à d’autres auxiliaires vivant plutôt le jour, comme les oiseaux.
Cependant, aujourd’hui, l’on connaît encore peu toutes leurs spécificités. Dans ce cadre, le projet TransAgroBat pourra permettre de mieux les cerner. Ce dernier a débuté en janvier 2026 et durera 42 mois. Pour un budget total de 1,91 million d’euros, la zone d’étude couvre les régions wallonnes et flamandes ainsi qu’une partie de la région des Hauts-de-France. « Nous nous intéressons à ces territoires car il s’agit des plus productifs d’un point de vue agricole à l’échelle européenne. Dans ces endroits, les paysages agricoles représentent plus de 50 % de l’occupation des terres », souligne Diane Zazoso-Lacoste, enseignante-chercheuse à l’université de Picardie.
Néanmoins, cette intensification agricole a contribué à une diminution de la biodiversité. « Mais parmi la biodiversité encore présente, il existe des animaux avec un rôle clé dans le fonctionnement des agroécosystèmes, et certaines espèces restent encore méconnues, comme les chauves-souris », ajoute-t-elle.
Du partage de connaissances aux technologies innovantes
Rassemblant des chercheurs, des institutions publiques, des associations naturalistes et des acteurs agricoles, cette recherche vise l’émergence de nouvelles connaissances, et a pour ambition de développer des solutions concrètes conciliant production agricole, préservation de la biodiversité et santé environnementale. Pour ce faire, le projet est découpé en différents axes. Il s’agira tout d’abord de repérer les lieux où se trouvent leurs colonies, comment elles se portent, et quels types y sont observables. Dans ce cadre, les chercheurs pourront cerner les éléments paysagers, comme les haies ou les bandes boisées, favorables à la présence, voire à l’extension de ces animaux. Leur régime alimentaire sera aussi passé au peigne fin. « Cela va nous permettre d’évaluer dans quelle mesure elles consomment fréquemment des insectes nuisibles, et on pourra évaluer leur complémentarité dans ce service de biocontrôle ». Enfin, ces scientifiques étudieront l’exposition de ces populations à différents polluants environnementaux, afin d’en déterminer les facteurs de risque pour elles.
Si, pour mener toutes ces recherches, les partenaires du projet pourront partager leurs expertises, des technologies innovantes seront également mobilisées. Citons, par exemple, des analyses génétiques non invasives afin d’identifier conjointement les traces d’ADN des chauves-souris et celles des insectes qu’elles consomment à partir de leur guano, c’est-à-dire leurs excréments. Ou encore d’autres analyses dont le but est de mesurer le degré d’exposition de celles-ci à des pesticides, des métaux lourds ou différents contaminants environnementaux.
« En comprenant mieux comment les chauves-souris contribuent à la régulation nocturne des insectes nuisibles, nous pourrons accompagner la transition agroécologique des territoires en utilisant des solutions fondées sur la nature. Cela nous permettra d’identifier des leviers d’action prioritaires à mettre en place, par exemple en termes d’aménagement ou de gestion, et de valoriser les bonnes pratiques dans les paysages agricoles », ajoute Diane Zazoso-Lacoste.
Poser un nouveau regard sur ces animaux
D’un point de vue agricole, cette étude pourra contribuer au développement des chauves-souris et, par conséquent, tendre vers une diminution de l’utilisation des pesticides chimiques. De plus, le projet permettra d’identifier les zones à risque de pollution environnementale dans les territoires transfrontaliers. « Nous pourrons ainsi évaluer les transferts de contaminants dans les chaînes de l’alimentation. Ces informations pourront nourrir les réflexions des décideurs publics sur l’aménagement du territoire, la protection des continuités écologiques et les politiques agricoles et environnementales futures ».
Notons qu’un axe pédagogique est à l’ordre du jour. Dans ce contexte, des outils de vulgarisation, comme des vidéos ou des bandes dessinées, seront mis à disposition. De plus, des journées de démonstration seront organisées dans des fermes partenaires. En effet, le projet prévoit notamment d’accompagner certaines exploitations déjà engagées dans des pratiques agricoles durables en y développant des aménagements favorables aux chauves-souris, comme une gestion adaptée de l’éclairage nocturne ou l’installation de gîtes artificiels. « Ces sites pourront servir de supports à des visites pédagogiques destinées au grand public, aux agriculteurs et aux décideurs ».
Avec TransAgroBat, tout un chacun pourra, dès lors, poser un nouveau regard sur ces animaux, souvent incompris et pourtant tellement essentiels au fonctionnement des écosystèmes.





