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Courrier des lecteurs : Le show et l’effroi

Quand le thermomètre s’emballe, nos méninges aussi ! Cette fin de juin 2026 nous aura rincés… mais sans verser une seule goutte de pluie : seule la transpiration aura coulé à flots ! Lors de certains après-midi, la canicule nous a même transformés en champions de survie en milieu hostile. Pour ceux qui en doutaient encore, le changement climatique n’est plus une théorie pour collapsologues alarmistes, mais une réalité sacrément bien collée à nos bottes. Nos aïeux répétaient souvent qu’« à la Saint-Jean, le temps change de dent », mais là, la météo a carrément sorti les crocs ! Autant dire que le foin n’a jamais été aussi chaud à rentrer…

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Le bien-être animal a été passé sur le gril : dans les étables, lors des pics de plus de 35 degrés, ce fut carrément la soupe à la grimace ! Les taureaux à l’engrais, les vaches laitières et allaitantes ont passé les moments de fournaise à chercher le moindre courant d’air, la langue pendante. On a frôlé le burn-out bovin ! Le stress thermique n’est pas un vain mot : les risques sanitaires pour le bétail grimpent aussi vite que le mercure. Entre les pneumonies dues aux coups de chaleur, les chutes brutales de fertilité et les mammites qui profitent de la fatigue des bêtes, les téléphones des vétérinaires ont surchauffé. Car chez nous, Le bien-être animal n’est pas une formule à la mode pour les plateaux de télévision : c’est notre quotidien ! Voir une bête souffrir de la chaleur fend le cœur de n’importe quel éleveur, alors on ruse, on brumise, on ventile… Bref, on fait du sur-mesure pour que le troupeau garde la tête froide.

Dans les prairies, nos laitières ont passé ces jours brûlants à chercher de l’ombre sous les haies vives, et lors de la traite, l’ambiance dans l’étable était pour le moins… lourde. On ne va pas se mentir : pour notre agriculture, les conséquences économiques, sanitaires et sociales se chiffrent déjà en sueur froide et en calculettes qui fument. La facture grimpe plus vite que le mercure. Les coûts de cette canicule vont peser lourd sur nos trésoreries déjà bien éprouvées. La note s’annonce salée ! Dans la colonne « dépenses extraordinaires », s’inscrit la consommation d’électricité qui explose pour faire tourner à plein régime les ventilateurs et les tanks à lait, l’achat de compléments alimentaires pour compenser la faible croissance des herbes dans les prés, sans oublier les frais vétérinaires… Si la sécheresse perdure, faudra-t-il entamer les stocks de fourrage hivernaux en plein mois de juillet ? Cela n’augure rien de bon pour le portefeuille… Tandis que le secteur du tourisme se frotte les mains en voyant les citadins fuir les villes pour nos campagnes (où ils oublient parfois de refermer les barrières), nous, on compte les pertes de rendement. La végétation altérée pâtit et pâlit ! Nos prairies, d’ordinaire si vertes et généreuses, ont pris par endroits des teintes de paillasson avant même le début officiel de l’été. Les céréales mûrissent à la va-vite, échaudées par des flux de Sud interminables. Les rendements en grandes cultures fondent comme neige au soleil, et la paille risque de valoir de l’or cet hiver.

Heureusement, nous autres vieux paysans avons de la bouteille ! Dans notre jeunesse, il nous est souvent arrivé de rentrer des charges de petits ballots de foin en pleine canicule, de les monter à l’huile de bras sous les toits des granges par des températures étouffantes, agacés par les mouches et irrités de partout par la poussière ! Et puis, pour supporter la chaleur, il suffit de décaler les horloges : debout à quatre heures du matin pour la traite et le boulot dans les champs, et sieste obligatoire quand le soleil cogne à blanc l’après-midi. Donc voilà : on s’adapte ! Pour se consoler, on se dit que nos panneaux photovoltaïques produisent du jus : si le soleil veut bosser gratuitement pour nous, autant en profiter pour recharger les batteries de l’exploitation, à défaut de pouvoir reposer les nôtres

Et comme si le grill ne suffisait pas, il a bien fallu ensuite que le ciel nous joue son grand opéra en technicolor : roulez tambours, sonnez trompettes de fin du monde ! Après dix jours de cuisson à l’étouffée, l’ambiance a tourné au vinaigre avec des orages d’une violence à décorner les bœufs. En un claquement de doigts, nos ciels bleus ont viré au noir d’encre et des déluges de pluies et de grêlons ont noyé nos vaches et nos cultures. Ces intempéries ont achevé de pimenter l’addition, avec des coupures de courant, des dégâts aux cultures, des caves inondées, sans oublier des toitures de hangars envolées, adeptes malgré elles du saut à l’élastique ! Décidément, cette année, le Bon Dieu a confondu la Wallonie avec un lave-linge : d’abord le programme séchage intensif, puis le prélavage à haute pression !

Allez, haut les cœurs, serrons-nous les coudes et gardons le cap. Comme on dit par chez nous, du côté de Bastogne, de Libramont ou de Bouillon : « Soleil de juin trop cuisant vide le portefeuille du paysan, mais tant que l’« Ârdinnois » a de l’Orval chez soi et de la joie au sang, il soufflera le chaud sans effroi ! ».

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