Production record de pommes de terre de consommation: les stocks sont à ce jour considérables!

Vu l’apport tardif d’un supplément de tubercules, les stocks au début novembre sont particulièrement abondants.
Vu l’apport tardif d’un supplément de tubercules, les stocks au début novembre sont particulièrement abondants. - M. de N.

L’évaluation des stocks en cours de commercialisation au plan national demeure un élément primordial pour appréhender au mieux l’évolution des marchés. Pour la 21e année consécutive, une enquête téléphonique a été réalisée à cette fin par la Fiwap, le Carah, le Pca et l’Inagro. Pas moins de 224 producteurs ont été « auscultés ».

Enquête en Wallonie…

Sur la base des estimations d’emblavements 2017 en Wallonie (41.363 ha de pommes de terre de consommation), le taux d’échantillonnage de l’enquête téléphonique s’élève à 20,4 % de la surface totale dans le sud du pays ; 98 agriculteurs ont accepté de répondre à l’enquête sur l’ensemble de la Wallonie, avec une proportion représentative des surfaces pour chaque province (Brabant : 13 ; Liège : 8 ; Namur : 13, Hainaut : 64).

L’enquête (tableaux 1 et 2) estime la proportion de Bintje à 35 % des surfaces de pomme de terre de consommation, à nouveau en nette baisse (41 % en 2016, 48 % en 2015).

Parmi les autres variétés industrielles : Fontane gagne 7 % pour atteindre 24 % ; Innovator (13 %) et Challenger (9 %) sont stables par rapport à l’an passé ; Markies, Lady Claire et Lady Anna couvrent chacune de l’ordre de 3 % des surfaces ; les autres variétés à frites et à chips sont très peu représentées (moins de 1 % des surfaces).

Pour le marché du frais, le panel de variétés s’élargit avec l’entrée (ou le retour) d’Alegria, Artemis, Hansa, Nicola ou Jazzy. Ce marché occupe environ 5 % des surfaces enquêtées.

Selon l’enquête, la part contractée dans la production wallonne de pommes de terre de conservation 2017 est de 64 % (contre 74 % l’an dernier). Les rendements élevés ont clairement amené des tonnes libres supplémentaires. En 2014 la proportion était semblable (63 %).

… et en Flandre

Le Pca/Inagro a contacté au total 132 agriculteurs, pour quelque 4.300 ha, soit environ 8 % de la surface totale des pommes de terre de consommation.

Les hâtives ont connu une hausse des surfaces de 6,4 % qui porte la superficie totale au-delà de 10.000 ha. Cette surface est dominée par Amora (31 %) devant Première (26 %). Suivent ensuite Anosta, Sinora et Frieslander.

En variétés de conservation, Bintje n’occupe plus que 21 % des surfaces enquêtées et est largement dominée par Fontane (41 %). Viennent ensuite Innovator (7 %), Challenger (7 %), Royal (5 %), Markies (3 %), Felsina (3 %) et VR 808 (3 %). La culture des variétés pour le marché du frais reste très marginale.

Selon l’enquête, moins de 1 % des surfaces n’était pas récolté au 1er novembre, dont une petite partie en (région côtière) est considérée comme perdue.

La production flamande de pommes de terre de conservation est contractée à hauteur de 52 % (toutes variétés). Bintje (40 %) est nettement moins contractée que Fontane (50 %) et que les autres variétés (70 %). Ces proportions de contrats sont moins élevées que l’an dernier, en raison des (très) hauts rendements.

Le cap des 5 millions de tonnes est franchi !

La production totale 2017 de pomme de terre de consommation belge (hâtives comprises) s’élève à 5,11 Mt, en hausse de 1,06 Mt par rapport à l’an dernier (+ 26 %), conséquence d’une progression des surfaces de 4,3 % et d’une hausse de rendement de plus de 20 %.

Par rapport à la moyenne des 5 dernières années, la Belgique a produit cette année 30 % en plus ! C’est la première fois dans l’histoire récente que la barre des 5 millions de tonnes est franchie ( tableau 3 ).

La production de hâtives est évaluée à 410.000 t, celle de Bintje à 1,12 Mt, celle de Fontane à 1,59 Mt et celle des autres variétés de conservation à 2,00 Mt.

La production totale belge cette année est supérieure à celle de 2014 malgré un rendement par hectare beaucoup plus faible. Mais les surfaces ont augmenté de plus de 15.000 ha en 3 ans, en vue de répondre à la demande grandissante des usines. Les rendements estimés par variété sont les présentés dans le tableau 4 . Il s’agit de rende ments bruts sortie champ, et non pas de rendements nets commercialisables !

Selon l’enquête, seulement 60 % du volume produit en Belgique en variétés de conservation sont contractés. C’est 10 % de moins que l’an dernier. Fontane est contractée à hauteur de 55 %, Bintje à 49 % et les autres variétés en moyenne à 70 %. Tous ces pourcentages sont en forte baisse car les rendements élevés ont rajouté des tonnes libres dans la production initiale.

Les stocks, de la récolte… jusqu’au 1er novembre

En Bintje , le stock au 1er novembre est estimé à 950.000 t, dont 440.000 t sous contrat, et 510.000 t libres ( tableau 5 ). Il y a donc dans les hangars belges 100.000 t de Bintje en moins que l’an passé et qu’en novembre 2012, et 410.000 t de moins qu’il y a 2 ans. Mais les marchés sont de moins en moins demandeurs de Bintje, la transition vers Fontane (et autres variétés) étant largement en route.

Depuis le début de la saison, les marchés n’auraient dégagé que 170.000 t de Bintje. C’était encore 200.000 t l’an dernier, 210.000 t en 2015, et 330.000 t en 2014…

Pour Fontane , les stocks actuels en Belgique sont estimés à 1.440.000 t ( tableau 6 ). Cela signifie que, au 1er novembre, seulement 150.000 t de la récolte initiale avaient été valorisées. Il est vrai que défanage et arrachage sont intervenus tard en octobre vu la croissance tardive de la culture. Dans le stock actuel, une bonne moitié seulement est contractée (760.000 t). Le volume libre s’élève à 680.000 t. Les stocks actuels sont donc largement supérieurs aux années récentes (la moyenne des 3 dernières années est de 880.000 t). Mais la variété a gagné près de 12.000 ha depuis 2014 et est devenue la plus prisée par le s usines.

Quant aux autres variétés , au 1er novembre, leur stock était estimé à 1.480.000 t, soit 400.000 t de plus que l’an dernier, et 310.000 t de plus que la moyenne des 3 dernières années ( tableau 7 ). Pour ces variétés aussi (Innovator, Challenger, Lady Anna, Royal, Markies, Lady Claire, VR808…), les surfaces ont fortement augmenté récemment avec 8.000 ha de plus en 3 ans.

Les marchés semblent par contre avoir été très actifs sur ces variétés puisque 520.000 t auraient déjà été dégagées, ce qui est davantage que les dernières années (420.000 à 460.000 t). Le stock actuel est contracté pour 2 tiers (soit près d’1 million de t), tandis que près de 500.000 t sont libres.

Bon à retenir

Au 1er novembre, les stocks belges étaient estimés à 3,87 millions de tonnes de pommes de terre, soit plus d’un million de tonnes de plus que l’an dernier, et 850.000 t de plus qu’en 2015. Près de 60 % du stock actuel sont contractés. Les bons à très bons rendements bruts ont amené tardivement en culture des tonnes supplémentaires, de sorte que près de 1,68 million de t sont encore libres.

Les marchés ont dégagé 1.240.000 t depuis le début des récoltes de hâtives, soit un peu plus que la moyenne des 3 dernières années (1.210.000 t).

Souvenons-nous que les arrachages de hâtives ont débuté avec quasiment un mois de retard (fin juillet – début août), et que des hâtives belges ont été travaillées en usine jusque début octobre ! Cela n’a visiblement pas empêché les marchés de dégager près de 850.000 t de variétés de conservation, en majorité (semble-t-il d’après l’enquête) des variétés autres que Bintje (qui montre des problèmes de PSE et de flottantes cette année) et de Fontane (défanée (très) tardivement).

Si on considère une période de 100 jours (du 20 juillet au 31 octobre), les marchés belges ont dégagé 12.400 t par jour calendrier ; c’est mieux que les années récentes (10.000 à 11.000 t), signe sans doute que l’on « gaspille » des pommes de terre cette année (bétail, biogaz…).

Pour consommer les stocks actuels, il faut que le rythme de dégagement augmente dans les prochains mois. Des volumes de conservation difficile seront encore perdus, tandis que l’export en frais pourrait venir renforcer la demande industrielle.

Enfin et surtout, l’énorme hausse de capacité de transformation des usines belges devrait consommer plus de marchandises sur la saison 2017-2018 que sur les saisons précédentes, à condition que les ventes de produits finis se passent bien. À ce niveau, les statistiques officielles (exports belges de produits transformés) restent positives mois après mois, du moins jusqu’en juin dernier. Le bas prix de la pomme de terre devrait renforcer encore la compétitivité des produits européens, et belges en particulier. Par contre l’euro fort défavorise l’export hors UE.

Il est donc clair que les stocks belges de pommes de terre sont suffisants pour assurer l’approvisionnement des différents marchés, mais un autre équilibre entre offre et demande (et donc de prix) reste possible à condition que l’essentiel de la capacité de transformation des usines belges soit utilisé, et que l’export de pommes de terre fraîches (vers l’Afrique, le Moyen Orient et/ou l’Europe du Sud et de l’Est) progresse.

D’après la Fiwap

, dans le cadre du Centre pilote pomme de terre