Olivier Van Cauwelaert : «La Foire doit devenir un acteur de l’agriculture toute l’année»
À l’aube de son deuxième siècle d’existence, la Foire de Libramont s’apprête à ouvrir une nouvelle page de son histoire. À quelques jours de cette édition anniversaire, nous avons rencontré Olivier Van Cauwelaert, nouvel administrateur délégué de Libramont-Coopéralia. Entrepreneur engagé de longue date dans les filières agroalimentaires wallonnes, il entend faire de l’institution bien davantage qu’un organisateur de foire : un acteur présent toute l’année, au service de l’innovation, de la relève agricole, de l’autonomie alimentaire et du développement des exploitations. Il nous expose sa vision d’une agriculture plus forte, plus entreprenante et davantage connectée aux attentes de la société.

À l’occasion de cet entretien, il revient sur son parcours, sa vision et les grands chantiers qu’il entend ouvrir pour accompagner l’agriculture wallonne.
Je me définis avant tout comme un entrepreneur. Je ne suis ni agriculteur ni agronome de formation, mais j’ai choisi, depuis de nombreuses années, d’investir exclusivement dans les filières agroalimentaires. À travers Scale-Up Fund, j’ai accompagné le développement de plusieurs entreprises qui poursuivent toutes un même objectif : créer davantage de valeur pour les filières wallonnes en rapprochant les producteurs des transformateurs. La boulangerie Copain en est un bon exemple. Nous privilégions les céréales produites en Wallonie et nous cherchons à soutenir les filières les plus vertueuses. C’est au fil de ces expériences que j’ai découvert Libramont Coopéralia. Des acteurs du maraîchage m’ont informé que l’organisation recherchait un nouveau dirigeant. Ils souhaitaient insuffler une ap
Un entrepreneur cherche toujours à créer des liens, à rapprocher des acteurs qui ne travaillent pas suffisamment ensemble et à imaginer des solutions nouvelles. La première décision que nous avons prise illustre parfaitement cette volonté. Nous souhaitons reconnecter davantage la Foire avec les filières agricoles wallonnes. Lorsque les visiteurs découvrent un produit à Libramont, ils doivent pouvoir identifier immédiatement l’exploitation qui l’a produit, le territoire dont il est issu et les femmes et les hommes qui l’ont élaboré. Cette proximité est essentielle. Elle permet de rappeler que derrière chaque produit alimentaire se trouvent des agriculteurs qui travaillent quotidiennement pour nourrir notre territoire. Je souhaite également que Libramont Coopéralia soit perçue comme un partenaire du développement agricole et non plus uniquement comme l’organisateur d’un événement annuel.
J’ai conscience d’arriver à un moment exceptionnel de son histoire. Le centenaire est une formidable occasion de mesurer le chemin parcouru. Nous avons entrepris de recueillir les témoignages de celles et ceux qui ont construit cette aventure depuis 100 ans. Ils donneront naissance à un film qui sera chargé d’émotion, parce qu’il rappellera combien la Foire a accompagné toutes les évolutions de l’agriculture wallonne. Mais un anniversaire n’a de sens que s’il ouvre aussi une perspective. Mon rôle consiste précisément à réfléchir à ce que devra être Libramont dans les décennies qui viennent. Je suis convaincu que la Foire ne peut plus vivre uniquement pendant quatre jours. Elle doit devenir une institution active toute l’année. Cela passe d’abord par la création de nouveaux outils d’information et d’échange. Nous réfléchissons ainsi au lancement d’un média en ligne entièrement consacré au monde agricole afin de maintenir un dialogue permanent avec les agriculteurs, mais aussi avec les citoyens. Nous renforçons également nos partenariats avec plusieurs investisseurs institutionnels afin de développer des services nouveaux répondant directement aux besoins des exploitants.
L’innovation n’a de sens que si elle répond à des besoins concrets. Nous ne voulons pas développer des technologies pour le simple plaisir d’innover, mais mettre des outils utiles à la disposition des agriculteurs. C’est dans cet esprit que nous avons créé une direction de l’innovation confiée à Henri Louvigny, lui-même agriculteur. Sa mission consiste à explorer tout ce que les nouvelles technologies, et en particulier l’IA, peuvent apporter aux exploitations agricoles. Il mène déjà des formations et des expérimentations avec des agriculteurs afin d’évaluer, avec eux, les solutions les plus pertinentes et les plus facilement transposables sur le terrain. De cette réflexion est née une ambition plus large que nous avons baptisée
La coopérative possède déjà une richesse considérable. Depuis plusieurs années, les différents cercles agricoles constituent un formidable réseau d’écoute. Les présidents de ces cercles travaillent chacun avec une vingtaine de personnes. Cela représente une centaine d’acteurs qui alimentent en permanence notre réflexion. Je souhaite préserver cette dynamique tout en l’élargissant. Mon ambition est que tous ceux qui fréquentent Libramont puissent, demain, participer à cette aventure collective. Les visiteurs, les citoyens, les entreprises, les consommateurs doivent pouvoir devenir coopérateurs et contribuer à faire vivre cette communauté. Cette ouverture est essentielle. Plus cette communauté sera large, plus elle sera en mesure de porter la voix du monde agricole. J’aimerais aussi laisser une autre réalisation. Lorsque les événements organisés par Libramont Coopéralia dégagent des bénéfices, je pense qu’une partie de ceux-ci devrait pouvoir être réinvestie directement dans des projets agricoles. C’est dans cette optique que nous travaillons aujourd’hui avec Funds for Good afin de créer un véritable fonds agricole destiné à soutenir les exploitations, leurs investissements et leurs projets de développement. À mes yeux, une institution comme la nôtre ne doit pas seulement organiser une foire. Elle doit également contribuer, de manière très concrète, au financement de l’avenir agricole.
Au-delà de sa dimension économique, cette autonomie est devenue un enjeu stratégique. Nous l’avons tous compris ces dernières années : lorsqu’une crise internationale survient, la capacité d’un territoire à produire son alimentation devient un enjeu majeur. Mais cette ambition ne pourra être atteinte qu’à une condition : reconnaître davantage la valeur du travail agricole.
Je pense que la Foire doit naturellement rester un espace où les préoccupations du terrain peuvent s’exprimer. Mais je voudrais qu’elle devienne davantage encore un lieu de propositions. Depuis mon arrivée, j’ai rencontré beaucoup d’agriculteurs. Nombre d’entre eux viennent me demander des conseils d’entrepreneur. Ils m’interrogent sur la manière de développer leur activité, de mieux structurer leur filière, de trouver de nouveaux débouchés ou de préparer leurs investissements. Ces échanges m’ont profondément marqué. Ils montrent que les exploitants n’attendent pas seulement que l’on porte leurs revendications. Ils recherchent également un accompagnement, des outils, des compétences, des partenaires. C’est précisément ce que Libramont Coopéralia doit pouvoir leur apporter. En Wallonie, nous comptons des milliers de petites et moyennes entreprises familiales. Les fermes en font pleinement partie. Elles ont besoin, comme toutes les PME, d’être accompagnées dans leurs projets, dans leurs réflexions stratégiques et dans leurs investissements. Je voudrais que la Foire soit reconnue comme un partenaire capable de créer ces passerelles entre le monde agricole, l’entreprise, la recherche, les investisseurs et les pouvoirs publics.
Parce que sans relève, il n’y aura tout simplement plus d’agriculture telle que nous la connaissons aujourd’hui. Je mesure parfaitement les conséquences du changement climatique. Elles sont considérables et nous devons continuer à nous y adapter. Mais si nous ne parvenons plus à transmettre les exploitations, nous assisterons progressivement à la disparition d’une grande partie de nos entreprises agricoles familiales. Pour moi, c’est un enjeu absolument majeur. Si nous échouons sur cette question, nous verrons se concentrer davantage la production entre les mains de structures toujours plus importantes. Or la richesse de l’agriculture wallonne réside précisément dans la diversité de ses exploitations, dans leur ancrage territorial, dans les liens qu’elles entretiennent avec les villages et les habitants. Préserver cette diversité constitue une priorité.
Nous avons d’abord réuni l’ensemble des acteurs de la formation, de l’enseignement et des métiers agricoles. Cette démarche est née d’un véritable cri d’alarme venu du terrain. Je pense notamment au professeur Philippe Baret, qui nous a interpellés sur l’urgence de sensibiliser les jeunes et de leur donner une image plus juste, plus attractive et plus fidèle des métiers de l’agriculture. Ce message nous a profondément marqués. Aujourd’hui encore, beaucoup de jeunes associent l’agriculture à un métier exigeant, demandant un investissement considérable, sans toujours offrir la reconnaissance ou les perspectives qu’ils espèrent. Face à d’autres cursus, comme l’ingénierie civile ou commerciale, ils peuvent avoir le sentiment que les opportunités seront plus nombreuses et les conditions de travail plus favorables. Nous voulons contribuer à changer ce regard. Le slogan « Cultive ton flow » traduit précisément cette ambition. Il s’agit de montrer que les métiers de l’agriculture sont aussi des métiers d’avenir, d’innovation et d’entrepreneuriat. Derrière chaque exploitation se trouve un véritable chef d’entreprise qui innove, investit, prend des décisions stratégiques et construit des projets.
J’ai eu l’occasion d’assister à de nombreux concours où j’ai rencontré des jeunes profondément investis dans leur élevage ou leur exploitation. Leur passion est bien réelle. L’enjeu est désormais de les aider à transformer cette passion en projet de vie. Comment les accompagner lorsqu’ils reprennent l’exploitation familiale ? Comment faciliter le financement de cette transmission ? Quels modèles mettre en place pour favoriser le passage d’une génération à l’autre ? C’est précisément sur ces questions que Libramont souhaite désormais agir. Nous voulons être un véritable trait d’union entre les jeunes agriculteurs, les organismes de formation, les partenaires économiques, les acteurs financiers et les pouvoirs publics. La relève ne dépendra pas d’une seule me








