La Foire de Libramont, une centenaire qui évolue… et continue d'attirer les foules
Célébrant son premier siècle d’existence, la Foire de Libramont a drainé les foules, qu’il s’agisse des professionnels du monde agricole ou d’invités de prestige. Ce cru 2026 se referme sur une fréquentation en légère hausse et une satisfaction globale des exposants, bien que les réalités vécues diffèrent selon les pôles et secteurs. Les organisateurs ont également confirmé leur volonté d’ancrer davantage l’événement dans les circuits courts, ceci sans échapper à l’une ou l’autre polémique.

Cette 90e édition de la Foire de Libramont s’est déroulée dans un contexte particulier. D’une part, elle symbolisait les 100 ans de la Société royale du Cheval de trait ardennais, qui s’est muée en Libramont Coopéralia en 2020. D’autre part, elle a pris place dans des conditions particulièrement sèches, source d’inquiétudes pour les agriculteurs.
La météo exceptionnelle rencontrée cet été a permis d’achever les moissons avec une nette avance par rapport aux saisons précédentes, libérant davantage de temps pour les cultivateurs et entrepreneurs désireux de gagner le plateau libramontois. Mais derrière cette participation se cachaient de grandes préoccupations. Les conséquences du déficit hydrique sur les cultures de printemps, les prairies et les récoltes à venir étaient dans toutes les conversations, ou presque.
Si le visitorat agricole était bien présent, cette grande fête de l’agriculture qu’est Libramont attire aussi bon nombre de familles, curieux, passionnés… Pour évaluer la fréquentation, les organisateurs ont adopté une nouvelle méthode de calcul. Celle-ci comptabilise désormais les entrées scannées alors que le nombre de visiteurs était précédemment calculé sur base des billets émis et achetés. Avec ce changement, Olivier Van Cauwelaert, nouvel administrateur délégué de Libramont Cooperalia, évoque une volonté de transparence.
Au total, 136.047 visiteurs ont gagné la plus grande foire agricole, forestière et agroalimentaire durable d’Europe, comme elle se définit elle-même. Soit une progression de 2,9 % par rapport à l’édition précédente, sur base de la nouvelle méthode de calcul. Au moment de refermer les portes du Libramont Exhibition & Congress (Lec) pour un an, les organisateurs se montraient globalement satisfaits.
Un très bon vendredi
Du côté des exposants, il était trop tôt que pour tirer des conclusions. Les discussions menées sur la foire n’aboutissent généralement que plusieurs semaines ou mois plus tard, en concession. Les avis recueillis sur place sont partagés.
Sans surprise, la journée du vendredi a revêtu un caractère davantage professionnel que le samedi ou le dimanche. Plusieurs exposants se sont montrés très satisfaits de cette première journée, riche en contacts. Certains évoquaient même la conclusion de plusieurs ventes tandis que d’autres épinglaient, avec un brin de fierté, une affiche sur chaque matériel vendu sur leur stand.
Comme c’est généralement le cas, le visitorat a été davantage familial le week-end. Avec une tendance ressentie par bon nombre d’exposants : le samedi a été une journée nettement plus fréquentée et animée que le dimanche. Des précipitations étaient attendues ce jour, poussant probablement certaines familles à organiser leur visite la veille. La pluie est finalement tombée, sans impacter le moral des visiteurs et soulageant même les agriculteurs. Bien que les quantités d’eau mesurées demeurent bien trop faibles…
Si la plupart des exposants rencontrés attendaient une fréquentation supérieure le dimanche, d’autres se sont montrés très heureux de leur journée. Et plusieurs marques résumaient leur sentiment assez simplement : puisque leurs concessionnaires étaient satisfaits de leur dimanche, elles n’avaient aucune raison de ne pas l’être elles aussi. Voilà donc une preuve supplémentaire que le ressenti peut-être différent d’un stand à l’autre…
Le lundi, jour de clôture, a été marqué par une fréquentation soutenue, en divers pôles de la foire. Le Lec a, lui aussi, enregistré une belle affluence.
In fine, certains exposants tiraient un bilan positif de leur foire, malgré des allées parfois moins bondées que par le passé. D’autres estimaient ne pas voir vécu une édition exceptionnelle. Mais n’est-ce pas le propre de chaque événement ?
L’affluence sur les rings… et des déménagements appréciés
Au-delà des exposants, d’autres pôles majeurs de la Foire de Libramont ont fait le plein de visiteurs. Ainsi, du côté des rings des concours, l’affluence était globalement de mise, avec quelques différences selon les races jugées. Le concours Holstein, organisé le 24 juillet, semble avoir attiré un public moins nombreux qu’habituellement. Les représentants Blanc-Bleu Belge ont, quant à eux, évolué devant des tribunes bondées.
Un nombre supérieur d’animaux inscrits a été enregistré pour plusieurs races bovines, dont la Blonde d’Aquitaine et le Blanc-Bleu Belge. Du côté du concours ovin, les fortes chaleurs de ces dernières semaines ont freiné les participants, avec un nombre d’animaux inscrits en net retrait par rapport à l’an dernier.

Au sein du Lec, l’espace TomorrowFood n’a pas désempli. Dans un espace mieux organisé qu’en 2025, il a accueilli une foule de visiteurs venant déguster les produits présentés mais également écouter les explications des exposants quant à leur choix pour des matières premières belges, bio et, dans la mesure du possible, issue d’une filière régénérative.
Plusieurs organismes se montraient satisfaits d’avoir quitté le « Village Wallonie », installé dans le hall 3, au profit du hall 1. Motif invoqué : la présence d’un public davantage professionnel, correspondant davantage aux missions qui sont les leurs.
A contrario, le pôle viti-, vini- et fruiticulture, bien que fréquenté, mériterait une plus grande visibilité, tant la viticulture belge est en plein essor.
Des visiteurs de marque
Pour son centième anniversaire, Libramont Cooperalia a reçu plusieurs visiteurs de marque. Deux jours avant l’ouverture de la foire, le Roi Philippe et la Reine Mathilde ont assisté aux préparatifs de l’événement et rencontrés divers acteurs du monde agricole. Le couple royal a aussi assisté à l’inauguration d’une fresque réalisée par l’auteur de bandes dessinées Jean-Claude Servais. Longue de 28 m, l’œuvre symbolise le passé, le présent et l’avenir de l’agriculture.
Un « vrai garçon de la ville », comme il se définit lui-même, a rejoint la foire, le 27 juillet. Le Premier ministre Bart De Wever a, en effet, visité la grand-messe de l’agriculture pour la première fois. « Chaque secteur industriel en Europe est en crise pour l’instant. Les agriculteurs ne sont pas isolés dans la crise. Les charges administratives, la réglementation nationale et européenne, les objectifs de durabilité qui sont importants mais pour lesquels il faut aussi rester réalistes, la compétitivité du secteur, la concurrence équitable avec le reste du monde, l’innovation, l’accès aux marchés… sont les grands thèmes dont on doit discuter », a-t-il reconnu sur place.
Le Premier s’est toutefois dit content de voir de l’innovation et de l’optimisme dans le secteur. Et d’affirmer : « Cela fait du bien ».
Concernant la hausse des coûts de l’énergie et des matières premières, M. De Wever juge que le débat se tiendra aussi au niveau européen, dans le cadre des discussions relatives au prochain cadre financier pluriannuel. Selon lui, un nouveau système de soutien devra être mis en place, de même que la place des agriculteurs dans la chaîne d’approvisionnement doit être renforcée.
Une foire davantage ancrée dans les circuits courts
La foire n’a, malheureusement, pas échappé aux polémiques sur les réseaux sociaux. La première, née avant l’événement, émanait de participants déçus de ne pas retrouver plusieurs brasseries au cœur de l’Ardenne Joyeuse alors que celles-ci sont habituellement présentes. Cette absence découle de la mise en place d’une nouvelle charte obligeant l’utilisation d’orge belge, une condition que ne respectent pas les brasseries non invitées.
Au-delà des boissons, l’événement a revu totalement sa politique d’approvisionnement, s’ancrant davantage dans les circuits courts. À titre d’exemple, les food-trucks du champ de foire étaient fournis par la coopérative « En direct de mon élevage » pour la viande, Comijn et Belgobio pour les pommes de terre, Bister pour les sauces… Soit autant d’acteurs wallons. D’aucuns déploraient néanmoins que la bière servie dans les buvettes soit d’origine grand-ducale. Toutefois, un accord commercial en vigueur jusqu’en 2029 empêche un retour en arrière d’autant que, selon les organisateurs, aucune brasserie de plus petite taille ne pourrait répondre à la demande étant donné le volume de pils écoulé durant quatre jours.
L’autre polémique a vu le jour sur les rings, après le concours des enfants. Comme de coutume, ceux-ci ont défilé avec leurs veaux BBB apprêtés pour l’occasion. Alors que les jeunes n’ont pas démérité, certains spectateurs se sont étonnés, non pas à la foire mais par l’intermédiaire des réseaux sociaux, de voir des veaux déguisés ou teints (avec de la peinture lavable, précisons-le).
Si chacun dans le monde agricole se forgera sa propre opinion quant à la situation, Gaia n’a pas attendu pour monter au créneau. Le ministre wallon du Bien-être animal, Adrien Dolimont, a assuré qu’un avertissement a été adressé aux personnes concernées. Quant au herd-book BBB, organisateur de l’événement, sa secrétaire, Sophie Marchal, a précisé à nos confrères de la Rtbf que le jury avait déclassé les animaux concernés tout en expliquant aux enfants qu’un animal n’est pas un objet. Avec un but : permettre aux participants de s’améliorer pour l’an prochain.
Rendez-vous en 2027
Cela ne doit toutefois pas faire oublier la bonne humeur qui régnait sur place. Dans l’ensemble, cette édition du centenaire est donc une réussite, ouvrant la voie à de nombreuses autres éditions. L’an prochain, la Foire de Libramont, reviendra du 23 au 26 juillet. Une nouvelle fois, Le Sillon Belge vous y accueillera avec le plus grand plaisir !





