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De la Belgique à l’Afrique, Pauline et Vic font voyager l’agriculture

Ils sont deux : Pauline Delhez et Vic Milbert. Ensemble, ils ont décidé de porter un autre regard sur l’agriculture. Pour ce faire, direction le continent africain qu’ils sillonnent depuis mai. Un voyage hors des sentiers battus et riche en découvertes pour ces agronomes, issus chacun d’une famille d’agriculteurs. Ainsi, durant tout leur périple, ils partent à la découverte des différents systèmes agricoles et de la variété des élevages africains.

Temps de lecture : 7 min

C’est par écrans interposés que Pauline et Vic ont accepté de nous parler de leur initiative. Actuellement, en Gambie, ces voyageurs ont plié leurs valises au début du mois de mai. Une véritable aventure lors de laquelle ils ont déjà traversé le Maroc, la Mauritanie et le Sénégal. Un voyage pour un fil rouge : l’agriculture ! En effet, outre l’enrichissement personnel inhérent à ce type d’aventure, cette épopée leur a déjà permis de porter un autre regard sur les fermes, bien différentes de celles situées dans nos contrées. L’opportunité, également, de partir à la rencontre d’autres agriculteurs, de nouer de nouveaux contacts, et de bénéficier d’un réel partage de savoirs.

Il faut dire que les deux complices possèdent déjà un sacré bagage dans le domaine. Enfant d’agriculteurs, comme Pauline, Vic Milbert, 36 ans, a grandi dans une ferme laitière du Grand-Duché du Luxembourg avant de réaliser des études à La Reid puis de poursuivre avec un master en sciences agronomiques. « Je me suis spécialisé dans le domaine qui me plaisait le plus, l'élevage laitier, et plus particulièrement la nutrition des bovins, des ruminants ».

De son côté, Pauline Delhez, 32 ans et originaire de Herve, est également bioingénieure et détentrice d’un doctorat. Après sa carrière dans la recherche scientifique, elle a travaillé au sein d’une entreprise vétérinaire comme biostatisticienne. « J'étais toujours dans l'analyse de données, avec un côté plus scientifique, tandis que Vic est davantage axé sur le terrain », souligne-t-elle. Deux profils complémentaires, mais une même passion, celle des voyages.

Et après l’Amérique latine, l’Amérique du Nord et l’Asie centrale, c’est vers l’Afrique qu’ils ont tourné leur regard. Un périple bien préparé en amont, notamment en aménageant un 4x4 Toyota. Vieux de 34 ans, facile à réparer et entretenir, il leur permet de circuler à travers ce continent par la route. Au total, ils se sont donnés deux ans. De pays en pays, ils devraient arriver jusqu’en Afrique du Sud.

Bénévoles en Gambie

Lorsque l’on décide de prendre le large de cette façon, il faut savoir composer avec la situation sur place. Par exemple, Pauline et Vic sont, au moment où nous leur parlons, en Gambie. Ils y travaillent comme bénévoles dans une ferme. « Cela fait une semaine que nous sommes sur place et on va peut-être y rester quelque temps, parce que c'est la saison humide. Il peut pleuvoir quasiment tous les jours et, sur les routes, c'est assez compliqué. Beaucoup ne sont pas bitumées : c'est de la terre et, avec la pluie, ça devient de la boue, c'est difficilement praticable ».

Cette exploitation, de 22 ha, se compose de plusieurs productions tropicales adaptées à la région. Citons les mangues, les noix de cajou, la papaye, les citrus, et un peu de bétail avec quelques vaches et moutons. Actuellement, c’est la période de l’hivernage. Entre les lignes d’arbres, ils plantent les cultures annuelles comme les arachides, le maïs ou encore les haricots. « Nous les aidons, notamment pour travailler le sol, préparer la terre. Elle est assez sableuse, et même s’il pleut, après quelques heures, le sol redevient praticable », indique Vic, qui travaille aussi sur les machines de l’exploitation. Forte d’une formation en apiculture, Pauline, elle, tente de relancer la production, et veille aux ruches et abeilles.

« Nous pouvons leur apporter un soutien technique et théorique grâce à nos expériences passées. C'est très différent, parce qu'ici ce sont beaucoup de productions tropicales, mais il y a quand même beaucoup de connaissances transposables ».

Les premiers constats : entre différences et défis partagés

Cette ferme est déjà une « grande » exploitation, qui contraste avec les régions déjà parcourues. « Je dirais que 90 à 95 % des fermes ont cinq à dix vaches », indique d’ailleurs Pauline. Autre constat ? Le manque de structuration de certaines filières. Transport, commercialisation, normes sanitaires… l’agriculture fonctionne sous un autre mode. « Ce qui m'a frappée, en traversant la campagne en voiture, c’est le nombre de personnes travaillant encore à la main. Ils utilisent de petits outils pour couper leurs céréales, penchés vers le sol. C’est notamment le cas au Maroc, où beaucoup sont sans machine », a également remarqué l’agronome. Une mécanisation limitée, tandis que les grosses fermes, avec les standards européens, restent, selon eux, minoritaires.

Mais malgré ces spécificités, dans ces pays visités, les défis sont semblables. Changement climatique ou encore reprise des exploitations, avec l’exode rural des jeunes générations, demeurent des problématiques mondiales. Sur ce premier point, le duo a constaté leur résilience avec, par exemple, des fourrages alternatifs dont la place est primordiale. Arbres, haies fourragères… les importations sont rares, pour travailler en autonomie, les agriculteurs utilisent les ressources présentes sur place. « Il y a un arbre qui s'appelle le moringa. Il est très polyvalent : on peut utiliser les feuilles, les fruits. Ça peut servir de fourrage et permettre de compenser jusqu'à la prochaine saison des pluies », commente Vic. Il poursuit : « Même les résidus de cultures sont valorisés. Pour les arachides, une production saisonnière, ils vont presque jusqu’à utiliser la racine comme fourrage après l’arrachage ».

Au niveau de l’alimentation de la population, par contre, les premiers constats contrastent avec cette réalité. Dans les magasins sont vendues de la poudre de lait, de la viande… en provenance d’Europe. Pour la nourriture de « base », comme le pain, les pâtes, le riz, même topo : les produits viennent parfois de loin… « C'est quelque chose qui a attiré notre attention : on s'est dit que l'autosuffisance alimentaire globale de l'Europe sur les produits de base était vraiment précieuse. La politique agricole commune est quelque chose de très important chez nous et il faut vraiment la préserver, parce qu'ici ils n'ont pas eu une politique de ce type qui leur a permis d'être autosuffisants sur leur alimentation ».

Les surprenants dromadaires

Le troupeau de dromadaires dans le désert du Sahara (Maroc).
Le troupeau de dromadaires dans le désert du Sahara (Maroc).

Outre ces constats, après plusieurs mois sur la route et dans les fermes, certaines visites semblent déjà inoubliables pour ces complices. C’est le cas de leur excursion dans une famille d’éleveurs de dromadaires ! Installée depuis près de huit siècles dans le Sahara, elle perpétue un héritage familial. Dans cette région, les conditions sont rudes, l’eau peut se faire rare… Néanmoins, ces animaux leur permettent de vivre dans ces conditions hostiles. Des bêtes aux atouts incroyables qui ne peuvent boire qu’en juillet et août, lorsque les températures grimpent. Le reste de l’année, elles parviennent à s’hydrater grâce au peu de végétaux présents.

« La famille que nous avons rencontrée possède environ 150 dromadaires, dont la majorité est adulte. Leur valeur peut monter jusqu’à 4.000 € ! ». Quant à leur production laitière quotidienne, elle est actuellement de 5 l. Néanmoins, en les complémentant, elle pourrait grimper jusqu’à 13, voire 15 l ! « C’est un élevage très traditionnel, mais ils aimeraient moderniser cet héritage. Dans le cadre de cette modernisation, ils souhaiteraient augmenter la production laitière ». L’objectif ? La commercialiser autrement qu’à petite échelle juste dans des commerces locaux. « Ils nous ont expliqué que ce développement allait être important pour l'avenir et pour les générations futures, afin que l'activité puisse perdurer avec une activité économique durable ».

Bien entendu, les voyageurs ont goûté ces produits… Conclusion ? Le lait possède une saveur particulière. Riche en sels minéraux, ses qualités nutritionnelles sont autres. « On nous a notamment parlé de composants similaires à l'insuline, qui seraient bénéfiques pour les personnes en prédiabète, et d'une teneur élevée en vitamine C ». Quant à la viande, celle-ci étonne moins, avec un goût à mi-chemin entre le mouton et le bœuf.

Une expérience à laquelle viendront, sans nul doute, se greffer d’autres durant ce grand périple africain. Et si vous souhaitez suivre toutes ces aventures, en savoir plus et pourquoi pas rêver d’autres horizons, rendez-vous sur leur blog : https://chameleonlivestockservices.com/blog

Une plantation d'arbres fourragers au Sénégal. Sur  la photo, il s’agit d’un Moringa sur la photo, riche en protéines. Ils permettent de complémenter le bétail pendant la saison sèche.
Une plantation d'arbres fourragers au Sénégal. Sur la photo, il s’agit d’un Moringa sur la photo, riche en protéines. Ils permettent de complémenter le bétail pendant la saison sèche.

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