Maïs non fécondé: le risque nitrates pour la sécurité du troupeau ne doit pas être négligé à l’ensilage
Cette année, de nombreuses parcelles de maïs ont souffert de la sécheresse ou de fortes chaleurs au moment critique de la floraison, donnant des plantes peu ou pas fécondées avec des épis absents ou presque vides. Au-delà de la perte de rendement et de valeur énergétique, ce type de maïs présente un risque bien particulier qu’il ne faut pas sous-estimer avant de nourrir le troupeau : l’accumulation de nitrates.

Sans grain à remplir, la plante continue d’absorber l’azote du sol sans le transformer en protéines. Les nitrates s’accumulent alors dans les tissus, surtout dans le bas des tiges. Ce phénomène est accentué sur les parcelles ayant reçu beaucoup d’azote ou d’effluents, et peut encore s’aggraver après une pluie suivant la sécheresse, lorsque la plante reprend une absorption active avant d’avoir retrouvé sa capacité à transformer les nitrates.
Le danger n’est pas anodin : dans le rumen, les nitrates sont réduits en nitrites, qui passent dans le sang et oxydent l’hémoglobine en méthémoglobine, incapable de transporter l’oxygène. L’animal peut alors présenter une respiration rapide et difficile, des muqueuses anormalement foncées, de la faiblesse, une chute de production, voire un avortement chez les femelles gestantes, plus sensibles à ce risque. Dans les cas sévères, l’intoxication peut être mortelle, parfois en quelques heures. C’est une urgence vétérinaire : un antidote existe (le bleu de méthylène, en intraveineuse) mais il doit être administré tôt, par un professionnel. Il n’existe aucun remède efficace à réaliser seul à la ferme.
Sécuriser la récolte
Quelques règles simples permettent de sécuriser la récolte. Premièrement, il convient de relever la hauteur de coupe de 15 à 20 cm : le nitrate se concentre dans le bas de la tige, qui reste alors au champ. Il est également envisageable de décaler l’ensilage de 3 à 5 jours après une pluie significative qui suit la sécheresse, le temps que le pic de nitrate retombe.
Troisième conseil : respecter au moins trois semaines de délai avant d’ouvrir le silo. En effet, la fermentation réduit naturellement le nitrate de 25 à 65 %. Ensuite, il est recommandé de faire analyser un échantillon avant toute distribution : c’est la seule façon fiable de connaître le niveau réel de nitrates dans le silo.
En cas de teneur encore élevée, le lot à risque peut être dilué avec un autre fourrage puis être introduit progressivement dans la ration, sans apport d’azote non protéique en parallèle.
Il ne jamais affourager en vert un maïs suspecté d’être riche en nitrate : sans fermentation, aucune réduction n’a lieu.
Enfin, il faut porter attention à l’eau de boisson qui peut apporter aussi une quantité non négligeable de nitrate lorsqu’il s’agit d’eau de puits. Une analyse d’eau permet de connaître la concentration en nitrate.
Attention aux irritations respiratoires !
Autre danger lié à ces mêmes nitrates, et souvent méconnu : un maïs qui en contient beaucoup peut, en fermentant, produire du dioxyde d’azote (NO2), un gaz orangé à brun-rouge, à l’odeur piquante proche de l’eau de Javel, plus lourd que l’air. Il peut stagner près du front d’attaque du silo, dans les creux du tas ou dans les bâtiments à proximité du silo, surtout par temps calme, avec un risque qui persiste deux à trois semaines.
Ce gaz est particulièrement piégeux : l’irritation respiratoire initiale peut sembler s’atténuer, avant qu’un œdème pulmonaire ne se développe brutalement 12 à 72 heures plus tard. Mieux vaut donc éviter de s’attarder près d’un silo récemment rempli durant cette période, et consulter un médecin sans attendre en cas d’irritation respiratoire, même passagère.
Précaution avant tout
En résumé, un maïs non fécondé doit être abordé avec plus de précaution qu’un maïs classique, tant pour la valeur alimentaire que pour la sécurité du troupeau. Une coupe plus haute (pour laisser au champ la partie la plus chargée en nitrates), une analyse systématique avant toute distribution, une fermentation complète d’au moins trois semaines avant l’ouverture du silo et une introduction progressive et limitée dans la ration restent les solutions les plus efficaces. Elles permettent à la fois d’éviter tout accident sanitaire cet hiver et de limiter les risques liés à la fermentation elle-même, notamment la production de gaz toxiques au silo.
asbl Centre de Michamps
Earth and Life Institute, UCLouvain





