Accueil Battice

Foire de Battice : «Peu d’enfants savent encore comment ça se passe dans une ferme»

Lauréate du Mérite agricole du Pays de Herve en 2025, Christine Bosch appartient à une jeune génération qui conjugue reprise d’une exploitation familiale et ouverture de la ferme vers l’extérieur. À 30 ans, cette agricultrice de Baelen conduit avec son père une exploitation de 80 vaches laitières tout en développant une ferme pédagogique née de sa première vocation, celle d’institutrice maternelle. Son parcours raconte aussi la place désormais pleinement occupée par les femmes à la tête des exploitations agricoles.

Temps de lecture : 7 min

Chez Christine Bosch, les chemins que l’on croyait divergents ont fini par se rejoindre. Il y eut d’abord l’envie de travailler avec les enfants, puis le retour vers cette ferme de Baelen où elle avait grandi et que son père exploite depuis plus de 30 ans. Elle aurait pu choisir entre l’école et l’agriculture ; elle a finalement réuni les deux.

Institutrice maternelle de formation, Christine Bosch se tourne progressivement vers l’exploitation familiale. À partir de 2020, après avoir suivi des cours du soir en agriculture, elle commence à travailler avec son père, avec déjà un double projet : se préparer à reprendre la ferme tout en y développant une activité pédagogique. Le 1er janvier 2024, elle franchit une nouvelle étape en reprenant la moitié de l’exploitation, qu’elle continue aujourd’hui à conduire avec lui. Baptisée « Chez Cri & Dom », contraction de Christine et Dominique, la ferme reste d’abord une exploitation laitière. Quelque 80 vaches y sont traites et les génisses de renouvellement élevées sur place ; le lait est livré à la laiterie Arla. Cinq brebis complètent l’activité agricole, leurs agneaux étant destinés à la viande. Autour de ce noyau professionnel gravite cependant tout un petit monde animal : poules, chèvres, cochons, lapins, ânes, poneys et cheval participent à l’autre visage de l’exploitation, celui de la ferme pédagogique.

Faire entrer les enfants dans la ferme

Ouverte en 2020, celle-ci permet à Christine Bosch de renouer avec sa première vocation sans quitter l’agriculture. « J’aime les enfants et on voulait vraiment faire passer notre passion et pouvoir apprendre aux enfants comment ça se passe à la ferme », explique-t-elle. L’ambition prend tout son sens à une époque où le lien direct avec l’agriculture s’est distendu, y compris dans les campagnes. Nombre d’enfants connaissent les animaux, le lait ou la viande, mais beaucoup n’ont plus l’occasion d’entrer dans une exploitation et d’observer les gestes qui se cachent derrière ce qu’ils consomment. « Chez Cri & Dom », ils ne se contentent donc pas de regarder : ils nourrissent les animaux, découvrent la traite des vaches, montent dans le tracteur, participent à quelques menus travaux et préparent également un goûter. La ferme en activité devient ainsi le support même de l’apprentissage.

DSC_0397
M-F V.

Le calendrier est désormais bien rempli. Pendant l’année scolaire, des classes pouvant compter jusqu’à 30 élèves sont accueillies sur l’exploitation. Les mercredis et samedis après-midi sont notamment consacrés aux anniversaires, tandis que les vacances scolaires accueillent des stages limités à 15 participants. Un ancien conteneur maritime a même été transformé en petite classe. « C’est souvent quelque chose de nouveau », observe Christine Bosch. « Il y a peu d’enfants maintenant qui voient encore comment ça se passe dans une ferme. » Son diplôme d’institutrice n’est donc jamais véritablement resté au vestiaire : l’école a simplement changé de décor.

Un Mérite agricole pour les agricultrices en 2025

C’est notamment cette ferme pédagogique, associée à sa récente reprise de l’exploitation, qui aurait conduit à proposer le nom de Christine Bosch pour le Mérite agricole du Pays de Herve 2025. Elle-même n’avait rien sollicité : le principe de la distinction veut précisément que les candidats soient proposés par leur entourage professionnel, les organisations agricoles ou les communes. L’édition avait une portée particulière puisqu’elle était entièrement consacrée aux agricultrices. Pour Christine Bosch, cette dimension collective semble avoir compté au moins autant que sa victoire personnelle. « C’était vraiment sympa qu’on soit toutes là le jour de la Foire à Battice et que, pour une fois, ce soient les agricultrices qui soient mises à l’honneur et pas toujours les agriculteurs ».

À 30 ans et à peine plus d’un an après avoir officiellement repris une partie de la ferme familiale, la distinction vient aussi souligner une évolution plus générale du métier. Celui-ci se féminise, reconnaît-elle, même si une femme reste encore facilement identifiée comme « femme d’agriculteur » plutôt que comme agricultrice à part entière. Son propre parcours raconte pourtant une autre réalité : elle ne seconde pas l’exploitation familiale, elle en est désormais l’une des responsables tout en y développant sa propre activité.

DSC_0381
M-F V.

Un an plus tard, Christine Bosch garde surtout du Mérite agricole le souvenir des portraits réalisés dans les exploitations. Une façon de faire découvrir au public la diversité des pratiques et des parcours. « Je ne pense pas que ce soit forcément une personne qui doit être mise à l’honneur. Je pense que ce sont tous les candidats », explique-t-elle. À travers ces rencontres, « on voit comment ça se passe chez les autres » et, finalement, ajoute-t-elle, « c’est l’agriculture en elle-même qui est mise à l’honneur ». La lauréate reconnaît néanmoins des retombées très concrètes. Le prix et les portraits diffusés autour de sa candidature ont fait connaître l’exploitation et offert une belle visibilité à la ferme pédagogique. « On a beaucoup entendu parler de nous, et ça fait plaisir », concède-t-elle. Cette année, elle suivra donc avec intérêt la nouvelle édition du Mérite, consacrée au pâturage.

Battice, de l’autre côté de la foire

Le lien de Christine Bosch avec la Foire de Battice ne s’arrête pas au Mérite agricole. Elle la fréquente depuis longtemps pour ses concours bovins et les rencontres professionnelles qu’elle permet, mais elle y tient également deux rôles qui prolongent naturellement son intérêt pour la transmission. Depuis plusieurs années, la famille accueille ainsi de jeunes participants de la Young Breeders School (YBS), l’École des Jeunes Éleveurs qui réunit à Battice des candidats venus de nombreux pays. Deux ou trois logent généralement à la ferme : Allemands et Suisses y ont déjà séjourné et, une année, il a fallu composer avec de jeunes Anglais malgré une maîtrise limitée de leur langue. « On se débrouillait comme on pouvait », sourit-elle. La famille assure le gîte, les repas et les déplacements quotidiens jusqu’au site de la formation. Christine apprécie particulièrement le travail réalisé autour des génisses, le soin apporté aux animaux et la manière dont les jeunes apprennent à les préparer et à les présenter.

Le vendredi précédant l’ouverture de la Foire au public, elle accompagne également l’un des groupes d’élèves de sixième primaire invités à découvrir le monde agricole. Les enfants passent d’un atelier à l’autre, des moutons à l’alimentation des bovins, tandis que Christine leur sert de guide. Elle y glane parfois des idées qu’elle rapporte ensuite à Baelen : Battice devient alors, l’espace d’une journée, le prolongement à grande échelle de sa propre ferme pédagogique.

Apprendre aussi entre agriculteurs

La transmission ne va cependant pas seulement des agriculteurs vers les enfants. Christine Bosch appartient à un Ceta dans lequel son père était déjà engagé avant elle. Environ une fois par mois, plusieurs exploitants s’y retrouvent pour confronter leurs expériences, parler alimentation, conduite des troupeaux ou difficultés du moment. « On essaie à chaque fois d’apprendre de nouvelles choses et de discuter avec les autres agriculteurs de ce qui se passe chez chacun, de ce qu’on pourrait faire pour s’améliorer, de ce qui fonctionne et de ce qui ne fonctionne pas », explique-t-elle.

La sécheresse de cet été fournit un exemple très concret de ces adaptations permanentes. À Baelen, les vaches continuent à sortir, mais le manque d’herbe oblige à compléter leur alimentation presque comme en hiver. Lorsque la chaleur est devenue trop intense, Christine Bosch et son père ont même dû arroser les vaches pour leur apporter un peu de fraîcheur. Trois bonnes coupes avaient heureusement pu être réalisées auparavant et une nouvelle est espérée afin de compléter les réserves. L’épisode rejoint directement le thème retenu cette année pour le Mérite agricole, «  Le pâturage, cœur du Pays de Herve  »  : sur l’exploitation de Christine Bosch, les prairies nourrissent les animaux durant la belle saison et fournissent également une partie du fourrage nécessaire à l’hiver.

Une ferme comme trait d’union

À Baelen, où elle a toujours vécu, Christine Bosch construit ainsi son propre projet dans une exploitation héritée de l’histoire familiale. La ferme demeure un lieu de production laitière, mais elle accueille désormais des enfants du voisinage et des écoles, des stagiaires durant les vacances et, quelques jours par an, de jeunes éleveurs venus d’autres pays. Le Mérite agricole reçu à Battice a offert, l’espace de quelques semaines, une visibilité nouvelle à son parcours. Mais en la distinguant, le prix a surtout mis en lumière ce qui traverse désormais toute son activité : une transmission qui va d’un père à sa fille, d’une agricultrice aux enfants qu’elle accueille et, plus largement, d’un monde agricole vers une génération qui n’en connaît plus toujours les gestes.

Marie-France Vienne

A lire aussi en Battice

Foire de Battice : les agriculteurs, ces «super-héros» du quotidien

Battice Les 6 et 7 septembre, la Foire agricole de Battice revient sur le plateau de Herve. Placée sous le signe de « L’agriculteur, mon super-héros », cette 35e édition entend rappeler le rôle essentiel des femmes et des hommes de la terre, souvent mal compris ou caricaturés. Concours d’animaux, école internationale des jeunes éleveurs, village gourmand, pôle ovin, nimations familiales et débats : pendant trois jours, la ruralité se donnera à voir et à vivre dans toutes ses dimensions.
Voir plus d'articles