Accueil Battice

Foire de Battice : celles et ceux qui font vivre le Pays de Herve

Créé en 2006 à l’initiative de la Ville de Herve, le Mérite agricole du Pays de Herve célèbre cette année ses 20 ans. Proposés par leurs pairs, les organisations professionnelles ou les communes, les candidats sont ensuite soumis au vote du public. Sept candidats ou duos sont en lice autour d’un thème emblématique du territoire, le pâturage. Derrière le prix et son lauréat se dessine pourtant une ambition plus large, demeurée intacte au fil des éditions : offrir une reconnaissance à celles et ceux qui font vivre l’agriculture de la région et, avec elle, une part essentielle de son identité.

Temps de lecture : 11 min

Il y a 20 ans , l’idée était somme toute assez simple. Puisque tant de concours et de distinctions mettent en lumière ceux qui excellent dans leur domaine, pourquoi l’agriculture n’aurait-elle pas, elle aussi, son rendez-vous annuel ? Pourquoi ne pas profiter de la Foire de Battice, qui rassemble chaque septembre professionnels et grand public, pour sortir quelques agriculteurs de la relative discrétion dans laquelle s’exerce souvent leur métier ?

En 2006, Victor Becker, alors échevin de l’Agriculture de la Ville de Herve, lance ainsi le Mérite agricole. Marc Drouguet, l’actuel bourgmestre, se souvient précisément de cette genèse. « L’intention était de profiter du rassemblement de Battice pour mettre en avant des gens qui avaient travaillé pour l’agriculture ». Peu à peu, les communes voisines ont rejoint la démarche, les échevins de l’Agriculture se sont retrouvés autour de la table et le prix a grandi sans jamais quitter le cadre de la Foire. Vingt ans plus tard, l’intuition de départ n’a rien perdu de son actualité. Elle en aurait même gagné à mesure que les agriculteurs sont devenus moins nombreux et que la distance s’est accrue entre une partie de la population et ceux qui produisent son alimentation. Donner un visage à l’agriculture n’est dès lors plus seulement affaire de reconnaissance professionnelle : c’est aussi une manière de maintenir un dialogue entre un territoire et ceux qui continuent à le façonner.

Une distinction que l’on ne sollicite pas

Le Mérite agricole possède, à cet égard, une caractéristique qui en dit beaucoup sur sa philosophie : on n’y pose pas soi-même sa candidature. Chaque année, le Gal du Pays de Herve adresse un appel aux organisations agricoles et aux communes participantes. Syndicats, Ceta et autres structures professionnelles peuvent proposer le nom d’un agriculteur qui leur semble particulièrement incarner le thème retenu ; les communes peuvent elles aussi avancer une candidature. Plus d’une vingtaine d’organisations sont ainsi sollicitées, avant que les propositions soient soumises aux échevins de l’Agriculture pour validation.

La distinction permet de mettre en lumière l’élevage et le pâturage qui constituent les signatures du territoire mais dont le maintien ne va plus nécessairement de soi.
La distinction permet de mettre en lumière l’élevage et le pâturage qui constituent les signatures du territoire mais dont le maintien ne va plus nécessairement de soi. - M-F V.

L’agriculteur pressenti doit évidemment accepter de participer (et tous ne le font pas…) car être candidat signifie aussi accepter que son exploitation, ses pratiques et une partie de son histoire soient montrées au public. Mais cette désignation par les autres change profondément la nature de la récompense. « C’est ça qui est bien, parce qu’il y a vraiment une reconnaissance des collègues agriculteurs », souligne Aurélie Lahaye, directrice du Gal du Pays de Herve. Marc Drouguet insiste sur le même point. Sa parole possède ici une résonance particulière : bourgmestre de Herve depuis 9 ans, il demeure lui-même agriculteur laitier et revendique volontiers cette double identité en se définissant comme un « agriculteur-bourgmestre », dans cet ordre-là, se plaît-il à préciser. Pour lui, « déjà être candidat, c’est déjà une reconnaissance », précisément parce que la proposition émane de ceux qui connaissent le métier et ses réalités.

Le mot « mérite » prend dès lors un sens assez particulier. Il ne s’agit ni de classer les exploitations selon leurs performances, ni de désigner un agriculteur supposément meilleur que les autres, mais de braquer, une fois par an, le projecteur sur des professionnels dont les pratiques, l’engagement ou le parcours ont retenu l’attention de leur propre milieu. Les conditions d’accès restent d’ailleurs volontairement simples : le siège de l’exploitation doit se trouver dans l’une des communes participantes et l’activité agricole être exercée à titre majoritairement professionnel.

Un rendez-vous qui a trouvé sa place

Au fil de ses 20 années d’existence, le Mérite agricole a changé de forme sans abandonner son principe fondateur. Longtemps, la remise du prix a suivi l’inauguration officielle de la Foire de Battice. Elle est désormais organisée le dimanche à 13 h 30 sur le stand du Gal. Le Mérite dispose désormais de son propre moment, avec la présentation des candidats, leurs familles, les partenaires et, bien sûr, la proclamation du résultat. Célébrer le lauréat, certes, mais pas seulement lui. Les organisateurs sont particulièrement attentifs à ne pas transformer le vote en compétition entre agriculteurs. Celui qui recueille le plus de suffrages reçoit la distinction et un chèque-cadeau d’Accueil Champêtre en Wallonie, tandis que tous les autres candidats repartent eux aussi avec une attention. « Il y a toujours un candidat qui gagne, mais l’idée est aussi de mettre en valeur les autres », insiste Aurélie Lahaye, avant d’apporter une nuance essentielle : ce n’est pas parce qu’un candidat obtient davantage de votes qu’il serait pour autant « plus méritant » que ses collègues.

La reconnaissance englobe également les familles, conviées à la cérémonie parce qu’une exploitation agricole est rarement l’œuvre d’un seul individu. Derrière celui ou celle dont le nom apparaît sur le bulletin de vote se trouvent souvent un conjoint, des parents, des enfants, une histoire familiale et une multitude de contributions dont aucune comptabilité ne mesure véritablement le poids. « Ce n’est pas le travail d’une seule personne. C’est aussi toute la famille derrière qui est récompensée », rappelle Aurélie Lahaye. Cette attention portée aux personnes plutôt qu’aux seules performances constitue sans doute l’une des raisons de la longévité du prix.

Chaque année, un autre visage de l’agriculture

En 2026, le thème s’est presque imposé de lui-même : « Le pâturage, cœur du Pays de Herve ». Il entre en résonance avec celui de la Foire de Battice mais surtout avec le travail que mène actuellement le Gal sur la prairie. Depuis 2024, celle-ci est en effet devenue l’un des axes majeurs de son programme Agriculture et Environnement. L’objectif est d’en documenter les fonctions et les évolutions, notamment à travers des analyses scientifiques et agronomiques, afin de construire un véritable plaidoyer en faveur de la prairie du Pays de Herve et de mieux faire reconnaître son intérêt dans le contexte du dérèglement climatique. « L’axe, c’est la prairie, et en quoi la prairie du Pays de Herve peut être un atout pour le dérèglement climatique », explique Aurélie Lahaye. Le choix du pâturage pour le Mérite agricole n’est donc pas un simple habillage de circonstance. Il permet de mettre en lumière une pratique qui constitue l’une des signatures du territoire mais dont le maintien ne va plus nécessairement de soi. Marc Drouguet se garde toutefois d’en faire une ligne de partage entre de « bons » et de « mauvais » systèmes agricoles. Les réalités économiques des exploitations ont changé, les structures ont grandi et chaque éleveur compose avec ses propres contraintes. Ce que le Mérite souhaite distinguer cette année est plus subtil : le savoir-faire et l’engagement de ceux qui continuent à inscrire le pâturage au cœur de leur système. « C’est vraiment un choix. Mais un choix qui a un coût », résume l’agriculteur-bourgmestre.

7 candidatures, 7 histoires agricoles

Cette thématique a suscité 7 candidatures, dont deux duos familiaux, issues de six communes. Un nombre dont se réjouit le Gal après certaines éditions plus maigres, notamment au sortir de la crise sanitaire. Les organisateurs se sont d’ailleurs fixé une limite d’une dizaine de candidats afin que chacun puisse bénéficier d’une véritable mise en lumière. À Baelen, Eddy Bonaventure est en lice. Damien Lonneux et Raphaël Viellevoye représentent tous deux Herve, tandis que Fabrice Peutat est candidat à Plombières et Vincent Schyns à Limbourg. Deux candidatures disent plus explicitement encore la dimension familiale de l’agriculture : à Olne, Christophe et Jules Scholzen, père et fils, se présentent ensemble ; à Thimister-Clermont, Anne-Françoise et Lucien Somja, fille et père, partagent eux aussi la candidature.

Le prix ne récompense pas le travail d’une seule  personne, « mais celui de toute une famille », insiste Aurélie Lahaye, directrice du Gal du Pays de Herve.
Le prix ne récompense pas le travail d’une seule personne, « mais celui de toute une famille », insiste Aurélie Lahaye, directrice du Gal du Pays de Herve. - M-F V.

Tous ont en commun le pâturage, sans nécessairement le pratiquer de la même manière ni lui accorder exactement la même place dans leur exploitation. C’est précisément cette diversité qui intéresse les organisateurs. Après avoir découvert leurs portraits, Aurélie Lahaye le résume joliment : « Ce sont toutes des histoires différentes, avec un historique différent ». Certains expliquent avoir toujours travaillé ainsi et vouloir perpétuer la pratique ; d’autres l’inscrivent dans une réflexion plus globale sur leur système d’exploitation. Les modes de production, les trajectoires familiales et les philosophies peuvent différer : le Mérite ne cherche pas à fabriquer un modèle idéal de l’éleveur hervien, mais à montrer plusieurs manières de faire vivre une même pratique.

La présence de deux duos intergénérationnels donne d’ailleurs à cette édition une tonalité particulière. Dans ces exploitations, le pâturage est aussi affaire de transmission : non pas la reproduction à l’identique de ce que faisaient les générations précédentes, mais le passage d’un savoir qui doit constamment être adapté aux nouvelles réalités du métier. À travers ces 7 candidatures, le Mérite offre ainsi autant de portes d’entrée dans une agriculture qui, derrière l’apparente homogénéité des prairies du Plateau, recouvre des parcours, des choix et des sensibilités singuliers.

Le profil laitier reste néanmoins très marqué. Rien d’étonnant dans un territoire où élevage, prairie permanente et production laitière sont historiquement étroitement imbriqués. Le thème 2026 permet donc au prix de revenir, 20 ans après sa création, à ce qui constitue l’une des matrices de l’agriculture du Pays de Herve.

Le Gal, de la préservation du paysage à la reconnaissance des hommes

Entre-temps, le Mérite agricole s’est trouvé un coordinateur naturel : le Gal. Créé en 2016 dans le cadre de la programmation européenne Feader, celui-ci est actif sur 9 communes et couvre un territoire de plus de 72.000 habitants. Son fonctionnement repose sur un principe qui rejoint assez bien l’esprit du Mérite : les projets doivent partir des besoins du territoire, exprimés par les citoyens, les communes, les associations ou les entreprises, avant d’être structurés en programme d’action. Le Gal s’inscrit lui-même dans une histoire plus ancienne. Avant lui existait l’Asbl Pays de Herve-Futur, née dans les années 2000 d’une mobilisation citoyenne autour de la sauvegarde et de la préservation du paysage. Cette filiation explique la place qu’occupe depuis toujours l’agriculture dans ses travaux : au Pays de Herve, s’intéresser au paysage conduit inévitablement à ceux qui le façonnent.

Durant sa précédente programmation, le Gal avait ainsi travaillé au rapprochement entre agriculteurs et citoyens, à travers des outils didactiques, des supports pédagogiques et des rencontres dans les fermes destinées à mieux faire comprendre les réalités du métier. Le Mérite agricole s’inscrit naturellement dans cette philosophie. Le Gal en assure aujourd’hui la coordination pratique (appel aux candidatures, portraits, communication, vote et cérémonie) tandis que les échevins de l’Agriculture conservent la main sur les grandes orientations et la validation des candidatures. Au fil du temps, le prix est ainsi devenu une construction collective dans laquelle communes, organisations agricoles, Gal, Foire de Battice, média local, agriculteurs et public prennent chacun leur part. Cette multiplicité d’acteurs pourrait sembler alourdir le dispositif ; elle constitue au contraire l’une de ses singularités, puisque la reconnaissance ne descend pas d’une institution vers un lauréat mais se construit progressivement autour de lui.

Vingt ans plus tard, rendre un visage au métier

Reste une question : que retire réellement un agriculteur d’une telle distinction ? Il y a le prix, bien sûr, mais Marc Drouguet évoque d’abord la visibilité et la reconnaissance. Il rapporte notamment le témoignage d’un ancien lauréat qui lui confiait récemment combien le Mérite lui avait apporté en exposition publique et lui avait surtout « donné une parole ». La formule touche sans doute au cœur de l’initiative. Une grande partie du travail agricole se déroule loin du regard public et, même dans un territoire aussi rural que le Pays de Herve, les habitants connaissent de moins en moins intimement le fonctionnement d’une exploitation. On peut vivre à proximité d’une ferme sans nécessairement savoir ce qui s’y joue, pourquoi tel choix a été posé, quelles contraintes pèsent sur le producteur ou quelle technicité se cache derrière une pratique que l’on croit simplement héritée de la tradition.

Durant quelques semaines, le Mérite agricole ouvre une fenêtre sur ces réalités. Les capsules vidéo font entrer le public dans les exploitations, les candidats racontent eux-mêmes leurs pratiques et leurs proches apparaissent parfois à leurs côtés. L’agriculteur cesse alors d’être une catégorie professionnelle abstraite pour redevenir une personne, avec un visage, une voix, une histoire et des choix. « L’idée, c’est de mettre du positif dans les réseaux sociaux », résume M. Drouguet, qui voit dans cette mise en lumière une manière plus générale de contribuer à la reconnaissance du monde agricole.

Le dimanche 6 septembre à midi, les votes seront clos et, à 13 h 30, sur le stand du Gal à la Foire de Battice, un nom sera annoncé. Autour du lauréat seront réunis les autres candidats, leurs proches et ceux qui les ont proposés. Mais l’essentiel se sera peut-être joué dans ces portraits diffusés pendant plusieurs semaines et dans cette reconnaissance accordée par les pairs puis relayée par le public. Vingt ans après, le Mérite agricole conserve ainsi quelque chose de profondément simple dans son principe : faire en sorte que ceux qui font vivre l’agriculture du Pays de Herve ne deviennent jamais invisibles au cœur même du territoire qu’ils contribuent à façonner.

Marie-France Vienne

A lire aussi en Battice

Une passion mondiale réunie avec succès à Battice!

Bovins C’est sous un soleil radieux que s’est déroulée du 28 août au 1er septembre la Young Breeders School organisée par Elevéo (Awé groupe) en étroite collaboration avec la Foire Agricole de Battice. Grâce à son comité et ses nombreux bénévoles qui s’activent durant de longues heures pour monter ce magnifique événement, et le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles, l’école atteint maintenant une renommée mondiale. Par ailleurs, sa volonté reste de garder un bon esprit d’équipe et de former une grande famille.
Voir plus d'articles