Une saison chamboulée par la météo et des cultures à tenir à l’œil
C’est logique : les parcelles présentant une meilleure structure ont permis une meilleure progression des racines en profondeur et en largeur. Ces cultures s’en sont donc mieux tirées que celles implantées dans des sols dégradés. Les années avec de longues périodes sèches sont celles où les différences se marquent le plus. Et 2026 est un exemple marquant puisque ces dernières ont souffert davantage du déficit hydrique estival.

La période chaude arrivée très tôt en saison a influencé les périodes clés de développement des bioagresseurs et des auxiliaires. La chaleur a plutôt été favorable aux auxiliaires, avec des nuances importantes notamment en chenilles sur crucifères.
Le manque d’humidité dans le sol a ralenti très fortement la minéralisation des matières organiques et la libération des éléments minéraux. Attendons-nous à une relance de la libération d’azote tard en saison, trop tard souvent.
Les pluies de la dernière quinzaine sont encore faibles en général, à l’exception des zones touchées par des orages parfois violents.
Des principes de fertilisation à revoir
Les légumes d’automne de plein air peuvent montrer des signes de manques d’azote ou de soufre avec les palissements caractéristiques du feuillage. Nous le constatons notamment en poireaux et en choux.
Rappelons que la fourniture d’azote à la culture est un élément clé de la réussite. C’est la minéralisation des matières organiques du sol qui apporte l’essentiel de ce qui sera consommé par la plante. Or, cette minéralisation dépend de l’état de fertilité du sol et des conditions météo. Les précipitations trop faibles depuis plusieurs mois ont défavorisé une croissance soutenue et ont induit des arrêts de développement. C’est plutôt défavorable pour les anciennes variétés et plus encore pour les variétés récentes à plus fort potentiel.
Avant toute décision d’un complément de fertilisation, faisons le point du bilan des apports et des exportations. Il est très possible que la minéralisation ait été fortement ralentie en été. Avec le retour des pluies, celle-ci reprendra en libérant les minéraux dans la solution du sol. Avec des apports non calculés, nous risquerions de nous retrouver avec des excès. C’est surtout important pour l’azote. Selon les circonstances, nous referons le calcul du bilan ou une analyse du profil du sol.
En principe, les apports complémentaires se calent 3 à 5 semaines après plantation en choux brocolis et choux-fleurs, 5 à 8 semaines après plantation choux pommés, choux de Bruxelles, céleris verts et dorés et 6 à 8 semaines après plantation en poireaux et céleris-raves. Tout est chamboulé cette année. Les compléments pourraient se calculer d’après les analyses, mais c’est bien compliqué dans les petites fermes maraîchères diversifiées. Il faut souvent réduire les apports prévus en poireaux, choux et céleris raves, sachant que le rendement potentiel sera souvent également revu à la baisse.
Les parcelles de racines de chicon, comme toutes les cultures, expriment fortement le manque d’eau. Le feuillage fane l’après-midi, les feuilles anciennes sont entrées en sénescence.
La situation est encore plus frappante sur les parcelles atteintes de pucerons des racines. Pour celles-ci, l’attention sera portée sur les risques de minéralisation tardive de l’azote du sol avec ses conséquences sanitaires sur le feuillage, les collets et les racines.
La minéralisation tardive attendue dans les prochains jours pourrait, par ailleurs, favoriser les maladies bactériennes du collet (Pectobacterium carotovora entre autres). Il faudra donc bien vérifier l’état de maturité de chaque parcelle indépendamment du planning prévu initialement d’après les dates de semis.
Notons qu’il peut être intéressant de faire analyser, peu après la récolte des racines, le profil à 90 cm du sol pour vérifier que le reliquat après culture est inférieur à 30 U. C’est un bon contrôle a posteriori de la conduite de la culture et du pilotage de la fertilisation en fonction de la richesse du sol et du type de variété concernée (sensible, tolérant ou préférant en besoin azoté). Attendons-nous à des surprises cette année.
Les maladies et ravageurs,cdes pressions variables selon les cultures
Les populations de pucerons ont été repérées tôt cette saison. Leur expansion est variable d’une parcelle à l’autre. La douceur précoce du début d’année a aussi été favorable à la remise en activité précoce des auxiliaires ; l’été leur a été très bénéfique. Dans une large majorité de cas, il n’y a pas eu lieu d’intervenir, les auxiliaires ont réduit rapidement ces populations. Et l’environnement de la parcelle est important afin que ces derniers puissent avoir un refuge hivernal et un abri.
Restons quand même très attentifs sur des cultures de laitues d’automne. Les pucerons sont présents et les températures annoncées pour les prochains jours leur sont avantageuses (autour de 20°C).
Ces conditions météo devraient permettre un ralentissement de l’extension des acariens en plein air dans les parcelles où ils étaient présents.
Les aleurodes sont un problème dans certaines parcelles de choux et d’autres cultures. Classiquement, la météo de septembre est propice à l’explosion des populations. Il convient de surveiller les zones afin de repérer ces mouches blanches avant d’être envahi. Dans certains endroits, les populations sont devenues presque ingérables.
Il y a eu très peu de mildiou et de faux mildiou cette année. C’est plutôt l’oïdium qui s’est développé sur les plantes sensibles dont les cucurbitacées.
Concernant la sclérotiniose, des foyers de Sclérotinia sclerotiorum se sont étendus sans devenir problématiques. C’est plus une question de rotation et de gestion des attaques antérieures que de météo. Le traitement du sol avec Contans est une méthode préventive efficace qui complète bien le respect de la rotation.
Nous devrons être attentifs aux parcelles de chicorées maraîchères et surtout aux parcelles de chicorées et de laitues. La minéralisation tardive d’azote et des sols qui n’ont pas été refermés par les pluies sont des facteurs très favorables à l’expression de cette maladie si elle est présente dans la parcelle.
En choux, les dégâts de pigeons et de la mouche du chou évoqués en mai se sont confirmés en juin. Pas mal de plantations ont même été renouvelées avec des conséquences sur les plannings.
Les attaques de chenilles ont été diverses et plutôt nombreuses. Actuellement encore, la surveillance des parcelles est requise plusieurs fois par semaine. Les chenilles sont présentes notamment celles de la noctuelle gamma et de la teigne des crucifères qui restent abondantes et les piérides ne nous ont pas lâchés en 2026.
En poireaux, la baisse des températures sera un signal fort pour la reprise des vols de la mouche mineusePhytomyza gymnostoma. Nous sommes donc plutôt épargnés jusqu’à présent. Mais nous devons rester vigilants. Il en est de même pour les thrips, pas encore trop présents actuellement.

Pour les maladies à contamination aérienne…
Les maraîchers constatent relativement peu de maladies foliaires, à l’exception des oïdiums. C’est en relation avec la très longue période sèche depuis la fin du printemps.
La rouille et l’alternariose ne sont pas encore trop observés dans les parcelles de poireaux ou seulement sous la forme de quelques taches.
Concernant la mouche du chicon et les pucerons des racines, la présence de la mouche du chicon est extrêmement variable d’une parcelle à l’autre. Elle est à surveiller, sans plus.
Par contre, les pucerons des racines sont beaucoup plus dommageables en période sèche. Les parcelles proches de populations de peupliers sont davantage à surveiller de plus près. En principe, nous les observons par piégeage ou en constant les populations sur les racines elles-mêmes. Cette année, l’attention est attirée par l’état de fanaison alarmant du feuillage.
En céleris, alors que les signes d’attaques de la septoriose sont souvent manifestes à partir de la mi-août, les parcelles sont épargnées jusqu’à présent. C’est particulièrement appréciable en maraîchage bio, où les moyens de lutte sont limités.






