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Cadmium, un contaminant qui inquiète les producteurs

La mise en évidence de concentrations élevées de cadmium dans certains légumes cultivés en Wallonie, révélée par une campagne de contrôle de l’Afsca, dépasse la seule question sanitaire. Derrière les dépassements observés en provinces de Liège et de Namur, se dessine les effets d’une pollution héritée du passé industriel, dont les conséquences retombent aujourd’hui sur les producteurs.

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La présence de cadmium dans certains légumes cultivés en Wallonie, révélée récemment par l’Afsca ravive une double inquiétude : sanitaire, d’une part, et agricole, de l’autre. Derrière les dépassements constatés dans plusieurs zones, c’est en effet toute la question de la gestion d’une pollution ancienne, et de ses conséquences actuelles pour les producteurs, qui refait surface.

Des zones historiquement exposées

Les résultats de l’action de contrôle menée par l’Afsca en 2025 pointent une réalité contrastée. Sur 48 échantillons de légumes analysés, un seul dépassement a été relevé en Flandre, contre 11 sur 30 en Wallonie. Les provinces de Liège et de Namur apparaissent particulièrement concernées. Sans surprise, les zones les plus exposées correspondent à des territoires marqués par une forte industrialisation passée, notamment le long du sillon Sambre-et-Meuse, autour de Liège ou encore dans le pays de Herve.

Ce métal lourd, naturellement présent à faible dose dans les sols, peut en effet s’y accumuler sous l’effet d’activités industrielles anciennes. Une contamination qui, aujourd’hui encore, se transmet à certaines cultures. Le cadmium n’est pas un contaminant anodin. Son accumulation dans l’organisme, liée à une exposition répétée, peut provoquer des effets graves à long terme. Classé cancérigène, il est susceptible d’affecter plusieurs organes, dont les reins, les poumons ou encore certains tissus hormonaux. L’alimentation constitue la principale voie d’exposition pour la population non fumeuse.

La Fugea monte au créneau

Au-delà de la question sanitaire, la situation met surtout en lumière la position délicate des producteurs. L’Afsca rappelle que ceux-ci sont responsables de la sécurité des produits mis sur le marché, et doivent intégrer le risque de contamination des sols dans leur système d’autocontrôle. Une position vivement contestée par la Fugea qui dénonce une approche jugée injuste et déconnectée du terrain. Le syndicat évoque une situation « intenable » pour de nombreux maraîchers. Depuis plusieurs années, certains d’entre eux font l’objet de contrôles répétés, pouvant conduire à la destruction de leurs productions, sans accompagnement clair ni solutions concrètes.

L’organisation pointe notamment l’absence de filières de revalorisation ou de protocoles de destruction adaptés, pourtant essentiels pour éviter de réinjecter la pollution dans les cycles agricoles. Il dénonce également l’absence de mesures de dédommagement, ainsi que le manque de solutions agronomiques opérationnelles. Au cœur des tensions, une réalité difficile à gérer : la pollution au cadmium relève souvent d’un héritage historique, sur lequel les agriculteurs n’ont aucune prise. « Nos agriculteurs se trouvent actuellement abandonnés face à une situation dont ils ne peuvent être tenus responsables », insiste la Fugea. Les chiffres avancés par le Spw donnent la mesure du problème : près de 48.000 ha pourraient être concernés, soit environ 7 % de la surface agricole utile wallonne. Des centaines d’exploitations seraient potentiellement touchées.

Pourtant, selon le syndicat, aucun agriculteur n’aurait été officiellement informé d’un risque de contamination sur ses terres. Un déficit de communication qui s’étendrait également aux nouveaux installés. Face à cette situation, la Fugea appelle les autorités politiques à reprendre la main. Elle a sollicité en urgence une réunion avec les ministres wallons concernés, Anne-Catherine Dalcq et Yves Coppieters, afin de dégager des solutions concrètes.

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