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À la Foire de Battice, la jeunesse assure, Anne-Catherine Dalcq rassure

Portée par une fréquentation record, la Foire de Battice a, une nouvelle fois, fait la part belle aux jeunes. La journée des écoles a été un véritable succès, tandis que la Young Breeders School a réuni plus de 150 participants, désireux de développer et mettre à l’épreuve leur savoir-faire en matière de concours bovins. En parallèle, l’événement a servi de tribune aux agriculteurs, venus rappeler leur besoin de stabilité, de vision à long terme et de simplification. Un message auquel Anne-Catherine Dalcq a répondu par plusieurs annonces concrètes.

Temps de lecture : 7 min

Pour la 36e  fois, la Foire de Battice a fait vibrer le Pays de Herve le temps d’un week-end. Sous un soleil généreux, agriculteurs, familles et curieux se sont pressés autour des animaux, du matériel agricole, des produits du terroir et des nombreuses animations organisées pour petits et grands. Au son de la fanfare, qui a rythmé les allées de ses airs entraînants, les échanges professionnels se sont mêlés aux découvertes familiales, faisant de cet incontournable rendez-vous de la rentrée un véritable succès.

L’École des Jeunes Éleveurs, la touche internationale de Battice

Mais la Foire de Battice ne se déroule pas que le samedi et le dimanche… Elle prend déjà ses quartiers le vendredi, pour la traditionnelle journée des écoles. Cette année, près de 1.050 élèves de cinquième et sixième primaires de la région, voire au-delà, ont rejoint le site pour une immersion dans un monde agricole qu’ils connaissent parfois assez peu.

À travers 62 ateliers, ces enfants ont découvert la tonte des moutons, assisté à l’éclosion d’œufs, appris à faire du beurre ou à filer la laine, ont mené des chevaux de trait… De quoi éveiller, qui sait, quelques vocations chez les plus jeunes.

La jeunesse constitue, depuis toujours, une préoccupation des organisateurs. La Young Breeders School (YBS), ou École des Jeunes Éleveurs, en est sans doute l’une des plus belles illustrations. Depuis sa création en 1999, cette formation est devenue une véritable référence en matière de préparation des bovins aux concours.

Comme de coutume, elle a attiré la foule et assuré le show dans le Hall des criées, tout en donnant à la Foire de Battice une dimension internationale dépassant largement les frontières de l’Europe. Pour preuve, plus de 150 jeunes, provenant de plus de 20 pays, ont pris part à cette édition 2026. Et Didier Gustin, président de l’événement, de préciser que les inscriptions étaient, cette année, complètes en 24 heures à peine.

Clippage, lavage, mise en valeur des animaux, défilé devant un juge… 140 jeunes ont travaillé avec des génisses Holstein, prêtées par des éleveurs wallons. Ils provenaient de Belgique, de Suisse, d’Allemagne, du Canada, de Pologne… mais aussi, pour la première fois dans l’histoire de la formation, d’Amérique du Sud.

Le Blanc Bleu Belge n’était pas en reste, avec quelque 14 participants. Aux 10 Belges s’étaient joints trois jeunes Français ainsi qu’une jeune Québécoise, seule de sa vaste province à s’être tournée vers le fleuron de notre élevage national.

Côté laitier, c’est une Canadienne qui s’est imposée. En Blanc-Bleu, un Belge a décroché la première place du podium.

Un besoin de stabilité…

La Foire de Battice est aussi synonyme de rentrée politique. L’occasion pour la ministre wallonne de l’Agriculture, Anne-Catherine Dalcq, de lever un coin du voile sur certains projets qui se concrétiseront prochainement, mais aussi de répondre aux inquiétudes des agriculteurs. En la matière, c’est Paulette Piron qui a endossé le rôle de porte-parole pour l’ensemble de ses confrères et consœurs au moment d’inaugurer l’événement.

Battre son record de fréquentation ?  Une habitude, ou presque, pour  la Foire de Battice.
Battre son record de fréquentation ? Une habitude, ou presque, pour la Foire de Battice. - J.V.

D’emblée, Mme Piron a pointé une difficulté que chaque ferme, ou presque, du pays souligne : un manque de vision à moyen et long termes de la part du monde politique. « Nous regrettons que certaines prises de décision se fassent encore sans réelle concertation. Trop souvent, elles interviennent dans les hautes sphères de l’Europe, bien loin des réalités du terrain. La stabilité de la réglementation doit être le maître mot afin de nous permettre d’avoir une vision claire de notre avenir », a-t-elle plaidé devant plusieurs ministres de l’Exécutif régional et fédéral.

… et d’équilibre entre économie et écologie

Dans un deuxième temps, elle a tenu à rappeler que les agriculteurs doivent répondre à des exigences environnementales dans un contexte de volatilité importante des marchés. Et ce, alors qu’un sentiment amer demeure, celui que le monde politique traite l’économie et l’écologie comme deux objectifs distincts. « Or, si nous voulons une agriculture durable, elle doit être viable », n’a pas manqué de marteler Paulette Piron. Avant d’ajouter : « L’économie et l’écologie sont les deux faces d’une même réalité et l’avenir de notre profession repose sur cet équilibre ».

Enfin, notre agriculture ne peut être rythmée par des dates, par des différences entre régions, par des échéances administratives… Tout un chacun en convient, mais l’agricultrice l’a rappelé. « Nous sommes demandeurs de règlements clairs, simples et justes, qu’il s’agisse du bilan carbone, de l’accès à la terre, du transport d’effluents entre la Flandre et la Wallonie ou encore de la gestion des plastiques agricoles. »

Et de conclure, à l’adresse de la ministre Dalcq : « Ferons-nous la route ensemble ? ».

Rassurer les agriculteurs…

Dans sa réponse, cette dernière s’est voulue rassurante : « J’entends le besoin de stabilité, de visibilité et de confiance dont ont besoin les agriculteurs, et je le partage ». Pour la ministre wallonne de l’Agriculture, la stabilité doit être au rendez-vous dans tout ce qui touche au métier d’agriculteur.

Au niveau de la politique agricole commune (Pac) notamment. La ministre souhaite que la prochaine mouture du texte s’inscrive dans la continuité de la version actuelle. « On commence à bien comprendre les mesures. Il faudra les rendre encore plus simples, tout en tenant compte de la question du vivant », a-t-elle insisté. À titre d’exemple, des discussions sont en cours, cette année, concernant les dates d’implantation des couverts, rendue plus compliquée par la sécheresse. Ce type de situation doit être pris en compte dans la future Pac, estime Mme Dalcq.

Elle désire encore que ce texte européen de premier plan bénéficie d’un budget à la hauteur de ses ambitions, tout en restant centré sur ses missions fondamentales « Soutenir le revenu des agriculteurs, garantir notre autonomie alimentaire, maintenir nos exploitations familiales à taille humaine, reconnaître le rôle essentiel de l’élevage et des prairies permanentes, permettre la transmission, permettre l’investissement quand il est nécessaire en vue de répondre à divers enjeux, comme l’écologie. »

Et de répondre à Paulette Piron : « Oui, nous ferons la route ensemble. Ensemble vers une agriculture qui rémunère mieux les producteurs et vers une agriculture qui s’adapte aux crises et aux dérèglements climatiques tout en restant économiquement rentable ».

Poules, cailles, lapins, pigeons... Le plateau de Herve se mue  en temple du petit élevage le temps d’un week-end !
Poules, cailles, lapins, pigeons... Le plateau de Herve se mue en temple du petit élevage le temps d’un week-end ! - J.V.

… et apporter des réformes utiles

Anne-Catherine Dalcq a ensuite annoncé diverses mesures qui verront le jour dans les semaines et mois à venir, après avoir pris le temps de la concertation avec les acteurs du terrain.

Premièrement, une solution sera apportée à la problématique de la lourdeur administrative. L’arrivée de la plateforme « MyAgri », sur ordinateurs et smartphones, a ainsi été annoncée. « Elle permettra aux agriculteurs de n’encoder qu’une seule fois une information quand elle est demandée, d’opérer toutes les démarches administratives utiles au même endroit et de centraliser toutes les informations sur le même portail. » La plateforme sera testée cet hiver par un petit groupe d’agriculteurs, avant un déploiement prévu début 2027.

Second dossier abordé, celui de l’accès à la terre et de la transmission des exploitations. « La réforme du bail à ferme, ainsi que celle du statut d’agriculteur actif, sera présentée dès cet automne et effective l’an prochain également. »

Troisièmement, l’évolution du climat, et ses lourdes conséquences sur l’agriculture et l’élevage. « Nous réfléchissons à la mise en place d’un dispositif qui doit permettre aux hommes et femmes de terrain de faire face au changement climatique », a confirmé la ministre. Avec la mise en place d’une assurance multirisque ? « Nous examinons les dispositifs existants dans d’autres régions et États membres, en tenant compte de leurs limites pour que le dispositif wallon fonctionne », a répondu la ministre, qui indique vouloir mettre sur pied un modèle que toutes et tous pourront utiliser. En parallèle, une réforme du Fonds des calamités agricoles est en cours. Avec un objectif : simplifier les procédures et les adapter aux réalités d’aujourd’hui.

Un nouveau record de fréquentation !

Au-delà des grandes annonces, ce cru 2026 de la Foire de Battice s’est clôturé sur un nouveau record de fréquentation, avec 33.924 visiteurs. Des chiffres plus que satisfaisants, mais qui ne doivent pas occulter les difficultés rencontrées.

L’événement prend, en effet, place sur un site industriel qui s’articule autour du Hall des criées, un des piliers de la foire. « Installer les stands les uns par rapport aux autres s’apparente de plus en plus à un casse-tête chinois. Nous devons faire rentrer un nombre croissant d’exposants sur un site dont la surface se réduit… Je crains que le défi soit de plus en plus complexe », a alerté Didier Gustin.

Quoi qu’il en soit, les dates de la prochaine édition sont d’ores et déjà connues. La Foire de Battice investira une nouvelle fois le plateau de Herve les 4 et 5 septembre 2027, pour un véritable moment de fête, mais aussi de rencontre autour de l’agriculture.

Jérémy Vandegoor

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