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Wolf fencing team : une protection adaptée, la clé pour parvenir à une cohabitation entre le bétail… et le loup!

Le loup : son retour sur notre territoire fait couler beaucoup d’encre et est source d’inquiétude chez les éleveurs. À raison, certains ont vu leur troupeau décimé à la suite d’une ou plusieurs attaques. C’est le cas de l’élevage du Bony, situé à Bande (Nassogne). Confronté à ce prédateur, Damien Coeurderoi a décidé de faire appel à la Wolf fencing team. Cette initiative a pour mission de protéger le bétail contre le loup en Wallonie. Comment ? En prodiguant des conseils techniques, mais aussi en intervenant directement sur le terrain avec la pose de clôtures adéquates. Nous les avons suivis lors de leur chantier.

Temps de lecture : 7 min

La pluie s’est arrêtée sur le village Bande. Il est 9h30. Tour à tour, les bénévoles arrivent à l’élevage du Bony. Première étape ? Le chargement du matériel. Puis, direction la prairie à quelques mètres de là. Sur place, chacun sait ce qu’il doit faire et s’attelle à la tâche sous le regard des deux patous de l’exploitation. En chef d’orchestre, Rémi Somers, coordinateur de la Wolf Fencing Team, les guide dans leurs travaux. L’opportunité d’en apprendre plus sur leur mission. Active en Flandre d’abord, avant d’arriver en Wallonie, cette initiative conjointe du WWF, de Natagora et de Natuurpunt, soutenue par la Région wallonne dans le cadre du Plan Loup, est née d’un besoin d’accompagnement technique des éleveurs. Ce réseau de bénévoles, encadré par Rémi au sud du pays, propose des conseils techniques (matériel à acheter, moyens de protection, devis…) et une aide directe à l’installation de clôtures mobiles ou fixes. Le tout, gratuitement.

Actif depuis maintenant trois ans sur notre territoire, ce réseau ne manque évidemment pas de travail… À la suite de l’augmentation du nombre de loups, les demandes, elles aussi, sont en hausse. Par ailleurs, deux nouvelles zones de présence permanente du loup ont été établies dans les forêts de Saint-Hubert et d’Anlier. « Néanmoins, cela ne rime pas avec une expansion exponentielle du nombre de loups : le territoire propice commence à être occupé ». En effet, une fois la meute installée, elle protège son terrain. Un autre canidé ne pourra pas s’y établir. « La plupart du temps, c’est une bonne chose. Une meute se met dans des endroits où il y a assez de gibier, où la faune sauvage est présente. Il y aura, par conséquent et généralement moins d’attaques sur le bétail », poursuit Rémi Somers.

Cependant, après un à deux ans, les animaux quittent la meute. On les appelle alors les « loups dispersants ». Ces derniers cherchent des opportunités pour se nourrir, peuvent parcourir des centaines de kilomètres et, malheureusement, engendrer des dégâts sur leur passage.

De plus, les attaques sont plus nombreuses en été jusqu’au début de l’automne dans les zones de présence permante. « Les jeunes naissent au printemps, et commencent à manger de la viande après, sans être capables de chasser. Les parents sont alors davantage sous pression pour trouver de la nourriture. C’est surtout le cas durant leur première année d’installation. Ensuite, les loups nés l’année précédente peuvent les aider dans cette tâche ».

Ici, l’objectif est de sécuriser la prairie des moutons, mais le réseau a déjà travaillé  avec des éleveurs de bovins, chevaux ou encore alpagas.
Ici, l’objectif est de sécuriser la prairie des moutons, mais le réseau a déjà travaillé avec des éleveurs de bovins, chevaux ou encore alpagas. - D.T.

Comment poser sa clôture ?

Le loup fascine et intrigue depuis de nombreuses années. Cet animal, dont on parle si souvent, est pourtant très rarement visible. Peu de personnes ont déjà croisé sa route. Et pour cause, il a peur de l’homme. Cependant, les infrastructures humaines ne l’effraient pas. C’est le cas ici, à Bande. Les prairies sont à proximité des habitations, nous ne sommes pas au cœur d’une forêt. Pourtant, cela ne l’a pas empêché, la nuit tombée, d’y trouver son repas…

Une autre croyance sur ce canidé concerne ses capacités physiques. Selon certains, il serait capable de sauter très haut. « C’est différent des chiens, auxquels on apprend à sauter. Les loups n’ont pas cet apprentissage », souligne le spécialiste. Si tel est le cas, son comportement sera jugé comme déviant et un abattage pourrait être à l’ordre du jour.

La plupart du temps, ces animaux ne passent pas au-dessus de la clôture, mais plutôt en dessous. Dans cette optique, un fil électrifié à 20 cm du sol, orienté vers l’extérieur du treillis éventuel, est recommandé, ce qui implique un débroussaillage régulier du propriétaire… Puis, il y a les autres fils, placés à 20, 40, 60, 90 et 120 cm du sol, une hauteur nécessaire au cas où le loup parviendrait à grimper sur le grillage.

Ensuite, un fil électrifié est davantage recommandé que du barbelé. Ce dernier pourrait, en effet, gêner le prédateur, mais pas l’empêcher de passer.

Pour le courant, il est nécessaire d’avoir un minimum de 5.000 à 6.000 volts, jusqu’à 8.000 à 10.000 volts. En dessous, le choc ne sera pas assez important. Un appareil d’au minimum 3 joules, voire plus puissant, est donc indispensable.

Enfin, la protection doit être réfléchie en fonction de l’infrastructure. « Nous travaillons davantage sur les clôtures électriques. C’est un moyen reconnu et efficace, notamment en Italie ou en Allemagne. Elles ne sont toutefois pas adaptées à tous les contextes. Parfois, pour des chantiers, on opte pour une vision à plus long terme avec, par exemple, des haies défensives, pourvues d’épines. Il y a la possibilité d’ancrer du treillis dans le sol, par exemple avec des fers à béton, pour se passer de l’électrification en bas ».

Notons que la Wolf fencing team travaille avec des propriétaires de moutons, comme pour l’élevage du Bony, mais ce ne sont pas les seuls à faire appel à elle. « Nous avons déjà réalisé des chantiers pour des bovins, bien que les attaques soient plus rares. Dans ce cas, on se concentre sur une parcelle où les très jeunes veaux seront rassemblés. Pour les chevaux, nous avons également eu un chantier pour protéger les poulains. Il peut aussi s’agir d’alpagas. Même si le loup s’en prend principalement aux ovins, rien n’est sûr à 100 % : il peut y avoir des exceptions ».

L’équipe s’attelle à placer des clôtures efficaces et adaptées au canidé.
L’équipe s’attelle à placer des clôtures efficaces et adaptées au canidé. - D.T.

Agir avant les dégâts

Comme le dit l’adage : « Mieux vaut prévenir que guérir ». La Wolf fencing team le rappelle : la prévention est la clé. Placer ces équipements avant que le loup n’attaque évitera les mauvaises surprises… Cependant, si c’est trop tard et que les dégâts sont déjà là, le Réseau Loup doit être contacté le plus rapidement possible, via son numéro de permanence et son formulaire en ligne.

L’animal mort doit être couvert, le temps que l’expert arrive sur le terrain, afin d’empêcher le charognage, par exemple, et de conserver un maximum d’indices. Toujours dans ce cadre, la zone ne doit pas être piétinée et doit être isolée du reste du troupeau. Quant au corps, il ne doit pas être déplacé. Afin de déterminer si le loup est à l’origine de la mort, une expertise sera réalisée. « En fonction de la génétique et des caractéristiques de l’attaque, un réseau d’experts indépendants donne un avis pour déterminer s’il s’agit d’une attaque de loup ou non. Un indice que l’on retrouve souvent est une morsure au cou. C’est pourquoi l’expert réalise ce qu’on appelle une levée de peau pour identifier les lésions ». Actuellement, lorsque la responsabilité de ce canidé est certifiée ou ne peut être exclue au terme de ces différentes analyses, l’éleveur peut bénéficier d’une indemnisation.

Afin d’éviter d’arriver à de pareils dégâts et de se prémunir contre le danger, le premier point de contact est Natagriwal (prevention.loup@natagriwal.be). L’association prend en charge l’analyse de risque, l’assistance administrative pour les demandes de subvention et le prêt de matériel de protection temporaire (comme les clôtures). L’éleveur, professionnel ou hobbyiste, peut bénéficier de ce dispositif pour une durée d’un an, éventuellement renouvelable, et récupérer le matériel dans les différents lieux de stockage prévus à cet effet.

La Wolf fencing team peut, elle, entrer en action en installant les protections nécessaires ou en apportant des conseils pratiques aux propriétaires, afin de faciliter la cohabitation avec le loup. Une cohabitation réellement possible ? Rémi Somers veut y croire : « Nous faisons de notre mieux pour que ça le devienne. En Allemagne, par exemple, où vivent de très nombreuses meutes, ils travaillent avec ces moyens de protection et ça fonctionne. En Flandre, dans le Limbourg notamment, une province très densément peuplée, ils ont déjà placé de nombreuses clôtures et il n’y a eu aucune attaque sur les parcelles qui étaient correctement protégées ». Reste dès lors à trouver l’harmonie nécessaire pour permettre au loup et aux élevages de partager durablement un même territoire.

Plus d’infos : www.wolffencing.be et www.natagriwal.be

Retrouvez notre dossier complet dans Le Sillon Belge de cette semaine !

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