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La technicité: premier levier de revenu en élevage ovin

En Wallonie, la filière ovine poursuit sa professionnalisation mais continue de manquer de références technico-économiques solides. Dans ce contexte, un travail réalisé au sein du Collège des producteurs vient apporter des premiers repères sur les coûts de production et la rentabilité des ateliers ovins viande wallons. Les résultats confirment une chose essentielle : sans maîtrise technique, sans organisation du travail et sans autonomie fourragère, la rentabilité reste très difficile à atteindre.

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La filière ovine wallonne attire, progresse et se professionnalise. Le nombre de brebis reproductrices a augmenté ces dernières années et les troupeaux professionnels prennent une place de plus en plus importante dans le paysage agricole régional. Malgré cette dynamique, une difficulté majeure reste bien présente : il existe encore trop peu de références économiques précises pour piloter les élevages et objectiver leur rentabilité.

C’est précisément à cette question qu’a voulu répondre un travail de fin d’études réalisé au sein du Collège des producteurs. Les objectifs ? Tester la mise en place d’un outil de calcul de coût de production, constituer une première base de données économique et enfin mieux comprendre les principaux leviers de rentabilité dans les élevages ovins viande wallons.

Une première base de travail sur 26 élevages wallons

L’étude s’est appuyée sur une collecte rigoureuse de données technico-économiques auprès de 26 élevages ovins viande professionnels wallons, pour les campagnes 2023 et 2024. Au total, plus de 35 calculs de coûts de production ont été réalisés à l’aide du logiciel Couprod, développé par l’Institut de l’élevage français.

Un point important… En effet, dans la filière ovine, beaucoup de discussions portent sur les prix de vente, les charges alimentaires ou les primes. Mais sans outil harmonisé de calcul, il est difficile de comparer les exploitations, d’identifier les postes qui dérapent et de voir où se situent réellement les marges de progrès.

Le premier intérêt de ce travail était dès lors méthodologique. Il montre qu’il est possible de structurer une approche économique commune et de produire des références utilisables à l’échelle wallonne.

Le revenu de l’éleveur ne dépend pas du seul prix de l’agneau…

Les premiers résultats mettent en avant une forte variabilité entre les élevages. C’est d’ailleurs un enseignement central : il n’y a pas un modèle unique de rentabilité, mais bien des équilibres très différents selon les systèmes, la conduite du troupeau, l’autonomie alimentaire, les débouchés et l’organisation du travail.

Dans les moyennes de groupe 2023-2024, le coût moyen de l’alimentation se situe entre 6,7 et 6,8 €/ kg de carcasse. La productivité de la main-d’œuvre varie entre 7.725 et 10.581 kg de carcasse par unité de main-d’œuvre. Le prix de vente moyen annuel des agneaux est compris entre 8,97 et 9,01 €/kg de carcasse.

À première vue, certains pourraient penser que ces niveaux de prix permettent de dégager une marge correcte. Cependant, la productivité numérique n’est que de 0,65 agneau commercialisé par brebis pour une moyenne de 15,6 kg de carcasse commercialisé par brebis.

Pourtant, lorsque l’on intègre l’ensemble des charges réelles, y compris les amortissements, le travail (payé au niveau de 2 smic français) et le capital, le coût total de production s’établit entre 19,12 et 20,51 €/kg de carcasse. Ce prix de revient inclut les aides de la Pac et les coproduits (réformes et laine) ramené au poids des carcasses d’agneaux vendues.

Autrement dit, le simple prix de vente ne suffit pas à expliquer, ni à garantir, la rentabilité de l’atelier. Ce constat rejoint ce que l’on observe déjà sur le terrain : un prix élevé peut compenser temporairement certaines faiblesses, mais il ne remplace jamais une conduite technico-économique solide.

Maîtriser son système tout au long de l’année

Comme dans beaucoup d’ateliers d’élevage, la rentabilité ovine repose sur quelques grands piliers. Ce travail rappelle d’ailleurs une image intéressante : celle du trépied de la rentabilité, fondé sur le prix à la production, les soutiens publics et la technicité de l’éleveur.

Néanmoins, dans les faits, c’est bien la technicité qui permet le mieux d’agir au quotidien. Car le prix de vente dépend largement du marché, et les aides relèvent des politiques publiques. En revanche, la gestion de la reproduction, de l’alimentation, de la mortalité, du calendrier de production ou encore de l’organisation du travail relèvent directement des choix de l’éleveur.

L’étude montre ainsi qu’une rentabilité acceptable peut être atteinte, mais à condition de viser une forme d’excellence technico-économique. Cela signifie produire des agneaux en nombre suffisant, bien valoriser les fourrages, maîtriser les charges, limiter les pertes et optimiser les heures de travail.

Ce constat recoupe très fortement les messages déjà portés dans la filière : le revenu d’un berger ne se joue pas uniquement au moment de la vente, il se construit tout au long de l’année par la maîtrise du système.

L’autonomie fourragère et l’organisation du travail font la différence

De plus, parmi les enseignements marquants de cette étude, deux éléments ressortent particulièrement : l’autonomie fourragère et l’organisation du travail.

Les systèmes biologiques apparaissent comme plus efficients économiquement dans plusieurs cas, notamment grâce à une meilleure autonomie alimentaire et à une valorisation commerciale plus favorable. Cela ne veut pas dire que le biologique est automatiquement plus rentable dans toutes les situations, mais bien qu’un système dépendant de peu d’intrants extérieurs résiste souvent mieux aux hausses de charges.

Et la charge de travail reste un facteur déterminant. En ovin, le temps d’astreinte par brebis pèse lourd sur l’équilibre économique global. Plus le système est simplifié, organisé et cohérent avec les moyens humains disponibles, plus il devient robuste. À l’inverse, un atelier mal dimensionné ou trop dispersé dans ses pratiques peut rapidement perdre en efficacité.

Il faut donc raisonner l’atelier ovin comme un tout : production, fourrages, bâtiments, débouchés, périodes d’agnelage, temps de travail et commercialisation.

La structuration de la filière reste un enjeu majeur

Ce travail ne s’arrête pas aux seuls résultats d’exploitation. Il replace aussi la question économique dans le contexte plus large de la filière ovine wallonne, un point essentiel.

Même avec de bonnes performances techniques, les éleveurs restent confrontés à plusieurs freins structurels : sous-production chronique, offre saisonnière mal synchronisée avec la demande, manque d’organisation collective, concurrence des importations, manque crucial d’outils de transformation (abattoirs) et faiblesse de certaines références de marché.

La vente directe ou les circuits courts ne sont pas, à eux seuls, une garantie de meilleure rémunération. Ils peuvent offrir une meilleure valorisation, mais ils génèrent aussi des coûts supplémentaires, du temps de travail, de la logistique et parfois une forte complexité commerciale. Là encore, tout dépend du système et de la capacité de l’éleveur à maîtriser son organisation.

En ce sens, la structuration de la filière, l’encadrement technico-économique, le développement d’outils communs et la consolidation de débouchés stables restent des axes prioritaires pour les années à venir.

Des résultats à prolonger dans le temps

Il faut également souligner que ce travail constitue une première base, pas une finalité. Vingt-six élevages, c’est déjà précieux pour lancer une dynamique, mais cela ne suffit pas encore à couvrir toute la diversité des systèmes ovins wallons. L’intérêt principal est donc double : disposer de premiers repères régionaux et démontrer qu’un suivi économique structuré est possible.

L’ambition, à terme, serait de poursuivre ce type de calculs dans le temps, d’élargir la base de données et de permettre à davantage d’éleveurs de se situer. Car sans indicateurs fiables, il est très difficile de piloter une exploitation, d’orienter les choix techniques ou d’appuyer des demandes collectives pour la filière.

À travers cette première étape, les calculs réalisés montrent des coûts de production élevés, une grande variabilité entre élevages et une rentabilité souvent fragile.

Toutefois, ils prouvent aussi que des leviers existent. L’amélioration de la productivité, la maîtrise des charges, l’organisation du travail, l’autonomie fourragère et la structuration des débouchés sont autant de pistes concrètes pour renforcer la viabilité des ateliers.

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