L’agriculture française menacée elle aussi par les départs à la retraite
Le nombre d’agriculteurs dans la première puissance agricole européenne, la France, risque de diminuer encore, faute de mesures suffisantes pour accompagner des reprises d’exploitations lors des nombreux départs en retraite à venir, avertissent des ONG.

La moitié des quelque 400.000 agriculteurs de l’Hexagone atteindront l’âge de la retraite d’ici 2030, selon un recensement de 2020, et deux tiers des plus de 60 ans étaient sans repreneur.
Or « malgré de nouveaux dispositifs », les politiques pour accompagner la reprise d’exploitations en France « sont trop peu ambitieuses », jugent l’association Sol et le Réseau Action Climat (RAC) dans un rapport publié mardi baptisé « Qui nous nourrira en 2035 ? » et destiné à alimenter le débat avant l’élection présidentielle de 2027.
La loi a pourtant fixé en 2025 un objectif de 500.000 agriculteurs en 2035. Et un nouveau guichet d’accompagnement unique doit être déployé en 2027 pour faciliter installation et transmission.
Aujourd’hui le programme d’accompagnement ne consacre en moyenne que 1.720 euros par installation agricole, contre 7.500 euros pour une réorientation professionnelle tous secteurs confondus, alors qu’une personne sur cinq finit par abandonner son projet d’installation agricole, soulignent les auteurs.
Le rapport appelle à élargir l’accès aux aides (au-delà de 40 ans, hors cadre familial, en collectif) et à reconnaître certains dispositifs (stages, tutorat) dans le parcours des candidats à la reprise.
La qualité de l’emploi agricole est par ailleurs plus dégradée que pour la moyenne des métiers, avec plus de contraintes physiques, près de 60 % de CDD, un taux horaire moyen à 14 euros contre 20 dans l’industrie.
Et avec des canicules récurrentes, « il est urgent d’améliorer les conditions de travail, de faciliter l’accès à ces métiers et d’en faire des leviers de la transition écologique », plaide le rapport, le passage d’une ferme dans de nouvelles mains étant le meilleur moment pour changer les pratiques.
La France a déjà perdu 100.000 exploitations en 10 ans (2010-2020).
Le pays reste la première puissance agricole européenne mais a vu ses marges s’effondrer en 2025, année difficile dans tous les secteurs avec des vins moins consommés, un cheptel en déclin et un blé plus difficile à exporter.
L’enjeu du renouvellement des générations dans le secteur agricole ne touche pas que la France. En Wallonie, près d’une exploitation agricole sur deux est dirigée par un agriculteur qui a l’âge d’être pensionné ou en est proche, soit plus de 5.500 fermes pour lesquelles il va falloir trouver un repreneur dans les 10 prochaines années.








