Benoît Cassart plaide pour une approche globale de l’élevage
Réagir au changement climatique, oui, mais sans réduire l’élevage à ses seules émissions de gaz à effet de serre. À la suite de la publication d’une étude consacrée aux trajectoires permettant à la Belgique d’atteindre la neutralité carbone en 2050, l’eurodéputé Benoît Cassart appelle à considérer l’ensemble des services rendus par l’élevage et les prairies. Il met également en garde contre une diminution de la production européenne qui conduirait à importer davantage de denrées et, selon lui, à déplacer une partie des émissions plutôt qu’à les réduire.

La forte diminution des cheptels envisagée dans le scénario climatique le plus ambitieux étudié par le Vito, Sytra (UCLouvain) et Gembloux Agro-Bio Tech (ULiège) fait réagir Benoît Cassart. L’eurodéputé wallon ne remet pas en cause l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050, mais conteste une analyse de l’élevage qui serait principalement centrée sur ses émissions directes. Son argument : pour apprécier l’empreinte réelle de l’élevage, il faudrait élargir le bilan aux interactions entre l’animal, la prairie et son environnement.
« Si vous comparez une parcelle de terre sans vaches et une parcelle de terre avec des vaches, il est évident que la deuxième émet davantage d’émissions », reconnaît-il. Mais cette comparaison est, à ses yeux, insuffisante si elle ne tient pas également compte de la qualité des sols, de la biodiversité, de la production de protéines ou encore du rôle joué par les prairies dans le cycle de l’eau. « Nous devons sortir des approches en silo », plaide-t-il.
Les prairies au cœur du raisonnement
Benoît Cassart met particulièrement en avant les prairies permanentes. Il s’appuie notamment sur des données présentées par le professeur Frédéric Rollin, de l’ULiège, lors d’un exposé organisé à l’invitation de l’Intergroupe élevage durable du parlement européen. Selon les chiffres cités dans son communiqué, une prairie permanente pourrait absorber jusqu’à 50 l d’eau par mètre carré avant écoulement, contre 4 l par mètre carré pour une terre cultivée sous labour. Pour l’eurodéputé, cette capacité mérite d’être intégrée à la réflexion au moment où la Wallonie doit composer à la fois avec des périodes de sécheresse et des épisodes de fortes précipitations.
Il pose dès lors la question du devenir de ces surfaces dans l’hypothèse d’une forte contraction de l’élevage bovin. Le maintien des prairies et celui des animaux qui les pâturent sont, selon lui, étroitement liés, et leur contribution au fonctionnement des écosystèmes doit être mise dans la balance lorsqu’est évalué l’impact environnemental de l’élevage.
Pour étayer son raisonnement, M. Cassart cite également les travaux menés depuis 2010 dans une prairie permanente de l’exploitation d’Adrien Paquet, à Dorinne. Une station de recherche y mesure en continu les échanges de CO₂ et de méthane ainsi qu’une série de paramètres concernant le sol, la végétation et les conditions météorologiques. La station est intégrée au réseau scientifique européen Icos, consacré à l’observation des gaz à effet de serre. Gembloux Agro-Bio Tech confirme que cette station est implantée sur une prairie pâturée par des bovins Blanc-Bleu-Belge et que la mesure des flux de CO₂ constitue le cœur du dispositif, complété par une cinquantaine de capteurs et des mesures portant notamment sur la végétation et le carbone du sol.
Le risque de déplacer la production
Son deuxième argument dépasse les frontières belges. Une forte réduction de la production animale européenne pourrait en effet avoir des répercussions sur les échanges commerciaux et sur l’origine des aliments consommés en Europe. Benoît Cassart prend pour exemple le Danemark, où l’accord « Green Tripartite » prévoit une profonde transformation de l’utilisation des terres agricoles, avec notamment la réhumidification de terres riches en carbone, la création de nouvelles forêts et l’instauration, à partir de 2030, d’une taxe sur les émissions de gaz à effet de serre liées à l’élevage. Le communiqué évoque une diminution de la production agricole danoise d’au moins 10 %, pouvant atteindre 15 % selon les scénarios considérés.
Pour l’eurodéputé, cette question ne peut être dissociée de celle de la sécurité alimentaire. Une baisse de la production européenne pourrait se traduire par une augmentation des importations pour répondre à la demande des consommateurs et, parallèlement, par un recul des exportations européennes.
Il redoute dès lors un déplacement de l’empreinte environnementale vers d’autres régions du monde plutôt qu’une réduction effective à l’échelle globale. Son communiqué avance notamment, en l’attribuant à des données de la FAO, qu’un kilo de viande bovine produit en Wallonie générerait quatre fois moins d’émissions qu’un kilo produit au Brésil. Cette comparaison conduit Benoît Cassart à défendre le maintien d’une capacité productive européenne, accompagnée d’investissements dans la recherche, les technologies et l’innovation destinés à réduire son empreinte.
Réduire les émissions sans exporter leur empreinte
Derrière sa réaction à l’étude belge se dessine ainsi une question plus large : celle du périmètre utilisé pour mesurer l’impact climatique de l’agriculture. Faut-il privilégier les émissions produites sur le territoire ou intégrer davantage les effets indirects d’une transformation du modèle agricole, depuis le stockage du carbone dans les sols jusqu’aux conséquences sur les importations alimentaires ? Benoît Cassart défend clairement la seconde approche. « Déplacer nos émissions de CO₂ en important davantage notre alimentation n’est pas une solution efficace : la planète est une seule », conclut-il, plaidant pour que l’empreinte environnementale de l’alimentation soit considérée dans sa globalité.





