Eau, énergie… les transformateurs laitiers en route vers plus de durabilité
La durabilité est bien plus qu’un simple concept dans l’industrie laitière… Elle se traduit par des actions concrètes à chaque maillon de la chaîne : de l’éleveur aux entreprises de transformation. C’est le cas de Solarec, filiale de la Laiterie des Ardennes. Grâce aux initiatives déployées sur ses sites de Baudour et de Recogne, l’entreprise a réussi à réduire ses émissions de 7.631 t de CO2 par an.

Si le mot « durabilité » est de plus en plus employé dans les discours, ses applications se retrouvent aussi directement sur le terrain. Du côté des éleveurs, d’abord, de nombreuses actions permettent de tendre vers une production plus durable : traitement local du lisier, installation de panneaux photovoltaïques, brosses rotatives dans les étables, travail sur la longévité des vaches… Autant de pratiques dont les effets peuvent aujourd’hui être objectivés.
En effet, en 2025, 1.839 scans climatiques ont été réalisés, selon les chiffres de la Confédération belge de l’industrie laitière. Et selon elle, 77 % des producteurs laitiers belges ont désormais accès à des primes de durabilité. C’est notamment le cas des coopérateurs de la Laiterie des Ardennes, comme l’a rappelé Benoît Hoscheit, le directeur. « Nous avons mis en place une charte de durabilité pour récompenser les efforts des éleveurs, notamment sur les plans environnemental et social, mais aussi en matière de santé et de bien-être animal. Les exploitations qui obtiennent les meilleurs résultats bénéficient d’une rémunération supplémentaire pouvant atteindre 80 cents par 100 l de lait ». Un montant qui pourrait être prochainement revu à la hausse puisqu’une réflexion est menée pour faire évoluer cette prime. « Nous devons accompagner nos producteurs dans la durabilité. Cela ne doit pas leur coûter de l’argent. Au contraire, ceux qui font des efforts doivent pouvoir être mieux rémunérés ».
Pour déterminer ce montant, la laiterie s’appuie sur quatre critères distincts. Le premier concerne la santé et le bien-être animal. Il prend, par exemple, en compte le confort des bêtes dans l’étable, la gestion des antibiotiques ou encore l’accès des animaux à l’eau et à l’ombre. Viennent ensuite le climat et l’environnement, avec la valorisation de certaines eaux ou encore la gestion des effluents d’élevage. Enfin, la charte intègre également des critères liés à la coopérative et à l’économie, ainsi qu’au volet social.
Des coûts de transport optimisés
Si les éleveurs ont réussi à faire rimer durabilité et réalité, il en va de même du côté des transformateurs. Pour preuve, les chiffres de la CBL. Sur dix ans, de 2014 à 2024, et par litre de lait transformé, les émissions de CO2 ont diminué de 27 %, tout comme la consommation d’énergie et celle d’eau, tandis 35 % de l’eau utilisée provient désormais de sources alternatives. Emballages, transport… les choses bougent dans l’industrie laitière. « Leurs ambitions vont toujours plus loin », souligne Lien Callewaert, directrice de la CBL.
Après les chiffres, place au concret. Solarec, filiale de la Laiterie des Ardennes, incarne, elle aussi, ce changement, comme l’ont expliqué ses responsables lors d’une conférence organisée par l’Agence wallonne pour la promotion d’une agriculture de qualité (Apaq-W). La coopérative collecte 1.300 millions de litres de lait auprès de 1.900 éleveurs belges. Parmi ces volumes, 45 % proviennent de Flandre et 55 % de Wallonie. Une partie de cette collecte transite sur le site de Baudour. « Cela représente une diminution de 60 % des kilomètres. Sans Baudour, tout le lait devrait venir ici, à Libramont. Ce site était une nécessité pour nous afin de diminuer nos coûts de collecte », souligne Benoît Hoscheit.
Toujours au niveau du transport, les camions roulent depuis quatre ans au gaz naturel (LNG), avec la construction d’une station sur le site de Libramont. Un changement qui a permis des gains importants par rapport au diesel, de l’ordre de 30.000 € par véhicule et par an. La capacité de certains camions a également été augmentée. « Cela permet d’économiser 10 % des trajets ». Et pour optimiser encore les kilomètres parcourus, les chauffeurs possèdent des tablettes qui leur permettent de suivre leurs parcours.

Valoriser les déchets agricoles
L’autre grand chantier du groupe LDA concerne l’énergie. Pour réduire sa dépendance aux combustibles fossiles, Solarec mise sur plusieurs leviers complémentaires : la cogénération, les panneaux photovoltaïques, l’optimisation énergétique des installations et l’utilisation du biométhane qui a permis de réduire l’empreinte carbone de 3.900 t de CO₂ en 2025.
Ce biométhane est produit en Wallonie principalement à partir de déchets organiques tels que le lisier, le fumier, les boues d’épuration ou encore certains déchets agroalimentaires. Une approche qui présente un double avantage : réduire les émissions liées aux déchets organiques et produire localement une énergie renouvelable destinée aux activités industrielles.
Au fil des années, le site de Recogne a réduit ses émissions, notamment grâce à une seconde cogénération mise en service en 2023. À Baudour, plus de 1.400 panneaux photovoltaïques contribuent, en complément à une cogénération, à la production de 50 % de l’électricité utilisée sur le site.
Gagner en autonomie pour l’eau : un autre défi
« Un autre point sur lequel nous avons énormément travaillé concerne notre autonomie en eau », souligne Patrick Georges, directeur industriel. Il faut dire que Solarec en est un gros consommateur : ses deux sites utilisent quelque 4.000 m³ d’eau par jour, bref la consommation de 9.900 ménages. Un sacré volume ! L’eau est, rappelons-le, indispensable, notamment pour des questions d’hygiène et de nettoyage, mais aussi pour le refroidissement.
Dans ce contexte, l’entreprise a notamment misé sur la récupération et la potabilisation de l’eau. Une eau que l’on retrouve notamment naturellement dans le lait et pouvant être récupérée lors de la transformation. Avec la potablisation, celle-ci est filtrée dans des membranes pour ensuite en ressortir propre.
À Recogne, une première unité de potabilisation a été installée en 2016. Capable de traiter 40 m³ par heure, elle a rapidement permis de diminuer le recours à l’eau de distribution. « Cet investissement a permis de soulager le réseau publique, puisqu’avant, 81 % de l’eau utilisée sur le site de Libramont était de l’eau de ville. On est déjà descendu à 28 %, donc c’était déjà extrêmement significatif », explique Hugues Hanosset, ingénieur projet. Fort de ce premier résultat, Solarec a poursuivi ses investissements. Une deuxième unité a vu le jour, puis une troisième en 2024, également capable de traiter 40 m³ par heure.
Grâce à ces équipements, certaines eaux peuvent être filtrées avant d’être réutilisées, notamment pour le nettoyage fréquent des ateliers et des outils de production. Finalement, aujourd’hui, à Baudour, 79 % de l’eau récupérée sur le site provient de l’eau de pluie ou de l’eau extraite lors de la transformation du lait. Au total, Solarec couvre 94 % de sa consommation quotidienne, soit l’équivalent d’une piscine olympique.
Et les efforts ne s’arrêtent pas en si bon chemin puisqu’à l’horizon 2050, l’entreprise a d’autres projets en tête. Isolation, augmentation de la part de biométhane, récupération de chaleur, hausse du nombre de panneaux solaires… autant d’investissements déjà envisagés pour tendre vers toujours plus de durabilité.









