Une large soutien... teinté de paradoxes

Il y a des chiffres qui font plaisir… et d’autres qui étonnent. Intéressons-nous tout d’abord à la première catégorie. Selon le dernier sondage Eurobaromètre « Les Européens, l’agriculture et la politique agricole commune », publié le 22 septembre, 95 % des répondants belges considèrent l’agriculture et les zones rurales comme importantes pour l’avenir de l’Europe. À l’échelle européenne, ce chiffre est identique, signe d’un large plébiscite.
Ce score, qui frôle donc l’unanimité, témoigne du rôle crucial que jouent les agriculteurs et agricultrices dans la production d’une alimentation de qualité, dans l’autonomie alimentaire de l’Europe, dans l’entretien des paysages, dans la lutte contre le réchauffement climatique… Ce chiffre cache toutefois un paradoxe. Nos concitoyens n’ont pas toujours une connaissance fine de notre agriculture, s’étonnant parfois de certaines pratiques, découvrant certaines réalités, ignorant les contraintes économiques… qui régissent le quotidien des exploitations agricoles.
Cette méconnaissance n’est pas sans conséquence. Elle contribue à forger des attentes parfois contradictoires dans le chef des consommateurs. Citons-en une, à titre d’exemple : vouloir privilégier le local, mais porter un regard favorable sur les accords de libre-échange.
Les chiffres qui étonnent font directement écho à ce paradoxe. Ainsi, selon le même Eurobaromètre, les Belges sont assez alignés sur les Européens, avec une vision positive des accords commerciaux entre l’Union européenne et d’autres pays. Pas moins de 70 % des Belges (et autant d’Européens) pensent que les accords commerciaux sont positifs pour eux en tant que consommateurs de produits alimentaires. Ils sont également 61 % (64 % à l’échelle européenne) à estimer que ces mêmes accords sont positifs pour l’agriculture européenne.
Ces résultats ne sont pas le reflet d’une contradiction volontaire. Le consommateur ne doit d’ailleurs pas être pointé du doigt. Pour lui, un accord commercial peut signifier davantage de choix, des prix plus attractifs ou encore une disponibilité accrue de certains produits. En outre, notre monde avance à un rythme effréné, dans lequel une information en remplace une autre en quelques secondes seulement. Dans ce contexte, comment identifier tous les tenants et aboutissants pour les agriculteurs d’un accord conclu entre les hautes sphères d’ici et d’ailleurs ?
Ces chiffres confirment toutefois que les consommateurs ne se désintéressent pas de leurs agriculteurs et éleveurs. D’autant que dans une société de plus en plus éloignée du monde agricole, voir l’agriculture être encore perçue comme essentielle n’a rien d’anodin. Cet attachement doit désormais s’accompagner d’un effort d’explication, de pédagogie et, surtout, de dialogue. Il ne peut en être autrement si l’on souhaite que le soutien apporté par les consommateurs corresponde aux besoins réels du terrain et ne reste pas cantonné à une sympathie de principe.





