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Commerce équitable... ici aussi !

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Dans l’imaginaire collectif, le commerce équitable reste volontiers associé au café, au cacao ou à la banane, à ces productions venues du Sud pour lesquelles le consommateur européen accepte de payer un peu plus afin de garantir un revenu décent à ceux qui les cultivent. Le principe en est simple : derrière chaque produit, il y a un homme ou une femme dont le travail mérite une juste rémunération. Mais cette exigence d’équité ne s’arrête plus aux frontières des pays lointains. Elle gagne désormais nos latitudes.

Le dernier baromètre du commerce équitable d’Enabel livre en effet un chiffre qui mérite l’attention : 75 % des Belges estiment désormais que le commerce équitable doit aussi concerner les agriculteurs et producteurs belges et européens. Trois consommateurs sur quatre : le signal est assez fort. C’est un peu comme si, peu à peu, la notion de prix juste cessait d’être une solidarité lointaine pour devenir aussi une exigence de proximité. Car derrière le mot « équitable » se trouve précisément ce que le monde agricole réclame depuis des années : un prix qui couvre les coûts de production, rémunère le travail, permette d’investir et offre une perspective à ceux qui reprendront demain les exploitations. Ce que nous trouvons légitime pour le cultivateur de café colombien ou le producteur de cacao ivoirien ne devrait pas cesser de l’être lorsqu’il s’agit d’un éleveur wallon. Les manifestations agricoles de ces dernières années auront donc peut-être fait davantage que traduire une colère. Elles auront permis à une réalité de cheminer dans l’opinion : l’abondance des rayons ne doit pas faire oublier qu’avant d’être une marchandise, l’alimentation est le fruit d’un travail.

Certes, le portefeuille continue de dicter bien des choix. Le pouvoir d’achat reste, avec la santé, la première préoccupation des Belges et 37 % se disent prêts à acheter davantage équitable si les prix baissaient. Le consommateur n’est donc pas devenu soudainement indifférent au ticket de caisse. Mais malgré cette contrainte, une large majorité reconnaît désormais la nécessité d’une rémunération plus juste des producteurs d’ici. Reste à transformer cette sympathie en réalité économique. Car payer davantage un produit ne garantit pas que ce supplément parvienne à l’agriculteur. Toute la question est là : quelle part du prix revient réellement à celui qui produit ? À l’heure où l’Europe parle de souveraineté alimentaire et où tant d’exploitations s’interrogent sur leur avenir, le mot « équitable » pourrait ainsi retrouver son sens le plus simple, celui de permettre à ceux qui nous nourrissent de vivre de leur métier. L’équitable ne pourrait-il donc pas aussi commencer au bout de nos champs ?

Marie-France Vienne

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