La Bazadaise, cette race rustique et tardive, reprend du galon dans les élevages français!
Reconnue comme une race menacée, la Bazadaise possède pourtant plus d’un atout en poche. Maternelle et rustique, elle est aussi appréciée pour sa capacité à valoriser les fourrages, même les plus grossiers. Et ces vaches qui « prennent leur temps », en développant l’étendue de leurs qualités au fil des années, font aujourd’hui la fierté de certaines exploitations. Parmi elles, celle de Fontrubleau, avec à sa tête Thierry Gardon, que nous avons visitée à l’occasion du Sommet de l’élevage.

Le soleil tape dans cette ferme du cœur de la Loire, à Crémeaux plus précisément. Même si l’été est désormais terminé, la météo a été rude ici. Raison pour laquelle c’est en bâtiment que nous rencontrons les vaches récemment vêlées. « Avec la sécheresse, je les ai déjà rentrées afin de les soigner au mieux. Sinon, elles ne sont pas en étable avant début novembre », confie Thierry Gardon. Mais heureusement, ses bovins s’adaptent au climat difficile et peuvent même convenir aux terres les plus hostiles.
Pour retracer son histoire, direction Bazas, en Gironde, d’où la Bazadaise tire son nom. Avec le temps, la race s’est étendue. Aujourd’hui, dans l’Hexagone, on en retrouve environ 13.000, avec 4.500 vaches inscrites au herd-book. Des chiffres qui en font la plus petite des races allaitantes françaises en termes d’effectifs. « Il s’agit d’une ancienne race de trait. Avec l’arrivée de la mécanisation, elle a failli disparaître. À présent, elle est considérée comme menacée par le ministère de l’Agriculture », explique Manon Grijolot, technicienne au herd-book bazadais. C’est pourquoi, dans certaines régions, comme en Bretagne et en Nouvelle-Aquitaine, les éleveurs perçoivent une aide financière, à hauteur de 200 € par animal.
Avec un rendement carcasse compris entre 55 à 60 %, les mâles pouvant atteindre des carcasses de 380 à 420 kg, ses éleveurs la trouvent assez tardive. Pour les réformer, ils attendent souvent entre leur huitième et leur dixième année. À la ferme de Fontrubleau, notamment, la plus vieille vache est âgée de 14 ans et comptabilise 11 vêlages. « La production coûte assez cher. Cependant, plus on prend son temps, plus l’on gagnera de kilos. Et bien qu’elles soient petites, elles sont profondes, ce qui permet un bon rendement. C’est assez surprenant ». Notons que par sa finesse de cuir, elle est souvent comparée à la Blonde d’Aquitaine.

De l’élevage laitier à l’élevage allaitant
Actuellement, l’on peut croiser la route de la Bazadaise dans différents pays. Citons le Royaume-Uni, le Chili, sans oublier l’Australie, où les effectifs sont similaires à ceux de la France ! Plus proche de chez nous, son passé n’est jamais loin puisqu’on la célèbre chaque année lors du festival de Bazas. Une fête lors de laquelle l’on déguste du bœuf bazadais, abattu à minimum 3 ans et demi. « Il existe également un lycée agricole dans cette région. C’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles la Bazadaise attire beaucoup la jeune génération. La moyenne d’âge de nos éleveurs est de 40 ans. De plus, trois quarts d’entre eux sont de petits agriculteurs, encore en train de construire leur troupeau », s’enthousiasme la spécialiste.

Des terrains à 2.800 €/ha
Durant ces années, l’éleveur peut compter sur son autonomie pour nourrir ses bêtes. Il possède 12 ha, sur lesquels pousse du triticale, et 36 ha de prairies, en favorisant la production de trèfles. La moitié de ses terres est louée, tandis que l’autre moitié lui appartient. Des terrains à 2.800 € l’hectare dans cette région.
Avec le tourteau, produit pour l’alimentation animale, l’agriculteur tire de l’huile de colza et de tournesol : « J’optimise la nourriture », sourit-il. Au total, le fermier en réalise 3.000 l par an. Du pressage à la filtration, jusqu’à la mise en bouteille, l’ensemble des étapes sont réalisées directement sur place. Un savoir-faire des champs aux étables qui lui permet de tracer sa route en restant fidèle à ses choix.





