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Du silo à l’auge, l’Aura nourrit en toute autonomie

Primé à plusieurs reprises en France et en Belgique, l’Aura, dont une quarantaine d’exemplaires fonctionne déjà dans l’Hexagone, fait ses débuts au Plat Pays. Après 650 heures de travail, le premier propriétaire de cette mélangeuse automotrice autonome met notamment en avant le gain de temps dont il bénéficie chaque jour et la possibilité de distribuer un aliment toujours frais. Nous avons découvert l’engin au travail, dans sa ferme.

Temps de lecture : 11 min

C’est à Langemark-Poelkapelle, non loin de la ville d’Ypres, qu’a été installée la première mélangeuse automotrice autonome Kuhn Aura dans notre pays. L’occasion était belle pour les équipes de la société importatrice Packo Agri et de son concessionnaire spécialisé Audenaert N.V. de convier la presse pour une présentation dynamique de ce robot inédit au sein même de la ferme dans laquelle il œuvre quotidiennement. Cette exploitation mixte, à la tête de laquelle se trouvent Monsieur et Madame D’Hallewin – Deraedt, compte 115 vaches laitières et 57 génisses.

L’Aura s’adapte à l’exploitation

Cela faisait un petit moment que l’éleveur réfléchissait à l’automatisation de certaines de ses tâches, et notamment du nourrissage de son bétail, afin de pouvoir consacrer davantage de temps à d’autres activités. Le concept Aura de Kuhn l’a séduit : « Les autres systèmes disponibles sur le marché destinés à l’alimentation automatique du cheptel nécessitent un stockage intermédiaire de l’ensilage, des fourrages et autres aliments afin de les rendre disponibles pour le robot. Je souhaitais absolument éviter ce genre d’aménagement pour deux raisons : d’une part, cela génère des doubles manipulations, et donc des pertes de temps, et d’autre part, il résulte de ce stockage temporaire un échauffement des différentes matières se traduisant par une dégradation de la qualité des aliments. Avec l’Aura, ces inconvénients n’existent pas puisque la machine est autonome du silo à l’auge, ce qui signifie qu’elle va elle-même chercher l’aliment dans le silo où il se trouve. »

Un autre atout, qui a beaucoup compté dans la réflexion de l’éleveur, est que c’est le véhicule autonome qui s’adapte aux contraintes de l’exploitation, et non l’inverse. « Au contraire de ce que requièrent les autres solutions actuelles d’alimentation robotisées, je n’ai pas eu à consentir d’investissements onéreux pour apporter des modifications d’infrastructures dans l’exploitation. »

« Le secteur de l’élevage est aujourd’hui soumis à différents défis et contraintes », introduit Claude Packo, directeur de Packo Agri. « Les pressions sont multiples : charge de travail, pénurie de main-d’œuvre, besoins de flexibilité et de régularité, nécessité d’augmenter la rentabilité et la fiabilité des exploitations… L’automatisation des tâches peut apporter une réponse efficace et rationnelle à ces difficultés. C’est le cas de l’Aura qui permet d’alimenter un troupeau de vaches laitières en moins d’une demi-minute par vache par semaine, ce temps comprenant les phases de travail mais aussi les opérations connexes telles que le nettoyage de la machine ou le remplissage du réservoir de carburant ».

Charger le maïs, les fourrages et les concentrés

La démonstration dynamique a mis en évidence la polyvalence de l’Aura au chargement. Ainsi, le véhicule se dirige dans un premier temps vers un bâtiment dans lequel il va se charger en aliments concentrés et en fourrages grossiers entreposés dans des cellules. Les concentrés et autres minéraux sont introduits dans la cuve par le haut au moyen de canalisations et de vis sans fin pour davantage de précision, alors que les fourrages grossiers, qu’il s’agisse de foin, de paille ou de préfané, sont chargés de façon autonome par la fraise équipant l’outil.

Les concentrés et minéraux  sont introduits dans l’Aura  par le haut via des vis sans fin  pour plus de précision.
Les concentrés et minéraux sont introduits dans l’Aura par le haut via des vis sans fin pour plus de précision.

La machine quitte ensuite ce hangar pour se rendre dans le silo de maïs, localisé à quelques dizaines de mètres de là. Le chargement de l’ensilage de maïs, sur une hauteur de 4 m maximum, permet d’apprécier le positionnement de la machine et de la fraise pour prendre en charge la masse de matière sur toute la largeur du front du silo : grâce à ses quatre roues directrices l’autorisant à avancer en crabe, l’Aura est capable de s’approcher au plus près du mur du silo, tandis que la fraise et le convoyeur bénéficient d’un système de translation sur toute la largeur de la machine. Grâce à celui-ci, elle est donc à même de charger le maïs au plus près du mur également. Ce dispositif de translation permet par ailleurs d’optimiser le temps des cycles de chargement puisque la fraise peut se déporter latéralement sans qu’il ne soit nécessaire que la machine se déplace.

« L’Aura est vraiment très efficace au chargement, laissant très peu de matière au sol après son passage », commente M. D’Hallewin. « Cela facilite la gestion des espaces de chargement. Le véhicule est capable de fraiser directement les balles de foin, de paille et de préfané. J’ai préféré aménager des cellules de petite taille pour stocker ces balles de façon à ce qu’elles restent bien maintenues lors du fraisage. Au niveau des silos d’herbe et de maïs, j’utilise les mêmes silos que précédemment ; j’ai juste dû relever quelque peu les murs pour qu’ils atteignent une hauteur de 1,80 m, la hauteur préconisée par Kuhn pour des raisons de sécurité. »

Le bon entretien des silos reste un point important. L’éleveur passe régulièrement pour inspecter le front du silo, vérifier qu’il n’y a pas un morceau de plastique ou autre corps étranger, le débâcher progressivement… « Bref, des opérations que l’on réalise dans tous les cas, quelle que soit la méthode d’affouragement ou la machine utilisée. »

L’engin charge les fourrages grossiers  de façon autonome grâce à sa fraise.
L’engin charge les fourrages grossiers de façon autonome grâce à sa fraise.

Plusieurs fois par jour, un aliment toujours frais

Le Kuhn Aura possède aussi bien entendu un système de pesée pour une gestion précise de la quantité de chaque aliment à intégrer dans la ration. Le mélange de cette dernière est assuré par deux vis verticales, dont celle située à l’arrière dotée d’aimants afin d’écarter tout corps métallique. La vitesse de ces vis est programmable en fonction du mélange et par ingrédient. La cuve et les vis sont constituées d’acier K-Nox, un alliage de métaux associant chrome et ferrite pour une résistance à l’usure chimique et corrosive semblable à celle procurée par l’inox et une résistance mécanique et structurelle supérieure. Cet alliage procure une durée de vie jusqu’à six fois supérieure aux aciers standards.

Une fois le contenu de la cuve parfaitement mélangé, l’Aura s’est rendu dans l’étable pour y distribuer la ration devant les cornadis. Le déchargement s’effectue grâce à un tapis transversal capable de déposer l’aliment tant à gauche qu’à droite. « L’un des grands avantages d’une machine autonome comme l’Aura est de pouvoir pratiquer un affouragement multi-journalier, autrement dit d’alimenter le bétail plusieurs fois par jour, et cela avec un aliment toujours frais puisqu’il est, à chaque cycle, prélevé directement dans le silo. De plus, je peux tout programmer pour chaque cycle de nourrissage individuellement : je peux, par exemple, choisir d’affourager toute l’étable ou uniquement certains lots, avec une ration identique ou différente… », explique M. D’Hallewin.

La hauteur de silo maximale pour l’Aura est de 4 m.
La hauteur de silo maximale pour l’Aura est de 4 m.

Le véhicule possède aussi un module repousse-fourrage, comprenant deux brosses rotatives grâce auxquelles tous les ingrédients de la ration sont repoussés vers le cornadis. Ce repousse-fourrage peut être synchronisé à la distribution ou être utilisé de façon indépendante.

Assurer le guidage au centimètre près

Le module Kuhn Farm Track gère les déplacements de l’engin au sein de la ferme avec une précision centimétrique en se basant sur un double système de navigation. Ainsi, l’Aura a recours au Gps Rtk pour les parcours extérieurs et à un système Lidar à l’intérieur des bâtiments. Le tout est complété par un système d’odométrie. Ce dernier a pour tâche, grâce à deux capteurs, de mesurer le nombre de tours des roues d’une part, et donc de définir de la sorte les distances parcourues, et l’angle des roues d’autre part. Par combinaison de ces deux données, le système sait toujours exactement où se trouve la machine.

Grâce à la translation de la fraise et du convoyeur  sur toute la largeur de la machine, l’Aura est  capable de désiler au plus près du mur du silo.
Grâce à la translation de la fraise et du convoyeur sur toute la largeur de la machine, l’Aura est capable de désiler au plus près du mur du silo.

L’odométrie joue un rôle important dans la navigation de l’automotrice à des moments bien particuliers, notamment lorsqu’il entre dans un bâtiment ou en sort, c’est-à-dire au moment où se produit la transition entre Gps Rtk et Lidar. Avec ce dispositif, la navigation de l’engin est 100 % ouverte et évolutive en fonction de l’élevage. Il est à noter que l’Aura dispose d’un réseau Wi-Fi qui lui est exclusivement dédié.

Piloter les rations avec précision…

Deux logiciels accompagnent l’Aura. Le premier, Kuhn Librafeed, permet de gérer la ration et sa distribution. L’éleveur peut y introduire l’ensemble des rations qu’il souhaite mettre en œuvre, ingrédient par ingrédient avec leur quantité précise, définir les lots d’animaux et les points de distribution. Il peut de la sorte planifier avec précision chaque ration pour chaque catégorie d’animaux et visualiser le planning de la machine pour chaque journée sous la forme d’un calendrier.

Le système génère également toute une série de données utiles à la gestion de l’alimentation du cheptel pour chaque nourrissage : coût de la ration par vache, pourcentage de matière sèche, poids de ration par mélange, poids total de la ration, pourcentage de chaque ingrédient dans la ration…

Différents indicateurs au sujet de la machine y sont également consignés comme les durées de déplacement ou de chargement par exemple. Ces données peuvent être consultées par journée, par semaine ou par mois de travail.

… et surveiller la machine

Le second logiciel, baptisé Aura Live, est plus spécifiquement dédié à la machine elle-même. Il permet de la manipuler, de visualiser ce qu’elle est en train de faire et à quel endroit elle se trouve, ou encore de consulter des informations techniques telles que la température du moteur ou la vitesse de déplacement. Grâce à cette application, il est aussi possible de l’envoyer vers des points fixes : zone de lavage, parking, lieu de ravitaillement en carburant, atelier… Ce logiciel renferme par ailleurs l’outil de diagnostic.

Le mélange de la ration est assuré  par deux vis verticales.
Le mélange de la ration est assuré par deux vis verticales.

À ce propos, il est intéressant de souligner que, en cas d’apparition d’un code d’erreur, le système propose trois actions que l’agriculteur peut tester avant de faire appel à son concessionnaire. L’outil permet aussi le diagnostic à distance pour affiner ce dernier, notamment en fournissant une carte de l’exploitation avec l’historique du code d’erreur concerné. C’est, enfin, à partir de ce logiciel que se gère le système de pesée.

De la préparation à l’arrivée en ferme

Comme le relatait M. D’Hallewin en introduction, l’un des avantages majeurs du Kuhn Aura est que c’est lui qui s’adapte à la ferme, et pas le contraire. Un projet d’installation débute toujours par le passage d’un géomètre chargé de mesurer l’ensemble de l’exploitation et de la scanner. Il envoie ensuite ce scan et son dossier à l’importateur dont les spécialistes vont définir différents points fixes de référence dans l’exploitation. Contrairement à d’autres systèmes, l’Aura ne nécessite aucun repère physique additionnel dans les bâtiments ou en dehors.

Au niveau navigation, l’odométrie est particulièrement utile à l’entrée et la sortie des bâtiments,  au moment de la transition entre Gps Rtk et Lidar.
Au niveau navigation, l’odométrie est particulièrement utile à l’entrée et la sortie des bâtiments, au moment de la transition entre Gps Rtk et Lidar.

Une fois ce travail préparatoire accompli, l’engin peut faire son entrée dans la ferme : une équipe de techniciens va alors lui faire emprunter chaque route de travail, lui faire repérer chaque point de référence déterminé et valider chaque trajet, en s’assurant de l’absence d’obstacles et du maintien d’une distance minimale de sécurité vis-à-vis des murs, cornadis et autres infrastructures existantes.

À titre d’exemple, l’exploitation visitée possède une rigole encaissée sur l’une des voies empruntées par le véhicule à la sortie du silo de maïs. Pour éviter tout problème, l’équipe de Packo Agri a repéré cet obstacle et a configuré le système pour que l’Aura ralentisse à l’approche de la rigole, la franchisse à allure modérée, puis reprenne son trajet à la vitesse initiale.

Une fois l’ensemble des trajets validés et l’outil correctement paramétré, une réception de la machine en bonne et due forme est organisée, en présence du propriétaire.

Les différentes routes empruntées par l’engin dans la ferme sont configurées au départ du logiciel dédié.
Les différentes routes empruntées par l’engin dans la ferme sont configurées au départ du logiciel dédié.

Une première hors France

« Le Kuhn Aura n’est plus un prototype ni une pré-série », ajoute Claude Packo. « Il y a à ce jour une quarantaine de machines en fonctionnement en France, totalisant plus de 120.000 heures moteur. Certains exemplaires affichent plus de 15.000 heures de fonctionnement au compteur. Kuhn a pris le temps nécessaire pour développer et proposer ce matériel performant et fiable mais aussi pour former un réseau de techniciens spécialistes de cette technologie. »

La Belgique est le premier pays en dehors de la France à accueillir l’Aura. En tant qu’importateur, Packo Agri souhaite assurer un service de qualité autour de ce matériel innovant en désignant, au sein de son réseau, des concessionnaires spécifiques disposant des qualifications et formations requises. « Nous l’avons fait avec notre partenaire Audenaert N.V. pour ce premier Aura arrivé en Flandre et nous travaillons actuellement à la désignation d’un premier concessionnaire habilité en Wallonie, avec l’objectif d’étendre ce réseau progressivement. »

Le trajet de l’Aura a été paramétré pour ralentir  à l’approche d’une rigole encaissée présente  dans l’exploitation et la franchir à vitesse modérée.
Le trajet de l’Aura a été paramétré pour ralentir à l’approche d’une rigole encaissée présente dans l’exploitation et la franchir à vitesse modérée.

Le mot de la fin revient à M. D’Hallewin, l’heureux propriétaire de l’Aura : « Mise en route le 22 avril dernier, cette mélangeuse automotrice autonome compte aujourd’hui 650 heures de travail et me donne entière satisfaction, tant au niveau de son fonctionnement propre que de l’évolution de mon troupeau et de la gestion de son alimentation. À mes yeux, les bénéfices les plus perceptibles que je tire de cette machine sont un gain de temps, que j’estime, dans mon cas, à environ 1h30 par jour, et la distribution d’un aliment toujours frais, sans échauffement nuisant à sa qualité, puisque directement prélevé dans le silo. Assurément, je ne tire que des conclusions positives de cet investissement. »

N.H.

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