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Courrier des lecteurs : moins de mazout, davantage de matière grise, la nouvelle donne des champs

Aaaah, l’étéééé ! Cette douce saison où le soleil brille, où les moissonneuses chantent et où… le prix du diesel rouge s’envole plus haut que l’alouette dans le ciel…

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On ne va pas se mentir, même au cœur des canicules les plus torrides, le passage du livreur de carburant a donné des sueurs froides à bon nombre d’entre nous. Il a suffi qu’à des milliers de kilomètres d’ici, l’Iran délirant et les États-Unis honnis haussent le ton, ou que le détroit d’Ormuz menace de se bloquer, pour que l’aiguille de notre jauge budgétaire plonge dans le rouge incandescent ! 1,52 €/ litre en ce mois d’octobre, alors qu’il était à 0,7863 €/litre voici juste un an ! Remplir une cuve de 2.000 litres coûtait 1.572 € en octobre 2025, plus de 3.000 € aujourd’hui !

« Ça me fout totalement la déprime ! » m’a déploré un voisin agriculteur ! Dépendre du pétrole mondial pour semer les escourgeons et récolter les pommes de terre, c’est un peu comme regarder la météo la veille des foins : ça donne des ulcères. Qu’à cela ne tienne et malgré sa gourmandise, le tracteur reste le roi de la cour ! Et pas n’importe lequel… Avouons-le, trop de fermiers ont un faible pour les destriers bodybuildés : des monstres de technologie très puissants, gourmands et parfois franchement surdimensionnés. Vous voyez de quoi je parle… S’il faut conduire un petit tonneau d’eau de mille litres aux génisses à cinq kilomètres, lâcher la bride à 150 chevaux n’est pas très raisonnable. On appuie sur le champignon, le turbo siffle, c’est grisant… jusqu’au moment où l’on s’aperçoit que la citerne à mazout se vide dramatiquement.

La logistique moderne n’arrange rien. Avec l’agrandissement exponentiel des exploitations, les parcelles s’éparpillent au diable vauvert. Aujourd’hui, il n’est pas rare de voir des convois agricoles avaler jusqu’à 50 kilomètres (et plus) de bitume pour aller travailler un bout de terre éloigné. On passe plus de temps sur l’asphalte qu’à gratter le sol. Les fermes-usines du Grand-Duché du Luxembourg n’ont aucun état d’âme à parcourir 60 ou 70 kilomètres pour venir cultiver en Ardenne, y acheminer des quantités affolantes de digestats de biométhanisation et de boues d’épuration : bonjour l’empreinte carbone…

Et que dire de nos amis les bovins ? Dans certains systèmes robotisés, les vaches laitières ne sortent plus du tout. Elles logent à l’hôtel « cinq étoiles » de leur stabulation et sont affouragées toute l’année. C’est techniquement pointu et joli à voir, certes, mais ce train de vie haut de gamme implique un défilé incessant de désileuses, mélangeuses et tracteurs, matin et soir, 365 jours par an. On en oublierait presque ce miracle tout simple de la nature : en prairie, la vache fait tout le boulot ! Elle coupe l’herbe elle-même avec ses dents (sans consommer un litre de diesel) et épand son fumier gratuitement, de manière plus ou moins homogène. Un vrai modèle d’économie circulaire à quatre pattes !

Confrontés à une facture énergétique qui pèse sur nos marges, la nécessité de réduire la consommation de mazout n’est plus une option verte pour bobos citadins : elle est devenue une urgence vitale pour nos portefeuilles ! C’est ici que l’esprit d’innovation agricole entre en scène. Nous disposons de ressources locales, littéralement sous nos pieds et au-dessus de nos têtes.

Ainsi, nos hangars sont parfaits pour accueillir des panneaux photovoltaïques et capter cette énergie renouvelable et gratuite qui nous crame la peau en juillet. Le méthane produit directement sur la ferme par la digestion de nos effluents peut devenir le carburant ou l’électricité de demain. Et pourquoi ne pas jeter un coup d’œil du côté de nos propres cultures ? L’huile de colza, pressée à la ferme, peut retrouver sa place dans les réservoirs de nos tracteurs (avec les kits adaptés, pour éviter de transformer le moteur en friteuse géante).

Changer de paradigme n’est pas uniquement une question d’économie. En réduisant notre dépendance aux énergies fossiles, nous réduisons notre empreinte carbone et nos émissions de gaz à effet de serre. C’est l’occasion idéale de redorer l’image de marque de l’agriculture auprès du grand public. Montrons-leur que les premiers écologistes, ce sont ceux qui vivent de la terre ! En bouclant la boucle énergétique, on entre dans un véritable cercle vertueux : on produit proprement ce que l’on consomme localement.

Alors, par où commencer ? Il est temps de repenser nos façons culturales. La sobriété et la frugalité mécaniques ne sont pas des gros mots. Est-on obligé de travailler le sol en profondeur à chaque passage ? Le non-labour ou le semis direct sont de formidables économiseurs de carburant. A-t-on vraiment besoin de sortir le gros tracteur de tête pour aller rechercher deux veaux en prairie, comme on le voit souvent par chez nous ? Tout est question de bonne volonté et de bon sens paysan. Point de vue conduite, lever le pied de 200 tours/minute sur le moteur permet souvent d’économiser 10 à 15 % de carburant sans perdre de temps sur sa journée. C’est autant d’argent qui reste dans notre poche plutôt que de partir en fumée noire dans l’atmosphère.

Nos grands-parents étaient sobres par nécessité. À nous d’être inventifs par choix et par intelligence économique. Rangeons un peu les chevaux-vapeur au haras, rallumons nos cerveaux, et faisons de nos fermes des havres d’autonomie. Allez, bon vent, broum broum, bonne réflexion, et que la force (de la sobriété) soit avec vos moteurs !

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