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Courrier des lecteurs : le loup a sa place en Ardenne. L’éleveur, non.

« Les éleveurs n’ont qu’à surveiller leurs bêtes, c’est leur métier. Le loup était là avant nous. Il a le droit de vivre. Le loup chasse pour se nourrir, il ne tue pas plus que nécessaire. Mettez des clôtures, des patous, vous êtes indemnisés pour…. Rentrez vos animaux la nuit, comme avant. Ailleurs, ça se passe très bien. »

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Ces commentaires, on les lit chaque jour sous les articles Facebook consacrés au loup. Ils sont rarement écrits par quelqu’un qui a déjà retrouvé un animal égorgé au petit matin ou qui se demande quand cela va lui arriver.

Des exemples qui ne sont pas transposables

On cite souvent Yellowstone (aux États-Unis) en exemple. Le loup a permis de réguler les herbivores sauvages, améliorant ainsi la biodiversité. Mais Yellowstone est un immense espace naturel, sans élevage, et quand les loups en sortent et s’approchent des élevages, ce sont eux qui sont régulés. On cite aussi l’Italie, où le loup n’a jamais disparu de certaines régions et où les éleveurs seraient habitués et où la cohabitation se passerait bien. Pourtant, la presse y rapporte régulièrement des actes de braconnage : faute de régulation officielle, il existe une régulation de fait.

Partout où le loup revient, le scénario se répète. On pose des clôtures, puis on introduit des chiens de protection. Les loups finissent par contourner ces dispositifs, les attaques reprennent, et l’on en arrive à réguler. La question n’est donc pas de savoir si une régulation sera nécessaire chez nous, mais quand. Faudra-t-il attendre que l’élevage ait disparu de certaines zones ?

Des solutions qui n’en sont pas vraiment…

On demande aux éleveurs de maintenir leurs bêtes en pâture, pour la biodiversité et le bien-être animal. Là où le loup s’installe, cela devient mission impossible. Les solutions proposées viennent des régions de montagne, où de grands troupeaux regroupés sont gardés par des chiens et des bergers. Chez nous, les troupeaux sont morcelés sur de nombreuses parcelles, parfois très éloignées de l’exploitation. Et les patous peuvent poser de réels problèmes avec les randonneurs et les vététistes, dans une région qui vit aussi du tourisme vert. Ce sera un problème plus qu’une solution.

Au départ, les attaques visent surtout les moutons. Mais très vite, les bovins sont touchés à leur tour. Et plus les parcelles d’ovins seront protégées, plus les loups se reporteront sur les veaux et les jeunes bovins. Une exploitation ardennaise moyenne, avec 150 bovins sur 75 ha de prairies permanentes, nécessite facilement 15 à 20 km de clôtures de protection. Une clôture électrique n’est efficace que si aucune végétation ne touche les fils. Aucun désherbant n’étant autorisé, l’entretien est uniquement mécanique, sur des kilomètres. Les haies et les arbres qu’on nous a encouragés à planter, excellents pour la biodiversité, imposent de surveiller chaque branche et de réparer après chaque chute. Enfin, lors des battues, un sanglier ou un cerf lancé à pleine course ne s’arrête pas devant une clôture… On pourrait ajouter « Il n’y a qu’à interdire la chasse » aux commentaires cités précédemment.

Quant à l’idée de rentrer les animaux chaque soir, quiconque connaît une exploitation sait qu’il faudrait déjà commencer à les rentrer avant même d’avoir fini de les sortir.

Des meutes stables, des dégâts concentrés

On objecte aussi que les tirs de régulation déstructureraient les meutes et multiplieraient les attaques. Mais aujourd’hui, aucune meute n’a été déstructurée en Ardenne. Dans les massifs d’Anlier et de Saint-Hubert, les meutes sont installées et organisées : c’est précisément la situation présentée comme idéale. Et pourtant, les dégâts y sont déjà difficilement compatibles avec l’élevage.

Des meutes stables occupent un territoire fixe. Les attaques se concentrent donc sur quelques communes et une poignée d’exploitations, qui supportent seules toute la charge. Une politique publique ne peut pas reposer sur le sacrifice de quelques-uns. L’Union européenne a d’ailleurs abaissé en 2025 le statut de protection du loup, ouvrant la voie à une gestion adaptée aux réalités locales.

Écouter ceux qui y vivent

Ce débat révèle un fossé immense entre le monde rural, qui doit supporter les choix faits par la société, et des « décideurs » éloignés des contraintes de l’élevage.

Nous ne nous contentons pas de dénoncer. Aujourd’hui, la protection des troupeaux se décide au cas par cas, parcelle par parcelle, au gré des attaques et des demandes des éleveurs. Cette méthode condamne à courir sans cesse derrière le loup. Ne faudrait-il pas plutôt mener une réflexion globale, à l’échelle de chaque zone de présence permanente et ailleurs ? Plutôt que de clôturer des prairies isolément, on pourrait protéger des ensembles cohérents de parcelles, en concertation avec les éleveurs d’ovins et de bovins, les communes, les chasseurs et les gestionnaires forestiers et sans nécessairement attendre que les attaques se produisent d’abord. La question n’est plus de savoir si l’attaque va se produire, mais quand.

Nous demandons que la voix des éleveurs et des habitants de nos villages soit enfin entendue. Nous demandons que la protection des troupeaux soit pensée à l’échelle du territoire, et non plus dans l’urgence. Et nous demandons que la Wallonie définisse dès maintenant quand et comment une régulation pourra être mise en œuvre. Avant qu’il ne soit trop tard pour l’élevage ardennais.

Richard Lambert

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