Céréales wallonnes : structurer les filières pour sécuriser les débouchés
Comment faire émerger en Wallonie des filières céréalières suffisamment structurées pour garantir aux agriculteurs des débouchés pérennes et rémunérateurs ? Interrogée au parlement wallon par le député libéral Nicolas Janssen, la ministre Anne-Catherine Dalcq mise notamment sur une meilleure coordination des acteurs et sur la contractualisation.

Avec quelque 38 % de sa SAU consacrée aux céréales, le Brabant wallon constitue un terrain particulièrement concerné par la question de la structuration des filières. C’est en partant de cette réalité que le député Nicolas Janssen a interrogé la ministre Dalcq.
Le député s’est notamment appuyé sur l’exemple du programme Harmony, présenté dans Le Sillon Belge, auquel participent des agriculteurs d’Ittre. Organisée autour du blé biscuitier, cette démarche rassemble producteurs, collecteurs, transformateurs et industriels autour d’un cahier des charges commun, de débouchés identifiés et d’engagements à long terme. En Belgique, le programme réunit actuellement 158 agriculteurs et plus de 1.600 ha de blé, auxquels s’ajoutent 80 ha de bandes fleuries destinées à favoriser la biodiversité.
Relier les différents maillons
Pour Nicolas Janssen, cet exemple pose une question plus générale : comment passer d’initiatives de ce type à des filières locales suffisamment structurées pour offrir davantage de visibilité aux producteurs ?
Il a notamment interrogé la ministre sur les maillons qui doivent encore être renforcés, sur la mise en relation des différents acteurs et sur les moyens d’encourager la contractualisation afin de sécuriser les débouchés. Le député a également demandé où en était la mise en œuvre du plan stratégique consacré aux céréales à valeur ajoutée, en particulier la structuration de la filière du blé panifiable. Anne-Catherine Dalcq reconnaît dans le programme Harmony l’illustration d’une filière susceptible de créer de la valeur lorsqu’elle réunit l’ensemble de la chaîne autour d’un débouché et d’exigences communes. Pour faciliter cette coordination, elle entend notamment s’appuyer sur l’expertise du Collège des producteurs. La ministre souhaite renforcer l’accompagnement des filières et le développement des débouchés au sein de la future structure appelée à naître du rapprochement entre l’Apaq-w, le Collège des producteurs et Biowallonie.
Des contrats pour donner de la visibilité
La contractualisation constitue l’un des leviers évoqués. Celle-ci relève avant tout, rappelle Anne-Catherine Dalcq, de l’initiative des opérateurs économiques. Les pouvoirs publics peuvent néanmoins intervenir en diffusant les bonnes pratiques, en améliorant la transparence des critères de qualité et en soutenant les démarches collectives. La ministre recommande ainsi aux producteurs de sécuriser leurs débouchés au moyen de contrats. Elle observe que les négociants traditionnels y recourent davantage et que l’offre de « contrats filières » s’est sensiblement développée au cours des cinq dernières années.
L’objectif est de construire des filières reposant sur une demande clairement identifiée, techniquement maîtrisée et économiquement viable. La ministre entend dès lors soutenir les démarches permettant de renforcer la coopération dès l’amont de la chaîne, d’objectiver la qualité des productions ou encore de mutualiser certains équipements. Au bout du compte, l’enjeu reste celui de la rémunération et de la visibilité offertes aux producteurs : les filières doivent, selon Mme Dalcq, apporter aux agriculteurs « une visibilité et une valeur suffisante de leurs débouchés ».
Rentabilité et biodiversité
La structuration des filières doit par ailleurs s’articuler avec les objectifs environnementaux. La ministre cite notamment les légumineuses, qui contribuent à la fixation de l’azote, diversifient les rotations et peuvent réduire le recours aux engrais azotés. Elle rappelle également que la Pac soutient différentes mesures en faveur de la biodiversité ainsi que certaines productions, parmi lesquelles les cultures protéiques, l’orge brassicole et les céréales de printemps.
Pour M. Janssen, le défi consiste désormais à changer d’échelle. Il s’agit de mieux relier les différents maillons et de donner suffisamment de visibilité aux agriculteurs pour les convaincre de rejoindre ces démarches, y compris en démontrant leur intérêt économique. L’objectif, résume-t-il, est de passer « des projets et des expérimentations à des filières qui sont suffisamment structurées et pérennes ». Une évolution que la ministre inscrit, pour sa part, dans une double exigence : préserver à la fois la rentabilité des exploitations et la biodiversité.





