Courrier des lecteurs : IBR, à force de contraintes, qui paiera la facture?
La lutte contre l’IBR est indispensable. Personne ne conteste les progrès sanitaires accomplis : selon les chiffres communiqués au 16 septembre 2026, 97,07 % des troupeaux wallons et 95,11 % des bovins répondent aux critères d’indemnité AHL (législation européenne sur la santé animale).

Mais à quoi servirait une filière toujours plus contrôlée si, dans le même temps, les éleveurs perdaient leurs débouchés et une partie du prix de leurs animaux ?
Le marché, c’est la concurrence entre acheteurs
À Ciney, les éleveurs de bovins maigres rencontrent les engraisseurs et les négociants. Plusieurs acheteurs voient les animaux, comparent les lots et négocient les prix. Une mercuriale rend cette confrontation visible. Ce système permet à chacun de défendre la valeur de son travail. Sans marché actif, les bovins devront toujours se vendre, mais face à moins d’acheteurs, souvent plus puissants. À terme, le rapport de force risque de favoriser davantage les grands opérateurs de la viande et de la distribution.
Un test de plus, une quarantaine de plus : combien d’euros en moins ?
Analyses, visites vétérinaires, immobilisation des animaux, transports compliqués, encodages supplémentaires : tout cela coûte. Même lorsque la facture est d’abord payée par un commerçant ou un engraisseur, elle peut revenir à l’éleveur sous forme d’un prix d’achat réduit. Il risque donc de payer deux fois : par les surcoûts et par une concurrence affaiblie. Et s’il doit garder ses bovins plus longtemps, il supportera aussi l’alimentation, les bâtiments et la trésorerie immobilisée.
La Belgique doit-elle toujours aller plus loin que l’Europe ?
La réglementation européenne fixe, en règle générale, un délai maximal de sept jours pour transmettre les mouvements bovins à la base de données. En Belgique, les centres de rassemblement sont déjà soumis à des délais d’encodage bien plus courts, de l’ordre de 12 à 24 h selon les opérations et les règles applicables. Les commerçants et transporteurs assurent donc déjà une traçabilité exigeante. Pourquoi ajouter une obligation de déclaration en temps réel sans démontrer ce qu’elle apporterait concrètement à la maîtrise de l’IBR ?
Bovimove soulève cette question. À notre connaissance, aucun dispositif identique de traçabilité instantanée n’est imposé de manière générale dans les 26 autres États membres, alors que certains ont déjà atteint un niveau sanitaire très avancé. Cette comparaison mérite d’être documentée par les autorités. Sur le terrain, la priorité d’un transporteur reste de charger et décharger les animaux en sécurité, dans le respect de leur bien-être, pas de manipuler un écran à chaque mouvement.
En France, des dérogations existent pour l’engraissement
La France, qui poursuit elle aussi l’éradication de l’IBR, prévoit des dérogations individuelles pour les bovins destinés à l’engraissement en bâtiment dédié, sous conditions sanitaires et de transport sécurisé. Elles peuvent notamment alléger certaines obligations de contrôle et de mouvements après introduction. Il ne s’agit pas d’une dispense générale pour tous les animaux, mais d’un exemple concret d’adaptation des règles au risque. Pourquoi une solution proportionnée ne serait-elle pas envisageable chez nous pour des bovins indemnes destinés à l’engraissement terminal ?
Des risques à démontrer, pas à présumer
Ciney accueille des bovins issus de troupeaux I4, identifiés et tracés. Le simple passage dans un marché ne devrait pas, à lui seul, suffire à présumer une contamination. Parmi 22 troupeaux signalés comme recontaminés sur près de deux ans, sept cas étaient classés « achats positifs » ; cette catégorie ne prouve pas que la contamination ait eu lieu au marché ou durant le transport. Selon les chiffres communiqués par l’Afsca, 17 infractions ont été relevées lors de 984 contrôles de véhicules à Ciney (1,73 %). Ces éléments ne dispensent pas de vigilance, mais ils invitent à cibler les mesures sur les risques démontrés.
Sans décision rapide, Ciney pourrait ne pas passer l’hiver
L’urgence est très concrète : si les engraisseurs ne peuvent pas acheter, dans des conditions économiquement praticables, des animaux indemnes ayant transité par le commerce, ils risquent de déserter le marché. Une dispense ciblée des tests à l’achat pour l’engraissement terminal, assortie de garanties sanitaires adaptées, doit être examinée sans délai. À défaut, la viabilité du Marché couvert de Ciney dès cet hiver est sérieusement menacée.
Défendre Ciney, ce n’est pas défendre un bâtiment. C’est défendre des acheteurs en concurrence, des débouchés pour les bovins maigres et le droit de chaque éleveur à négocier son prix. Avant toute nouvelle obligation, posons trois questions : quel risque évite-t-elle réellement ? Combien coûte-t-elle ? Et quelle part de la facture finira dans la poche de l’éleveur en moins ?





