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Une fibre tout en douceur, l’atout des alpagas des Andes jusqu’à Rochefort

Avec ces températures, c’est reparti pour la saison des gros pulls ! Et pourquoi ne pas opter pour un vêtement en fibres d’alpaga ? Chauds et tout doux, on peut notamment en trouver aux Alpagas d’Ave. Dans cet élevage, la spécialité ce sont justement ces camélidés aux faux airs de nounours. Chez lui, à Rochefort, Philippe Ectors en possède 74 ! Des animaux craquants, qui ne manquent pas de caractère.

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Bruns, gris, noirs… dans la prairie de Philippe Ectors, les alpagas se suivent, et ne se ressemblent pas. Au fond de la pâture, certains cohabitent avec des chevaux de trait ardennais, la passion initiale de l’éleveur. C’est en voulant se diversifier qu’il tombe amoureux de ces animaux, originaires des Andes, en Amérique du Sud. « J’en ai acheté trois en Belgique, et les autres au Royaume-Uni, pour leurs critères d’élevage très élevés. C’est dans ce pays qu’ils se sont développés pour l’industrie lainière », raconte-t-il. Il s’agit de Huacaya, soit le type que l’on rencontre le plus souvent, tandis que les Suri, beaucoup plus rares, possèdent une toison semblable à des dreadlocks.

« Je souhaitais la meilleure qualité possible pour leurs fibres. Même si, comme pour les autres animaux, il faut également qu’ils possèdent de bons aplombs, une conformation adéquate ou encore des dents correctes, certains peuvent être un peu prognathes ». Des bêtes en forme, donc, dont les femelles peuvent avoir des crias, dès leurs 3 ans jusqu’à la fin de leur vie. Dans cet élevage, les naissances se déroulent en juillet, pour des raisons pratiques, après une gestation de 11 mois à un an. Des mises bas avec un seul petit puisque les jumeaux sont, en effet, très rares. « La nature est bien faite. Les alpagas ont du lait en suffisance pour un cria. C’est aussi facile car les naissances se déroulent généralement en matinée, entre 8 et 14 h. Ils se sont adaptés à leur pays d’origine, lorsqu’ils vivaient en montagne ». Mais si la période de mise bas pourrait presque être programmée, concernant le bébé, c’est toujours une surprise. Ainsi, l’éleveur possède 5 étalons destinés à telle ou telle femelle afin d’avoir tous les atouts en poche pour obtenir le plus beau petit possible. Cependant, il est risqué de parier sur la couleur qu’il revêtira. Pour ces animaux, il existe 16 couleurs officiellement reconnues et 200 nuances différentes. Un point d’autant plus important que Philippe Ectors ne teint pas la fibre destinée à la fabrication de ses articles, lesquels conserveront la couleur de l’animal. « Les blancs sont plus nombreux et ont été sélectionnés afin de pouvoir teindre leurs fils. Ce qui n’est pas mon cas. Il existe plusieurs dominances et codominances différentes. J’ai déjà mis deux alpagas blancs ensemble qui ont donné un brun, et deux bruns qui ont donné un blanc ».

Autre point délicat : la reproduction. Chez les alpagas, la copulation provoque l’ovulation. À ce moment, la femelle se couche par terre tandis que le mâle entre en action. Toutefois, le couple ne peut pas rester ensemble en permanence. Les étalons ont la fâcheuse tendance d’ennuyer leur compagne. « Les laisser ensemble serait vraiment de la maltraitance pour elles ». Dès lors, l’éleveur doit veiller au grain pendant tout le processus… Et il faut faire preuve de patience, un accouplement pouvant presque durer une heure !

Après 15 jours, Philippe Ectors arrive à détecter les bêtes gestantes grâce à leur comportement. Par exemple, elles ne se couchent plus et rejettent l’étalon en lui crachant dessus. Elles sont également plus dociles lorsque l’éleveur les manipule.

Les jumeaux sont rares chez les alpagas. La femelle reste avec le cria durant 6 mois avant le sevrage.
Les jumeaux sont rares chez les alpagas. La femelle reste avec le cria durant 6 mois avant le sevrage. - D.T.

Tondeur, une activité en demande

Ces animaux sont sevrés lorsque le plus jeune de l’année a 6 mois, et restent en groupe. Durant leur vie, ils grandiront jusqu’à atteindre un poids compris entre 70 et 90 kg pour les mâles à l’âge adulte, contre 55 à 70 kg pour les femelles. « Néanmoins, certains de mes étalons vont au-delà car les prairies belges sont beaucoup plus riches que les pâturages de leur région d’origine. Les femelles, elles, dépensent de l’énergie notamment avec l’allaitement ». Toujours au niveau de l’alimentation, l’éleveur les laisse en prairie toute l’année et leur propose du foin si nécessaire afin d’avoir un apport suffisant en fibres. Quotidiennement, les alpagas reçoivent également des vitamines spécialement conçues pour eux. Toujours par rapport à leur milieu d’origine, ils sont carencés en vitamine D. « Normalement, ils sont proches de l’équateur, à plus de 3.000 m d’altitude. Les rayons UV ne sont pas vraiment les mêmes que chez nous… »

De plus, le propriétaire veille à vermifuger assez régulièrement ses camélidés. Bien qu’ils vivent dans de grandes prairies, leur point faible reste les parasites intestinaux, pour lesquels il faut être particulièrement vigilant.

Vérifier leur dentition et, au besoin, couper leurs onglons font partie des autres soins à leur prodiguer. Des soins qui se déroulent au même moment : celui de la tonte. Une fois par an, d’avril à juin, c’est un passage attendu tant pour les alpagas que pour leur éleveur qui collecte attentivement leur toison. « Au début, j’ai voulu tondre moi-même. Mais cela n’allait pas, j’avais peur de les blesser, de mal faire, je n’avais pas le coup de main ». C’est pourquoi, pour ce moment délicat, il fait appel à un tondeur professionnel. Un secteur d’activité qui, au vu de la demande, ne manque assurément pas de débouchés. Quand vient le jour J, ils sont quatre à veiller au bon déroulement de l’opération. Le tondeur, son assistant, celui qui s’occupe de l’animal et un autre pour ranger les toisons. « D’ailleurs, le tondeur demande d’office qu’on soit deux, c’est indiqué dans sa charte ».

Après la tonte, l’éleveur inspecte les fils et retire  à la main  les indésirables.  Un premier  nettoyage.
Après la tonte, l’éleveur inspecte les fils et retire à la main les indésirables. Un premier nettoyage. - D.T.

Un design pensé par l’éleveur puis réalisé par les tricoteuses et les tisserandes

En fibres de bonne qualité, un alpaga peut produire entre 2 et 2,5 kg. Celles-ci se trouvent sur le dos et les flancs. Aux autres endroits, c’est la seconde qualité, même si elle reste toujours assez chaude en conservant ses propriétés thermiques. « Je l’utilise, par exemple, pour faire des couettes ou des vêtements qui ne seront pas en contact direct avec la peau », souligne Philippe Ectors. Selon lui, les fibres d’alpaga sont 5 à 7 fois plus chaudes que la laine de mouton. Autre avantage ? Elles ne grattent pas grâce à leur finesse. « Au-dessus de 30 micromètres, ça peut gratter, mais ce n’est pas le cas des alpagas ». Pour celles en dessous de 19 microns, c’est le royal, entre 19 et 23 du baby, et entre 23 et 27 du fine. « Au-dessus, je la classe en seconde qualité ».

Bref, ces vêtements tout doux permettent même à l’éleveur de proposer des habits pour les tout-petits. De quoi être bien couvert sans risque de démangeaisons !

Outre la finesse et la couleur, Philippe Ectors prête attention à la densité et à l’uniformité de la toison ainsi qu’au crimp, soit l’ondulation qui donnera une certaine souplesse à la fibre.

Lorsque la tonte est réalisée, l’éleveur commence par nettoyer les toisons à la main en enlevant tous les débris végétaux. Ce skirting terminé, les fibres sont envoyées vers une microfilature, sous le nom de l’animal. Une traçabilité de bout en bout jusqu’à la boutique. De cette façon, lorsque les clients achètent un produit fabriqué à base de fibres d’alpaga, ils peuvent lire sur l’étiquette le nom de l’animal ayant servi à le fabriquer. Un joli clin d’œil au travail effectué de la prairie à la confection. Après leur passage à la filature, il y a entre 20 et 25 % de pertes. Des pertes liées notamment au nettoyage, au retrait des poussières, au processus de fabrication…

Cette étape réalisée, le propriétaire vend une partie des fils à la boutique. Des pelotes qui raviront, à coup sûr, les tricoteuses et tricoteurs ou ceux qui veulent tisser. D’autres sont, eux, conservés pour réaliser pulls, ponchos, bonnets… « Je travaille avec quatre tricoteuses et deux tisserandes à la main pour confectionner ces vêtements. Je regarde des designs et nous décidons ensemble des modèles à fabriquer ».

Des pulls qui ne grattent pas et tiennent bien chauds avec sur l’étiquette le nom de l’animal  qui a permis de les confectionner.
Des pulls qui ne grattent pas et tiennent bien chauds avec sur l’étiquette le nom de l’animal qui a permis de les confectionner. - D.T.

Mieux les connaître avec les visites à la ferme

Cette fabrication 100 % locale coûte, évidemment, plus cher que les produits des grandes chaînes. Pour un pull, par exemple, il faut compter minimum 200 €. Néanmoins, il s’agira d’un produit durable à condition d’en prendre soin. Oubliez la machine à laver à 50°, et privilégiez plutôt le programme laine à 30°. Pour les pulls, en général, les aérer suffit, avec un petit nettoyage à la main en cas de tache. Notons également que pour proposer du choix à ses clients tout au long de l’année, ou des couleurs différentes, obtenues par teinture, Philippe Ectors propose des produits provenant de deux autres marques. Les achats se déroulent sur rendez-vous ou selon les horaires publiés sur son site internet ou sa page Facebook. Pour ceux qui n’ont pas spécialement envie d’acheter mais juste d’en savoir plus sur ces camélidés, il propose des visites à la ferme. Et qu’il s’agisse d’enfants ou d’adultes, il y a fort à parier qu’aucun ne restera insensible face à ces animaux au look irrésistible.

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