Accueil pommes de terre

Pomme de terre : si on accordait davantage d’attention à la fertilisation?

L’apport d’éléments nutritifs à la culture de pomme de terre conditionne grandement le rendement et la qualité de la récolte. Mal maîtrisé, il peut être à l’origine de multiples problèmes aussi bien économiques qu’environnementaux.

Temps de lecture : 6 min

La fertilisation doit tenir compte des besoins de la culture mais également des apports de matières organiques, de la minéralisation du sol et des reliquats dans le profil.

Les besoins : au cas par cas !

Comme l’indiquent les données du tableau 1 , les besoins de la culture sont liés aux objectifs de rendement. Ceux-ci sont en corrélation avec la variété, les conditions climatiques, la texture du sol et les critères qualitatifs attendus. Il faut veiller à apporter tous les éléments minéraux nécessaires à la croissance et au développement de la plante.

pdt-carah-1

La fumure azotée...

Dans le cas de la pomme de terre, un léger manque d’azote est nettement moins préjudiciable qu’un excès : tenons en compte lors du calcul. L’apport en fumure azotée peut être calculé via la méthode du bilan .

Les besoins en azote sont fournis partiellement par la minéralisation de l’humus du sol et des résidus du précédent, par les reliquats disponibles au printemps, par les engrais verts et les apports organiques (engrais de ferme).

La fumure doit donc représenter l’écart entre les besoins de la culture et les fournitures d’azote par le sol. La richesse en azote des différentes matières organiques peut être fort variable et il est souvent risqué de se baser uniquement sur des valeurs moyennes d’équivalence minérale. Pour affiner ce calcul, il est très intéressant de procéder à l’analyse des matières organiques produites dans son exploitation.

Analyse du sol

La méthode du bilan, si elle se base sur des données moyennes, ne sera pas le reflet exact de votre exploitation. Une analyse de sol et plus particulièrement du profil azoté sur les horizons 0-30 et 30-60 cm vous permettra d’obtenir des données précises sur la richesse du sol qui personnaliseront et optimiseront le conseil de fertilisation.

Ces analyses seront indispensables pour les parcelles aux itinéraires techniques particuliers ou pour les terres de locations. Les demandes d’analyses peuvent s’effectuer notamment au laboratoire de pédologie du Carah out par internet sur le portail Requacarto à l’adresse http://requacarto.cra.wallonie.be/.

A la plantation, la fumure azotée s’applique généralement sous forme de solution azotée, d’engrais composé ou de nitrate d’ammoniaque sous forme solide.

Les engrais solides seront apportés avant la plantation pour une bonne répartition dans la butte.

.. et son fractionnement

Le fractionnement de la fumure azotée est également possible, avec une première fraction d’environ 70 % de l’apport minéral conseillé avant la plantation. La deuxième fraction sera appliquée en post-émergence. Cette technique a pour but d’éviter une sur-fertilisation et permet de fournir l’azote pendant la croissance de la culture, au moment où elle en a le plus besoin.

Généralement, la dose à appliquer lors du deuxième apport est déterminée par la méthode du « chlorophyllomètre » ; cette technique nécessite de laisser une fenêtre sans azote dans une zone homogène de la parcelle. Pour information, ce service de suivi est accessible via le laboratoire de pédologie du Carah (tél. : 068/264.690).

Une alternative à cette méthode, qui permet de faire l’impasse sur la disposition de zones non fertilisées, consiste à affiner le deuxième apport sur la base d’une analyse du profil azoté effectuée peu après la levée des pommes de terre. Cela permet de tenir compte de la minéralisation du sol en début de saison de culture. Cette alternative se justifie pleinement lorsque l’on apporte de la matière organique au printemps car elle permet d’approcher les disponibilités réelles du sol pour la culture.

Solide ou liquide ?

En ce qui concerne les critères de choix de l’engrais et de son mode d’application en végétation, il faut privilégier l’efficience et la rapidité d’absorption de l’azote par la plante:

– l’azote minéral solide (nitrate d’ammoniaque) peut être utilisé si les conditions d’humidité du sol sont suffisantes pour permettre la migration de l’azote vers les racines:

– en condition plus sèche, on privilégiera un apport par pulvérisation sur le feuillage.

La solution azotée sera déconseillée pour éviter tout risque de brûlure du feuillage ; on optera plutôt pour de l’urée perlée à diluer dans la cuve ou une formulation liquide d’urée prête à l’emploi, à appliquer par temps couvert et sur un feuillage sec. Ces formes liquides seront pulvérisées en plusieurs fois, à la dose de 15 à 20 N/ha par passage.

La fumure phospho-potassique

Le raisonnement de la fumure potassique est essentiel quelle que soit la variété mais plus particulièrement pour celles dont la teneur en matière sèche est élevée. Une bonne alimentation en potasse améliore la qualité des tubercules (abaissement de la teneur en sucres réducteurs et de la sensibilité au brunissement enzymatique) et réduit leur sensibilité aux endommagements (noircissement interne en particulier).

Les besoins en phosphore sont importants. Cet élément est assimilable dans le sol sous la forme P2O5. Sa disponibilité est dépendante du pH et de l’activité biologique du sol. Cet élément est d’autant plus important que la variété tubérise peu voire mal.

Les fumures phosphorique et potassique se calculent sur la base d’une analyse de sol « classique ». En l’absence d’analyse, vous pouvez évaluer vos apports sur la base des besoins des plantes en vous référant aux besoins de la culture (tableau 1) et sur la teneur en P2O5 et K2O des effluents d’élevage (tableau 2).

Attention, un excès peut conduire la plante à une surconsommation.

pdt-carah-2

S ulfate...

Concernant le mode d’apport de la fumure potassique, la question est souvent posée : est-il plus intéressant de l’apporter sous forme de sulfate ou de chlorure ?

La forme sulfate, bien que plus coûteuse, a l’avantage d’apporter du soufre, dont les carences sont de plus en plus souvent constatées en raison de la réduction significative des retombées atmosphériques.

Le soufre peut également être apporté avec la fumure magnésienne; dans ce cas, veiller à respecter un apport K/Mg d’environ 3/1.

L’apport de potasse sous la forme de sulfate a tendance à induire chez la pomme de terre un poids sous eau (PSE) sensiblement plus élevé comparativement à la forme chlorure. Cette forme sera donc privilégiée pour les variétés présentant des PSE souvent limites ou pour la production de pommes de terre de transformation en chips, qui exige des poids sous eau plus élevés.

... ou chlorure ?

La forme chlorure a tendance à diminuer sensiblement le PSE et à améliorer l’indice de brunissement lors du stockage de longue durée. L’apport de potasse sous cette forme ne devrait pas dépasser 240 unités pour éviter des problèmes de salinité. Vu son effet sur le PSE, on privilégiera cette forme sur les variétés à poids sous eau élevé.

Et les autres éléments ?

Les apports foliaires de magnésium sont souvent bénéfiques dans les sols faiblement pourvus ou dans le cas d’apports potassiques importants. Le zinc, le manganèse et le bore perdent de leur disponibilité lorsque le pH est élevé. Dans ce cas, les apports foliaires, dès le début de la croissance, se justifient.

Ces quatre éléments interviennent dans l’élaboration de la masse foliaire et ont un impact ultérieur sur la qualité de la tubérisation. Ils doivent être disponibles dès le début de la croissance pour jouer pleinement leur rôle.

En ce qui concerne les éléments peu mobiles (Mn, Zn, S, B), il faut veiller à ce qu’ils soient disponibles dès les premiers jours de la croissance foliaire, la translocation dans la plante étant faible à nulle.

D’après Adrien Degrave

,Carah

A lire aussi en pommes de terre

L’humidité et la fraîcheur pèsent sur les travaux des champs… et les cultures

Cultures Alors que l’année passée, à pareille époque, le bulletin agrométéorologique du pays s’inquiétait des conditions sèches sévissant depuis la fin de l’hiver, c’est sur le froid et l’humidité qu’il s’attarde en ce printemps 2023. Et de constater, comme tout un chacun, que les travaux de printemps accusent un certain retard ou se font dans des conditions limites, ce qui pourrait être préjudiciable aux cultures dans les mois à venir, surtout en cas d’épisode sec.
Voir plus d'articles