Bien comprendre ses bovins pour les mener, sans souci !

Pourquoi est-il si important de faire attention à sa sécurité ? Les accidents ne sont pas si réguliers, pourrait-on penser…

D’après des chiffres de 2014, le secteur le plus à risque en Belgique est pourtant à l’agriculture, avant même le secteur du bâtiment. En moyenne, plus de 17 accidents ont lieu par millier d’heures de travail ! Ce chiffre monte à 28 lorsqu’on considère uniquement la production animale, alors que la gravité de l’accident y est en moyenne 3 fois plus élevée que dans les autres domaines.

Un accident peut causer une blessure (grave ou non), qui va entraîner un arrêt de travail, du retard, des démarches administratives supplémentaires, du stress, et un manque à gagner. Des coûts directs (frais médicaux, dégâts matériels…) et indirects (impact sur l’exploitation et le moral, temps perdu et temps administratif supplémentaire…) sont engendrés.

Alors que 70 % des maladies sont déclarées après 40 ans, les maladies professionnelles en élevage sont deux fois plus fréquentes chez les femmes que chez les hommes, principalement aux membres supérieurs à cause des salles de traite qui sont adaptées uniquement à la taille de l’homme.

Des accidents évitables

Pourtant, ces accidents sont majoritairement évitables, et 50 % d’entre eux ont lieu durant la conduite du bétail. Une première action à réaliser pour limiter les accidents est d’analyser les risques. Cette analyse consiste tout d’abord à identifier les risques, puis à les évaluer avant de les éliminer ou de les signaler afin de se protéger. Les nombreux dangers présents sur une exploitation sont souvent sous-estimés ou volontairement ignorés pour éviter des frais. Pourtant, remplacer une échelle instable ou régler le problème d’un clou qui dépasse coûtera toujours moins cher que les frais engendrés par la blessure que ces éléments peuvent provoquer.

Le dos est la partie du corps qui souffre le plus dans les élevages, puisque les disques qui composent la colonne vertébrale subissent une énorme pression lorsqu’on se baisse et qu’on porte de lourdes charges. Des seaux treuillés pour les compléments, un taxi à lait et une brouette pour transporter les veaux sont autant de solutions pour alléger cette pression.

Mieux connaître ses bovins

Le bovin est un ruminant grégaire, curieux et néophobe qui suit une hiérarchie composée notamment d’une meneuse. C’est cette vache qui va vous intéresser et qu’il faut identifier, car si elle se déplace, le troupeau la suivra sans problème. La meneuse n’est cependant pas toujours la même bête en fonction des lieux (prairie, traite, etc.).

Lors du déplacement de bovin, il est important de rester calme tout en étant autoritaire. Se mettre à crier ne sert qu’à fatiguer l’éleveur, il ne faut pas être pressé et privilégier l’adresse à la force brute.

Plusieurs techniques peuvent être utiles pour déplacer facilement votre troupeau.

Jouer sur la curiosité

Les animaux étant curieux, il faut faire attention à ne pas laisser de déchets dans le chemin qui pourraient interrompre la progression. Cette curiosité peut être utilisée via la technique du « veau mort » qui consiste à s’allonger dans la prairie, attendre que les vaches viennent voir de quoi il s’agit, puis se lever doucement et aller là où on le désire, suivi par le troupeau.

Certaines parties de l’animal sont sensibles au toucher et donc à éviter, comme le museau et le pis. Caresser l’épi de la vache, par contre, permet de calmer celle-ci en cas de besoin.

La vache possède une vision très grossière et éprouve une forte sensibilité à la lumière. Les bovins ralentissent donc ou s’arrêtent à l’approche d’un obstacle lumineux, mais si la lumière ne les éblouit pas, ils iront toujours dans l’endroit le plus éclairé. S’il ne faut que 3 secondes à l’homme pour s’adapter lors du passage d’une zone lumineuse à une zone sombre, il faut 3 minutes à l’animal. Le manipulateur devra donc toujours laisse un temps d’adaptation lorsqu’il désire en faire rentrer dans l’étable.

De même, les bovins ont une vision très limitée sur les côtés, il faut donc toujours les approcher doucement et plutôt de face, pour qu’ils ne se sentent pas en danger. Afin de faire avancer un animal, on peut se placer légèrement derrière son épaule, et inversement légèrement devant pour le faire reculer.

Préférer les couleurs sombres

Au niveau des couleurs, les vêtem ents blancs, jaunes, oranges ou rouges sont à proscrire car ils réfléchissent la lumière et éblouissent les bêtes. Au contraire, les couleurs sombres les rassurent. Des rubalises peuvent d’ailleurs être utilisées pour diriger celles qui ne connaissent pas encore les lieux. Elles ont également peur des mouvements rapides, donc agiter les bras va permettre de les faire fuir dans une direction opposée, à moins qu’elles n’arrivent en courant dans une posture de menace.

Les bovins ont l’odorat beaucoup plus développé que celui de l’homme, une odeur nouvelle peut les perturber et les inquiéter, même un simple changement de parfum de leur propriétaire. Lorsque vous souhaitez introduire un nouvel individu dans un t roupeau, lui faire d’abord attraper votre odeur peut faciliter les choses. Ce genre de regroupement bouleverse la hiérarchie, il est donc important de laisser un temps d’adaptation.

Habitué à écouter la nature et tous les bruits, le troupeau est très sensible aux sons inhabituels et habituels (tracteurs, radio dans la salle de traite, bruit de la machine à traite…). Il faut donc faire attention aux cornadis et autres matériels de contention qui peuvent faire du bruit en grinçant par exemple. Les graisser ou poser des silencieux est alors nécessaire. Il est également possible de mettre de la musique avec une intensité raisonnable et une mélodie tranquille pour cacher ces sons aigus et stridents.

Spécificités du taureau

Chez le taureau, l’agressivité se développe vers 2 ans avec la production de testostérone. Il ne faut pas le caresser et il sent la peur. Lors de la pose d’un anneau, il est préférable que quelqu’un d’autre que son propriétaire le fasse, afin qu’il ne lui associe pas de mauvais souvenir. Il ne faut jamais lui tourner le dos pour éviter d’être pris par surprise. Il est également à noter que, parmi les taureaux qui chargent, 77 % seront récidivistes.

Il est important d’établir la différence entre familiarisation et domestication de l’animal.

Lorsqu’il y a familiarisation, les bovins reconnaissent l’éleveur sans être apeurés. Il est toléré dans leur périmètre de sécurité mais son autorité n’est pas acquise. Elle est donc susceptible de ne pas être respectée. Dans un contexte perturbé (introduction ou retrait d’animaux dans le lot, sevrage, vaches en chaleur, vache blessée…), le bovin pourra s’autoriser à rejeter l’éleveur comme n’importe lequel de ses congénères : coup de tête, de pattes, voire charge ! Lors des déplacements, les animaux suivront s’il n’y a pas d’attirances plus fortes autour. Dans le cas contraire, ce sera un échec.

À l’inverse, la domestication est actée lorsque l’éleveur est reconnu comme le dominant. À son approche, les animaux sont calmes. L’éleveur n’a pas d’appréhension à aborder son troupeau. Les regroupements et les déplacements des animaux sont possibles en toutes circonstances, quelles que soient les attirances externes. L’autorité de l’éleveur étant acquise, il peut tranquillement manipuler ses animaux, sans stress pour le troupeau ni pour lui.

Des périodes propices au contact

Certaines périodes sont propices pour établir le contact : il s’agit des 6 premiers mois du veau, du sevrage et de la mise bas. La domestication ne se crée que durant les 6 premiers mois. Afin d’éviter les traumatismes, il est préférable de boucler le 1er jour car les nerfs ne sont pas encore formés et d’écorner dans un délai de 2 à 4 semaines. Le contact avec le veau doit être maintenu au cours de toutes les situations quotidiennes d’élevage.

Le rassemblement et le déplacement sont des sources importantes de stress chez les animaux. Il est donc utile d’établir une zone d’attente, un couloir de contention, et une zone de rassemblement. Pour attraper en prairie, une cage de médaillage ou une cage de contention seront des atouts efficaces.

Placer le véhicule «en oblique»

Pour l’embarquement dans le camion, il ne faut laisser de l’espace que pour le passage d’un seul animal à la fois. On privilégiera également de placer le véhicule en oblique par rapport à la sortie des bovins. On veillera à en éclairer l’intérieur et à placer un spot à l’entrée, qui illumine vers le camion, afin d’éviter les retours.

Concernant les parcs, on veillera à ce qu’ils présentent une forme allongée, des coins « cassés », un sol stabilisé et une pente à 2 ou 3 % pour en faciliter le nettoyage. Le couloir de contention présentera, lui, une forme de « U » et une paroi pleine (sauf au niveau du sol pour le nettoyage) afin que l’animal ne voie pas le camion depuis la zone d’attente. Une barre de recul est toujours utile, de même qu’un marchepied pour faciliter le travail de l’éleveur.

Les méthodes de contention manuelle sont souvent douloureuses pour l’animal, mais certaines sont plus efficaces à long terme et respectueuses. De préférence, il vaut donc mieux utiliser un licol buccal qui permet de faire déglutir et permet de bloquer, ou un lève-tête, et simplement caresser les crêtes palatines pour aider l’animal à rester calme tout en lui faisant ouvrir la bouche. L’animal est plus fort que vous : un rapport de force terminera toujours en sa faveur !

Enfin, avant de choisir le matériel de contention, il est important de déterminer les interventions à réaliser, observer la disposition des bâtiments et les espaces utilisables, analyser et gérer la circulation des hommes et des animaux. Chaque décision entraîne des conséquences, et bien réfléchir avant d’agir est donc toujours primordial.

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