Un poulailler mobile pour des pondeuses qui pâturent! (+vidéo)

Daniel Collienne est éleveur bovin depuis de nombreuses années. Adepte de l’agriculture biologique, il est également devenu éleveur de poules pondeuses au mois de novembre, avec l’achat d’un poulailler mobile.

« J’ai repris la ferme de mon oncle tandis que mon frère a repris la ferme de nos parents. », explique-t-il. « Elles sont voisines mais nous n’avons pas la même approche donc nous avons tout séparé. Je suis passé en bio il y a plus de 20 ans.

D’année en année, j’ai essayé d’arriver à l’autonomie alimentaire, j’ai par exemple réalisé des réparations de prairie ce qui a permis d’augmenter la production alimentaire. Au niveau sanitaire, je suis également attentif puisqu’aucun antibiotique n’a été utilisé dans la ferme depuis 2002. »

Une envie d’en faire toujours plus

Daniel Collienne pense que les agriculteurs doivent collaborer. « On a créé une coopérative de producteurs de lait bio, et je suis d’avis que le lait doit arriver à la ville et pas l’inverse. On pensait avoir fait notre « b.a.» du point de vue sociétal et donc on désirait s’arrêter là dans les évolutions. Puis un jour, j’entends un reportage à la radio sur l’agroécologie. Je suis plus tard allé témoigner à une conférence sur le sujet, et j’y ai rencontré une journaliste italienne spécialisée dans ce domaine. Je lui ai demandé comment elle situait l’agriculture biologique par rapport à l’agroécologie, et elle estimait que l’agroécologie allait bien plus loin. »

« Un peu froissé par cette information, je me suis quand même rendu compte que le bio s’industrialisait et allait tomber dans les mêmes travers que le conventionnel. », continue-t-il. « Je suis allé à des séances d’information sur le sujet, où l’orateur m’a rassuré d’emblée en disant qu’il y avait autant de définitions de l’agroécologie qu’il y a d’étoiles dans le ciel. »

« En parallèle, un vétérinaire m’a proposé de faire suivre le parcours des bovins par des volailles pour qu’elles prélèvent les parasites des bovins. J’étais contre au début, mais la graine était semée, donc j’ai effectué des recherches pour savoir si cela se pratiquait ailleurs, et je suis tombé sur ce modèle de poulailler. Je désirais avoir quelques poules pour notre consommation personnelle mais rien de plus. »

Un poulailler avec des roues

« Je ne savais pas trop comment faire pour être efficient au niveau du poulailler, d’un point de vue technique. Donc un poulailler qui était déjà tout prêt, c’était l’idéal, même si ce modèle est un peu plus grand et accueille 200 poules… »

« J’ai eu un contact avec l’entreprise allemande qui s’en occupe, et j’ai eu un premier devis début mai. La crise du fipronil a ensuite frappé, nous l’avons laissée passer puis à la mi-septembre nous nous y sommes réintéressés. »

« L’achat a été concrétisé à la mi-octobre, j’ai demandé à mon fournisseur si c’était possible d’avoir des poulettes, mais c’était soit en novembre, soit en mars. Donc le constructeur a dû se presser pour que le poulailler arrive à temps, et nous avons fait une séance d’informations à La Reid à ce moment-là. »

« Au début on l’a mis dans la pelouse en face de la maison pour voir le comportement des poules. Cela me permettait aussi d’avoir un peu de temps d’adaptation, car je repartais de zéro, n’ayant jamais élevé de poules auparavant. »

Des prairies pâturées par des poules

Le principe de ce poulailler mobile est d’emmener pâturer les poules pondeuses et de déplacer la remorque dès que la sortie du poulailler commence à être souillée. De cette manière, on cherche à éviter que ça ne se dégrade trop fort et que la prairie ne puisse se renouveler naturellement.

Le déplacement est nécessaire tous les 7 à 10 jours, ce qui correspond justement à l’autonomie du poulailler en eau et nourriture. « Mais j’ai observé que l’optimum était de le déplacer tous les 7 jours. », raconte Daniel Collienne. « J’ai essayé de le garder plus longtemps, car elles ont un périmètre de 100 m de clôture et il reste pas mal à manger au moment du déplacement, mais ce n’est pas très bon pour la prairie. En hiver, je devais le bouger 2 fois par semaine, mais elles consommaient la surface à l’intérieur de la clôture en une quinzaine de jours. »

Pour les protéger des prédateurs, le parcours est entouré d’une clôture spéciale poule électrifiée. Le poulailler est alimenté par des panneaux solaires. « On arrive à la période critique car la renarde a ses jeunes, mais jusqu’à présent nous n’avons pas eu de perte. Le prédateur le plus à craindre est néanmoins le rapace qui peut venir en prélever une. Pour le moment, nous n’avons pas eu de souci de ce côté-là non plus, notamment grâce aux corneilles des environs qui défendent leur zone. »

Un apprentissage quotidien

En plus de poules, trois coqs sont présents dans l’élevage. « Ce serait mieux s’il y en avait plus, car il en faudrait au moins un pour 40 poules, mais il n’y en avait pas d’autres de disponibles. Les coqs servent de police au sein du poulailler, dès que des poules se disputent, ils viennent remettre de l’ordre. »

« Le constructeur m’a envoyé un calcul de rentabilité, que j’ai adapté à mon cas. Et donc, je peux dire qu’il y a une rémunération du travail avec cette activité, ce dont on n’a plus toujours l’habitude. Le poulailler a coûté un peu plus de 37.000 € et va être rentabilisé en 3 ans ! »

« On a dû apprendre à travailler avec des poules puisqu’on n’en avait pas avant. », relate Daniel Collienne. « Une difficulté que je n’avais pas envisagée, ce sont les nids-de-poule. On aura un échange d’expérience et un retour du constructeur qui va apporter une partie des solutions lors de la semaine bio. La difficulté maintenant c’est de savoir comment gérer les prairies, s’il faut plutôt de l’herbe courte ou des herbes hautes avec des épis. »

Le déplacement du poulailler au sein de la même parcelle ne prend que 25 minutes. Lorsqu’il faut changer de parcelle, cela prend alors 35 à 45 minutes. « Au total, hors commercialisation, environ 10 heures par semaine sont nécessaires », estime-t-il, « mais comme pour les vaches laitières, c’est du travail chaque jour, puisqu’il faut ramasser les œufs à la main. »

La difficulté de la transition

« Les poules choisies sont des hybrides de Lhomann, et nous sommes au-dessus de la courbe théorique de production, avec des chiffres qui varient de 93 à 97 % d’œufs. La vente se fait par moitié à la ferme, et par moitié dans les magasins et les restaurants, chaque fois sur demande spontanée des clients. »

« Un problème qui s’annonce, c’est de savoir comment gérer le changement de poules qui est prévu 17 mois après leur arrivée. Lorsqu’on a reçu les poules, il a fallu 2 semaines pour qu’elles pondent et puis ça a été crescendo au niveau de la production et du calibre des œufs. Donc on craint une période de flottement quand cela fera 17 mois qu’elles sont arrivées. 40 % des agriculteurs qui en ont investi dans un tel équipement en achètent un second la même année. Je ne désire pas en arriver là, donc j’essaie de susciter l’envie chez d’autres agriculteurs de faire pareil afin de créer une coopérative et de mutualiser la production pour compenser ce genre de problème. Aussi, cela permettrait à celui qui habite dans un village plus reculé d’envoyer facilement sa production dans les villes. »

« Au niveau de l’alimentation, je leur distribue des céréales de ma production qui sont écrasées, que je complémente avec un aliment acheté. De cette manière, je peux valoriser ma production de céréales, et leur nourriture répond à tous leurs besoins. »

« Le constructeur améliore son matériel avec l’expérience des différents clients. La dernière innovation, c’est d’avoir mis un œillet tournant au niveau de l’attache par exemple. »

L’efficacité se trouve dans les détails

Dans les pondoirs, Daniel Collienne a mis de la bourre d’épeautre. « C’est très sec, ça donne du confort dans la ponte et ça sert d’antichoc entre les œufs. » Comme le confort est supérieur, elles restent plus longtemps et le cloaque est bien refermé lorsqu’elles repartent. Dans le fond, il y a un treillis pour ne pas qu’elles glissent et se blessent ou cognent des œufs. « Il y a 4 cm d’isolation, et plein de détails pour faciliter le travail, des protections contre la pluie quand on vient chercher des œufs, des systèmes pour nettoyer plus facilement, un plateau glissant le long de pondoirs pour y placer les plateaux à œufs. Il y a très peu d’excréments, mais en fin d’après-midi, quand je suis sûr qu’elles ne pondent plus, je ferme l’accès aux pondoirs, qui s’ouvrent automatiquement à 1h du matin, comme ça, elles n’y dorment jamais. »

Sur le sol, c’est une litière accumulée qui ne sera nettoyée qu’une seule fois, lors du changement de poules. Elles ont accès à un ballot de paille attaché. Entre le sol et les pondoirs, il y a un tapis synthétique qu’on peut faire tourner pour amener les déjections au bout et pouvoir les récupérer, une fois par semaine, pour une valeur de 2.500€ par an d’après le constructeur.

« Pendant toute une période, j’ai eu jusqu’à 10 œufs sur les caillebotis, mais c’est passé. Je récoltais également 50 œufs au sol, j’ai donc mis des bacs au sol pour qu’elles y pondent et ça fonctionne. »

À l’intérieur aussi, tout est réfléchi

Tout est programmé via une horloge astronomique, donc l’accès aux nids s’ouvre à 1h, le bas s’éclaire à 5h et le haut à 5h30. Le principe est qu’il fasse trop clair en bas pour qu’elles y aillent pondre, mais comme l’a souligné Daniel Collienne, « Ça n’a pas très bien fonctionné. » Une heure avant la tombée de la nuit, l’intérieur s’éclaire, une heure après la tombée de la nuit les trappes extérieures sont fermées, et à 21h, le poulailler s’éteint.

À l’intérieur, tout est démontable : les perchoirs, les auges, les trémies, les abreuvoirs, etc. Les ventilations sont contrôlées grâce à un vérin thermique.

« En termes de qualité d’œuf, ce sont des ultra-frais, les gens n’ont plus l’habitude d’avoir ça. Ils sont beaucoup plus difficiles à écaler, les crêpes sont plus jaunes, la mousse au chocolat est plus solide… »

« On m’avait précisé que l’herbe était un plus, et qu’elles consommeraient autant que dans un poulailler traditionnel. Mais depuis le printemps et la pousse d’herbe, l’ingestion a bien diminué. »

Le désir de création d’une filière

Sur le marché, les œufs bio arrivent chez les commerçants à 0,25€. Le calcul de rentabilité avec rémunération du producteur les positionne à 0,35€. « On les vend aux magasins à 0,45€ en leur conseillant de les vendre à 0,50€, ce qui est également le prix auxquels ils sont disponibles à la ferme. L’avantage du client qui vient chez nous, c’est qu’il a les plus gros calibres. »

« L’ambition maintenant c’est de démarrer la filière et d’équiper une camionnette d’une table de tri qui irait d’élevage en élevage et qui collecterait en même temps les œufs. »

Qu’on se le dise donc, si vous êtes intéressés, Daniel Collienne sera ravi de vous fournir des informations et des conseils.

Le mot de la fin lui est laissé, lui qui trouve que grâce à ses poules, il développe énormément de contacts avec ses différents clients : « Elles pondent des œufs, mais elles tissent aussi des liens ! »