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Des tracteurs encore plus sûrs grâce à la «Tractor Mother Regulation»

Depuis le 1er janvier de cette année, tout constructeur qui souhaite mettre un tracteur sur le marché européen doit se conformer au nouveau règlement UE 167/2013, mieux connu sous le nom de « Tractor Mother Regulation ». Celui-ci se veut plus strict que les textes précédemment en vigueur, afin de garantir un maximum de sécurité aux usagers.

Temps de lecture : 7 min

Fort de ses 51 pages, le règlement européen « relatif à la réception et à la surveillance du marché des véhicules agricoles et forestiers » a été publié au Journal officiel de l’Union Européenne en février 2013. Il n’est toutefois d’application que depuis le 1er  janvier dernier ; une période de transition ayant été prévue par le législateur.

51 pages… Cela paraît peu vu l’importance du sujet traité, mais c’est également beaucoup… Surtout lorsque l’on sait que le règlement principal est complété par une série de règlements annexes auquel il fait référence. De quoi décourager les plus téméraires ! À défaut d’être exhaustif, passons en revue certaines mesures fortes intégrées au texte susmentionné.

Des conséquences pour le portefeuille

Mais avant d’aborder les enjeux en matière de sécurité, posons-nous la question du surcoût qu’engendrent les nouvelles dispositions en matière de sécurité.

Il n’est pas possible de chiffrer avec exactitude ledit surcoût (on parle de 2 à 3 % pour un tracteur de forte puissance évoluant peu, jusqu’à 10 % sur un petit tracteur entièrement révisé), mais il est bien présent. En effet, les constructeurs se doivent de respecter de nouvelles mesures et d’équiper différemment leurs tracteurs. Or, qui dit nouveaux équipements, dit hausse des coûts de production… Ce qui se répercute, sans aucun doute, sur le prix de vente du matériel et donc sur le portefeuille des agriculteurs et entrepreneurs. Mais ne dit-on pas que la sécurité n’a pas de prix ?

Cette augmentation vient s’ajouter aux hausses de prix observées ces dernières années en raison de l’entrée en vigueur des nouvelles normes européennes d’émissions de gaz polluants et de particules polluantes.

Un système de freinage plus sûr

Les plus gros changements imposés par le règlement 167/2013 concernent les systèmes de freinage. Et au sein de ces changements, on épinglera le bouleversement suivant : les véhicules agricoles doivent désormais être dotés d’un système de freinage double ligne, que celui-ci soit hydraulique ou pneumatique.

À double conduite ?

Les systèmes à double conduite permettent, d’une part, d’aligner les performances du freinage hydraulique sur celles du freinage pneumatique, et d’autre part, d’accroître la sécurité. En effet, il assure trois fonctions fondamentales (parmi d’autres) : le freinage de secours par l’intermédiaire du second circuit en cas d’avarie du circuit principal, le freinage automatique de la remorque en cas de rupture d’attelage et, enfin, l’enclenchement du frein de stationnement de la remorque directement depuis la cabine du tracteur. Si elles concernent directement les tracteurs, ces dispositions visent également les remorques et les engins interchangeables tractés (à quelques exceptions près).

En plus du système «classique», on retrouve (à droite) le système de freinage hydraulique à double ligne.
En plus du système «classique», on retrouve (à droite) le système de freinage hydraulique à double ligne. - TD

Dernière précision concernant les systèmes de freinage hydraulique double ligne : un tracteur en simple ligne pourra freiner une remorque en double ligne et une remorque en simple ligne pourra être freinée par un tracteur en double ligne par l’intermédiaire d’un kit d’adaptation. Toutefois, les avantages de système double ligne évoqués ci-dessus seront à oublier.

Mais aussi…

Les mesures concernant le système de freinage des tracteurs ne se limitent pas à cela.

Ainsi, une alarme doit prévenir le conducteur si la pression du système de freinage chute en deçà d’un seuil limite. Il est désormais également possible d’arrêter le tracteur, en cas d’urgence, à l’aide du frein à main.

En présence d’une remorque, l’Europe exige que celle-ci soit freinée avant le tracteur afin d’éviter tout risque de « mise en ciseaux » et l’état de ses freins peut être contrôlé depuis la cabine du tracteur.

En cabine, un nouveau bouton permet au chauffeur de contrôler les freins de sa remorque avant de démarrer.
En cabine, un nouveau bouton permet au chauffeur de contrôler les freins de sa remorque avant de démarrer. - TD

Mieux voir

Bien que le système de freinage soit un de ses plus importants chapitres, la « Mother Regulation » aborde bien d’autres points, comme la vision sur la route.

Les chauffeurs doivent notamment disposer d’un champ de vision plus grand et sans angle mort. C’est pourquoi les constructeurs équipent désormais leurs tracteurs de rétroviseurs grand angle, déjà connus dans le monde du transport routier. Cette solution, qui était déjà proposée en option par certaines marques avant le 1er  janvier 2018, n’a pas été imposée par l’Europe mais a fait l’unanimité.

Les nouveaux rétroviseurs augmentent le champ de vision du conducteur tout en minimisant les angles morts.
Les nouveaux rétroviseurs augmentent le champ de vision du conducteur tout en minimisant les angles morts. - TD

Notons encore que certains proposent des rétroviseurs « doubles » composé d’un miroir « plat », pour la vision proche, et d’un miroir « arrondi », pour la vision éloignée.

Aussi au niveau de la cabine…

Plusieurs des mesures imposées par le règlement 167/2013 concernent directement le chauffeur et son environnement de travail, à savoir la cabine du tracteur.

Celui-ci s’inspire une fois de plus du monde du transport routier et rend obligatoire la présence de mains courantes et de poignées d’accès sur les tracteurs. Bien que bon nombre d’entre eux en étaient déjà équipés, ce point est dorénavant inscrit dans la loi. Il est d’ailleurs précisé que trois points d’appui possibles doivent être prévus en dessous de 1,50 m ainsi que des dégagements suffisants sous les marches du marchepied. L’objectif : faciliter l’accès à la cabine.

L’installation de poignées et mains courantes pour entrer dans la cabine est clairement imposée dans la nouvelle réglementation.
L’installation de poignées et mains courantes pour entrer dans la cabine est clairement imposée dans la nouvelle réglementation. - TD

Les matériaux utilisés pour l’habillage de la cabine (sellerie, ciel de toit…) devront être ignifuges. L’habitacle, et ses environs, ne doivent plus présenter d’angle saillant afin d’éviter tout risque de blessures. Depuis plusieurs années déjà, les constructeurs misaient sur des designs aux formes arrondies ; dorénavant, cela leur est imposé.

… et du capot

Autre disposition : le capot ne peut plus s’ouvrir à l’aide d’un simple « bouton-poussoir » au tout autre dispositif similaire. Il est dorénavant nécessaire d’employer une clé ou un outil spécifique. Il peut, par exemple, s’agir d’une clé Allen, voire de la clé de contact du tracteur, afin de s’assurer que le moteur est bien éteint lorsqu’une opération doit être menée sous le capot.

Prise de force : nouveau bouton

Les prises de forces sont elles aussi concernées par la « Mother Regulation ». Ainsi, elles doivent s’arrêter endéans les 7 secondes lorsque l’opérateur quitte son siège. Toutefois, dans certains cas, il est nécessaire que la prise de force fonctionne sans que quelqu’un se trouve en cabine.

Pour ce faire, un bouton supplémentaire fait son apparition à proximité des commandes de la prise de force. En appuyant dessus pendant au minimum trois secondes, le conducteur indique au système qu’il quitte la cabine mais souhaite, en toute conscience, que la prise de force continue de fonctionner.

Si le chauffeur souhaite actionner la prise de force sans être au volant, il doit désormais en «informer» le tracteur par le biais d’un interrupteur.
Si le chauffeur souhaite actionner la prise de force sans être au volant, il doit désormais en «informer» le tracteur par le biais d’un interrupteur. - TD

Cette obligation s’applique de la même manière à l’arrière qu’à l’avant du tracteur. Si le conducteur veut actionner la prise de force de l’extérieur (via les boutons situés sur le garde-boue), il doit d’abord donner le signal à l’intérieur de la cabine.

Phares de roulage et de travail

Un autre changement imposé par le nouveau règlement européen concerne les phares du tracteur. En effet, les feux de position, de croisement et de route ne peuvent désormais plus être commandés depuis le même interrupteur que les feux de travail. Par cette modification, il est probable que le législateur souhaitait éviter que les usagers de la route soient éblouis par les feux de travail.

Les feux de travail doivent désormais être actionnés depuis un autre interrupteur que les feux de position, de croisement et de route.
Les feux de travail doivent désormais être actionnés depuis un autre interrupteur que les feux de position, de croisement et de route. - TD

Les fabricants de tracteurs ont résolu ce problème de manière très simple, en ajoutant dans les cabines un interrupteur dédié aux feux de travail.

Beaucoup d’autocollants

Depuis début 2018, les nouveaux tracteurs arborent également de nombreux nouveaux autocollants. Ceux-ci indiquent les points de graissage, les zones dangereuses (relevage, prise de force, pot d’échappement…) ou encore la sortie de secours pour les tracteurs munis d’une cabine (à savoir, sur la seconde portière ou sur une vitre ouvrante).

Par l’intermédiaire de ces autocollants, le constructeur se doit d’avertir l’utilisateur quant à plusieurs points, en vue d’assurer sa sécurité. Pour la même raison, des bavettes de protection font leur apparition dans des zones à risque, comme à la base des bras du relevage avant.

Depuis le 1er janvier, les nouveaux tracteurs arborent un nombre plus important d’autocollants en vue de renseigner le chauffeur quant à sa sécurité.
Depuis le 1er janvier, les nouveaux tracteurs arborent un nombre plus important d’autocollants en vue de renseigner le chauffeur quant à sa sécurité. - TD

Le crochet de remorquage placé sur le tracteur est lui aussi concerné par la nouvelle règlementation. Ainsi, celui-ci doit être homologué. Les crochets qui ne le seraient pas, provenant d’anciens tracteurs par exemple, ne peuvent être montés sur un tracteur acheté après le 1er  janvier 2018. Les différentes informations devant figurer sur le crochet sont également reprises dans la législation.

Le règlement UE 167/2013 décrit également quelles sont les informations devant figurer sur la plaque signalétique du crochet de remorquage.
Le règlement UE 167/2013 décrit également quelles sont les informations devant figurer sur la plaque signalétique du crochet de remorquage.

Pour terminer, ajoutons encore que les points de graissage doivent être protégés par un bouchon.

J.V. & TD

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