L’hiver, période de disette pour les oiseaux dans les champs

J adis, les oiseaux se nourrissaient principalement sur les chaumes, grappillant les restes des moissons et les semences des plantes indésirables. Avec l’essor des cultures d’hiver (froment, escourgeon et colza dans une moindre mesure), la lutte plus efficace contre les adventices puis l’installation systématique des cultures pièges à nitrates, les ressources alimentaires hivernales disponibles se sont fortement réduites. La survie des oiseaux pendant l’hiver s’en trouve donc comprise. D’après des études scientifiques, ce phénomène a ainsi un rôle considérable dans le déclin de certaines espèces nicheuses, comme le Bruant jaune ou le Bruant proyer.

Des solutions efficaces soutenues de longue date par l’agroenvironnement

Dans les paysages agricoles actuels, les oiseaux sont peu à peu devenus dépendants des parcelles ou bandes de cultures laissées sur pied à leur attention, souvent au travers des mesures ciblées « bande aménagée » et « parcelle aménagée » du programme agroenvironnemental wallon. Les aménagements les plus réussis accueillent parfois plus d’un millier d’oiseaux simultanément !

Les oiseaux n’utilisent pas ces aménagements indifféremment de leur composition. Nos diverses espèces hivernantes ont, pour la plupart, des préférences claires pour certains types de graines. Ainsi le froment et le triticale sont d’un grand intérêt pour deux granivores emblématiques, le bruant jaune et le bruant proyer.

D’autres espèces les apprécient beaucoup : faisan de Colchide, perdrix grise, pinson des arbres et pinson du nord, pigeon ramier et colombin, moineau friquet et domestique.

Les petites graines, comme le radis fourrager ou le colza sont très appréciées des linottes et des verdiers. Les tournesols font le bonheur des mésanges et des verdiers. Les espèces comme le lièvre bénéficient surtout du couvert offert par ces cultures.

Grâce à la composition variée des graines qu’ils proposent, certains mélanges pour la faune attirent une grande diversité d’espèces. Ils sont souvent assez coûteux et la réussite du semis est généralement délicate. Des cultures traditionnelles d’hiver laissées sur pied à la récolte constituent une excellente alternative, avec un coût d’implantation réduit. C’est le cas du froment, du triticale ou du colza, car ils gardent des graines consommables plusieurs mois, à l’inverse d’autres cultures comme l’orge ou le millet dont les graines tombent trop vite au sol.

Une nouvelle MAE pour augmenter les ressources en céréales

Sur base de ce constat, une nouvelle Méthode agro-environnementale et climatique (MAEC) est venue dernièrement s’ajouter à celles qui sont déjà disponibles dans le programme wallon. Il s’agit de la variante « céréales sur pied » de la méthode « culture favorable à l’environnement ». Elle consiste à laisser non récoltée 10 % de la superficie d’un champ de céréales engagé dans la méthode. On laisse donc à disposition une source de nourriture pour les oiseaux des champs tels que le bruant proyer, le bruant jaune, la per drix grise. Elle vient compléter les autres MAEC telles que les bandes et les parcelles aménagées pour la faune.

Même si elle reste peu répandue cet hiver, la mesure montre déjà des résultats spectaculaires, en particulier dans les fermes où plusieurs parcelles sontinstallées. Des groupes de plusieurs centaines de Bruants jaunes sont régulièrement observés, souvent accompagnés par le Bruant proyer. Le pigeon ramier et le plus rare pigeon colombin y forment aussi des concentrations impressionnantes.

En hiver, le bruant jaune dépend des céréales pour s’alimenter. Il apprécie aussi les haies pour s’y reposer.
En hiver, le bruant jaune dépend des céréales pour s’alimenter. Il apprécie aussi les haies pour s’y reposer. - René Dumoulin

Le nourrissage hivernal

et les oiseaux nicheurs

L’alimentation hivernale des oiseaux est un élément critique pour la restauration des populations d’oiseaux : non seulement le nourrissage augmente le taux de survie à la mauvaise saison, mais il améliore le succès reproducteur en permettant aux oiseaux d’arriver en pleine forme au printemps. Cela se traduit dans une meilleure reproduction. Les mesures destinées à nourrir les oiseaux en hiver constituent ainsi la clé de voûte du programme agroenvironnemental wallon en cultures, au travers des bandes et parcelles aménagées, ainsi que de la mesure « céréales sur pied ». Diverses expériences réalisées à l’étranger laissent suggérer qu’il s’agit d’un élément crucial pour stopper le déclin des oiseaux granivores, tant à l’échelle locale qu’à l’échelle régionale.

D’après Arnaud Laudelout,

Département Etudes Natagora

et Thierri Walot

UCL ELI Agronomie

Les oiseaux «agricoles» en déclin

Chaque année depuis 1990, plusieurs dizaines de volontaires consacrent une partie de leurs loisirs à la réalisation d’inventaires standardisés de l’avifaune wallonne. Les 51.661 points d’écoute de 5 minutes réalisés depuis le début du programme permettent de dresser un état de santé de nos 81 espèces d’oiseaux les plus répandues. Les oiseaux des milieux agricoles sont particulièrement touchés par les diminutions, en particulier les espèces nichant au sol dans les cultures. Leur déclin s’est encore accéléré ces dix dernières années.

Dans les milieux agricoles, 11 espèces sur 17 sont en déclin. On parle notamment du bruant proyer (-15 % par an), du vanneau huppé (-4 % par an) ou de l’alouette des champs (-4 % par an). Deux espèces sont stables : la bergeronnette printanière et le corbeau freux. Et 4 sont en augmentation (tarier pâtre (+6 % par an), pie-grièche écorcheur (+4 % par an), fauvette grisette (+1 % par an) et le faucon crécerelle (+1 % par an)). En outre, c’est parmi les espèces des milieux agricoles que l’on doit rechercher les espèces dont le déclin est le plus marqué. Les populations de perdrix grise, tourterelle des bois ou bruant proyer sont en chute vertigineuse.

Graphique 1: évolution des populations d’oiseaux en Wallonie.

La courbe de l’évolution des populations des oiseaux typiques des milieux agricoles accuse donc un déclin bien plus marqué que celle de l’ensemble des espèces suivies par le programme.

La MAEC «Céréales sur pied»

Concrètement, cette MAEC propose aux agriculteurs qui le souhaitent une rémunération de 240 € par ha/an pour un engagement sur une durée de 5 ans aux conditions suivantes :

– parcelles de céréales (de froment d’hiver, triticale d’hiver ou épeautre), cultivées de façon « habituelle » (pas de limitation au niveau des intrants). Il est toutefois recommandé de raisonner les apports en tenant compte de la finalité de la récolte qui ne sera pas récoltée ;

– laisser sur pied 10 % de la superficie de chaque parcelle engagée. Ces céréales non récoltées seront maintenues sur pied jusque fin février. Cela revient donc concrètement à un dédommagement de 2.400 euros par hectare de froment non récolté ;

– les blocs laissés sur pied représentent un maximum de 50 ares et si plusieurs blocs doivent être créés, ceux-ci sont distants de 100 m au minimum ;

– les céréales laissées sur pied ne peuvent se situer à moins de 50 mètres d’un bois ;

– la culture favorable à l’environnement entre dans la rotation des cultures de l’exploitation (la localisation peut varier chaque année).

Pour plus d’info sur les mesures du programme agroenvironnemental, contactez votre conseiller via www.natagriwal.be ou 010/47.37.71.

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