Georgie Cartanza, éleveuse bio dans le Delaware (U.S.A.):Des choix raisonnés et un environnement adaptés à 148.000 poulets

Georgie Cartanza, éleveuse bio dans le Delaware (U.S.A.):Des choix raisonnés et un environnement adaptés à 148.000 poulets

Georgie apprécie le secteur dans lequel elle travaille. Cela fait seulement 13 ans qu’elle dispose de sa propre exploitation, mais elle est dans ce secteur d’activité depuis déjà 25 ans. Elle s’est orientée vers l’élevage biologique il y a trois ans: « Aux USA, on assiste à une forte pression en faveur de l’élevage sans antibiotiques. C’est pourquoi je m’y suis lancée, et j’ai monté dans la filière de valeur. Je n’ai rien contre les poulets élevés conventionnellement, mais il n’y aussi rien de mal fait avec les miens. Cependant, leur coût de production est trois fois plus élevé, et c’est surtout dû à leur alimentation. »

Pour réduire le temps de conversion au bio, le sol tout autour des étables a été enlevé et remplacé par des pierrailles. « Auparavant, nous épandions du glyphosate, mais pour être bio, le sol doit être nécessaire indemne de substances de protection des cultures. »

Georgie n’est pas seulement éleveuse, elle travaille également à l’université du Delaware. Elle y donne des cours aux agriculteurs, les suit et améliore leur relation avec le secteur de la volaille, également au niveau commercial. Elle connaît bien l’histoire de la volaille aux Etats-Unis.

Georgie explique sa démarche : « Aussi bien dans mon exploitation que dans mon travail, j’essaie de reconnecter le consommateur, ou les personnes qui viennent ici, avec le secteur avicole. Comme je ne suis pas toujours dans la ferme, je collabore avec une autre personne. Elle doit tenir l’exploitation à l’œil quand je pars. Beaucoup de fonctions sont automatisées, c’est une aide importante. »

148.000 poulets dans 4 étables

Le domaine de Georgie comprend 4 poulaillers qui mesurent, chacun, 20 m sur 183 m. Chaque poulailler héberge 37.000 poulets. Des parcours extérieurs sont prévus pour ces 148.000 poulets. Les bestioles peuvent donc sortir. Du matériel d’enrichissement de leur environnement a été installés, notamment des petits abris sous lesquels les animaux peuvent venir se protéger du soleil et de la chaleur. Par poulailler, quinze petites portes ouvrent sur l’extérieur. « Mais les poulets ne vont pas toujours dehors. Tout est prévu dans leur logement : eau, alimentation et bonne température. Nous prévoyons aussi de l’eau à l’extérieur mais nous nous arrangeons aussi pour que la température intérieure soit légèrement inférieure à celle de l’extérieur. » Au dehors, il y a aussi des dangers, un risque accru de maladies et l’irruption de prédateurs. « Un jour, un renard nous a tué 1.000 poulets dans le bâtiment. »

Les poussins arrivent à la ferme le jour de leur éclosion, et elle les élève durant 7 semaines. Les poulets pèsent alors en moyenne 3 kg. Cela veut dire que chaque ronde de poulets représente 414.545 kg de viande. Georgie aime les chiffres. Elle produit un total annuel de 2.268.000 kg. Ce qu’elle résume de la façon suivante : « L’Américain moyen mange 38 kg de poulet par an. Je nourris donc chaque année 59.808 personnes. »

Economie florissante au Delmarva

Les Etats de l’Est des Etats-Unis sont plus petits que les Etats de l’Ouest américain. Le Delaware, le Maryland et la Virginie occupent totalement la péninsule Delmarva (mot-valise DelawareMarylandVirginia), située entre la baie de Chesapeake et le fleuve Delaware sur la côte orientale des Etats-Unis. Le Delaware occupe la partie orientale du Delmarva, et sa côte orientale est délimitée par le fleuve Delaware.

On y trouve de grandes entreprises spécialisées dans la viande de volailles, dont Tyson, Amick Farms, Allen Harim, Coleman Organic, Perdue et Mountaire. Ces entreprises lui achètent ses poulets. « Nous pouvons nous estimer heureux d’avoir cette concurrence, car ailleurs, dans d’autres parties des Etats-Unis, il n’y en a souvent qu’une ou deux pour qui on peut élever des poulets.

Elle a conclu des contrats avec les entreprises : « Ils nous fournissent la nourriture et les poussins. Je dois m’arranger uniquement qu’ils poussent en bonne santé. Je m’occupe de la gestion journalière, de la bonne qualité de l’air, des étables, de l’électricité… Naturellement, je peux changer d’entreprise, mais dans un tel cas, cela peut apporter une mauvaise réputation à l’agriculteur. »

Dans le Delmarva, on recense 1.736 éleveurs de poulets et 14.500 personnes employées dans le secteur. Un emploi dans l’élevage engendre 7 emplois dans cette communauté. Le Delmarva ne fournit pas beaucoup d’œufs, car les voies aériennes vers l’Amérique augmentent les risques d’influenza (grippe aviaire).

En revanche, les labels sont nombreux, ce qui s’explique par l’exportation de la viande de volaille vers 181 pays. Il y a les poulets de chair conventionnels, les jeunes coqs et les poulets au maïs, tous élevés à partir d’une alimentation à base d’OGM. Ensuite, il y a les volailles sans antibiotiques, les ABF (antibiotic free), les volailles sans jamais d’antibiotiques, les NAE (no antibiotics ever), et les poulets élevés biologiquement. « Ces termes entraînent la confusion chez le consommateur car, finalement, aucun poulet n’a jamais reçu d’antibiotiques. On trouve encore sur certains emballages : Sans hormones, sans stéroïdes. Il faut remarquer que ces substances ne sont plus autorisées depuis 1950, mais rien que le fait de les signaler sur les emballages suscite le sentiment qu’elles sont toujours utilisées, sauf lorsqu’il y a mention du contraire. Et pourtant, ce n’est pas le cas, car tout est contrôlé par l’USDA. » Ce dernier n’est autre que le Département (ministère) américain de l’Agriculture.

Une alimentation végétale…

L’activité agricole au Delaware dérive, à 70%, de la volaille. Le chiffre de vente des poulets se monte à 3,2 milliards de dollars, le coût alimentaire atteint 997 milliards de dollars. Les poulets reçoivent principalement du maïs et des fèves de soja, qui sont leur principale source de protéine. «Le tout est transformé en farine. Depuis les années 1950, une transition s’est faite vers une alimentation totalement végétale pour les poulets. »

Pour Georgie, l’alimentation représente 85,4 milliards d’épis de maïs et 35,5 milliards de gousses de soja. Chaque ronde de poulets consomme 680.400 kg d’aliments, ce qui, pour elle, se traduit par 3.855.600 kg d’aliments par an. Les céréales bio sont peu cultivées dans le Delaware et dans le Delmarva. La majorité de l’alimentation est génétiquement modifiée. Il n’en est pas question dans un aliment bio.

« Les grains destinés aux poulets viennent de Turquie et d’Argentine. On fait beaucoup pour stimuler l’agriculture bio, mais elle est compliquée chez nous. La durée de la conversion au bio dure 3 ans, et elle n’empêche pas de courir encore le risque de fécondations croisées. Il y a, certes, des fonds pour qui soutiennent les agriculteurs en conversion vers le bio. En outre, il est certain que l’empreinte sur l’environnement est plus faible qu’en agriculture conventionnelle. En fin de compte, c’est vous qui devez déterminer ce qui est important pour vous. Je trouve que toutes les options doivent rester ouvertes pour l’avenir, aussi bien le bio, l’élevage sans antibiotique que le conventionnel. Les gens doivent se tourner vers la science, et ne pas se laisser guider que par des émotions. »

… avec probiotiques

Parce qu’elle travaille en bio, Georgie a dû non seulement changer toute la litière mais aussi tout désinfecter. Elle évite aussi les antibiotiques. « Tout ce qui est utilisé maintenant dans l’élevage doit être certifié bio. J’emploie du vinaigre de cidre, de l’origan, du sulfate de cuivre et de la citronnelle. Le plus grave problème, en élevage bio et sans antibiotique, concerne l’état sanitaire de l’intestin des oiseaux. La coccidiose et l’entérite nécrotique sont les plus grands défis. Les produits que j’utilise, je les emploie comme une sorte de probiotiques dans l’alimentation.

De 900 grammes à 4 kg par poulet

Georgie tient à mettre les choses au point : « Il existe une conception erronée, à savoir que les poulets ne deviennent si gros que grâce aux hormones et aux stéroïdes. En 1957, il fallait 8 semaines pour obtenir un poulet de 900 grammes. Actuellement, en 8 semaines, l’agriculteur élève un poulet qui pèse 4 kg. C’est dû à de nombreuses améliorations, dont celles réalisées par la génétique. Dans les fermes, on choisit les poules et les coqs les plus prometteurs pour les caractéristiques désirées, et on les croise. »

L’alimentation joue un grand rôle également pour qu’ils arrivent à maturité en si peu de temps. Georgie sourit : « L’alimentation change 4 à 5 fois au cours de leur courte vie. Nous en connaissons plus sur l’alimentation des volailles que sur l’alimentation humaine.

Les logements ont subi également beaucoup d’améliorations et celles-ci sont favorables à la santé animale, quand c e n’est pas pour l’améliorer. Les poulaillers de Georgie sont tous dotés d’une ambiance contrôlée : la température peut être réglée au point que les animaux ne souffrent jamais de stress dû à la chaleur. Georgie s’est organisée pour avoir un système fermé pour l’approvisionnement en eau : « De cette manière, l’entrée en contact avec les bactéries est réduit. » En plus, chaque poulailler a sa propre source en eau de puits.

La technologie change, et cette spécialiste n’y voit que des avantages. Grâce aux applications sur son smartphone, elle peut gérer la ventilation, elle sait la quantité d’eau bue par les poulets ainsi que la consommation d’aliments : A présent, une seule personne suffit pour faire tourner l’exploitation agricole. Il y a 25 ans, un travail à plein temps ne parvenait pas à faire la moitié. En outre, la nourriture est plus sûre, nous sommes plus efficaces et plus en phase avec l’environnement.»

La litière coûte cher

Georgie a décidé d’élever ses poulets sur une litière réutilisée, un système qui n’existe pas en Europe : « En Europe, le poulailler est nettoyé après chaque ronde, on épand une nouvelle litière. Chez nous, la litière est très coûteuse, nous devons agir d’une autre façon. » Elle subit un conditionnement lors du vide sanitaire.

Cela se fait à l’aide d’un polariseur qui décompose le fumier à plus de 30% d’humidité relative. Après, la litière est séchée, la température est portée à 140°C. Les éventuels agents pathogènes sont tués. La litière ainsi désinfectée est, ensuite, épandue dans les poulaillers.

Tout n’est pas mauvais dans cette technique, il faut bien réduire la proportion de bactéries nuisibles. La litière remise dans les poulaillers assure donc une meilleure résistance chez les poulets. La litière est complètement renouvelée chaque année. Ce n’est pas le cas partout. Georgie : « Certains changent la litière tous les deux ans, et il y en a même qui vont jusqu’à 8 ans. L’essentiel, c’est d’avoir toujours une litière suffisamment sèche pour le bien-être des animaux.

Le ministère sensibilise à l’environnement

Georgie fait le maximum pour la conscientisation à l’environnement, grâce au National Resource Conservation Service ou Ncrs, (service national pour la conservation des ressources) du ministère de l’Agriculture. Elle a pu mettre en place différentes mesures : des dalles pour le transport, un bâtiment pour stocker le fumier, un composteur et des arbres pour tamponner l’ambiance dans les parcours extérieurs. « Sans ces aides, je ne pouvais pas y parvenir. Nous sommes ici près de la baie de Chesapeake et les agriculteurs sont les premiers à devoir contribuer à l’amélioration de l’environnement. Nous sommes au début de la chaîne… »

Le bâtiment de stockage du fumier a été construit parce que le fumier ne peut pas être directement épandu dans les champs. Le bâtiment empêche toutes pertes dans l’environnement. Les dalles permettent de supporter un trafic de poids lourds, jusqu’à la ferme. Les arbres embellissent l’environnement, absorbent les poussières et les plumes venant de la ventilation. « Plus tard, j’aurai des hautes herbes. Cela donne aussi de l’ombrage aux poulets. »

Les animaux morts de son exploitation sont compostés sur place, dans une enceinte de compostage qui, selon Georgie, lui fournit quelques avantages : le compostage a lieu dans une atmosphère contrôlée et la matière compostée perd 8% de plus qu’un compostage conventionnel.

Enfin, elle s’intéresse à l’efficience énergétique. Après la ventilation, elle a acheté des lampes LED pour éclairer les poulaillers. Elle compte également investir dans l’énergie solaire. Les frais énergétiques sont, pour le moment, le plus gros poste de frais pour Georgie : « L’énergie représente entre 35.000 et 40.000 dollars par an. Réduire ces frais n’est pas toujours évidents. Par exemple, le tunnel de ventilation, pour le refroidissement des poulaillers, n’est pas efficace sur le plan énergétique. Pour le moment, je ne peux pas le changer, sinon je perds une partie de mes poulets. Il faut toujours savoir peser le pour et le contre. »

MV

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