Les froments et orges sous la loupe du Carah à Ath: les faits marquants de la saison, les variétés et la protection des cultures

Au total, une soixantaine de variétés de blé sont mises en comparaison à Ath au cours de cette saison culturale 2018-2019.
Au total, une soixantaine de variétés de blé sont mises en comparaison à Ath au cours de cette saison culturale 2018-2019.

Parmi les thèmes explorés chaque année par le Centre pour l’agronomie et l’agro-industrie, l’évaluation des fruits de la sélection génétique figure systématiquement en bonne place. Il est vrai que l’amélioration variétale en orge et en froment d’hiver met au jour chaque année des innovations. En outre, il est également très utile de suivre au fil des ans l’évolution du comportement des lignées et hybrides déjà connus.

En escourgeon, 34 variétés sous la loupe…

Sur les 34 variétés d’escourgeon testées cette année à Ath (et à Mainvault), figurent pas moins de 16 nouveautés. Au total, 8 lignées sont résistantes à la jaunisse nanisante de l’orge et 4 le sont aux 2 virus de la mosaïque.

«L’essai sis à Ath a été réalisé le 28 septembre dernier à la densité de 265 grains/m2, contre 200 grains/m2 pour les hybrides. La levée a été très bonne», commente Olivier Mahieu. «L’escourgeon était en avance au mois d’avril en réaction à la douceur du mois de février, mais suite aux dernières semaines plutôt fraîches, jusqu’il y a peu, on se dirige vers une moisson à date normale.» A noter que la canicule de ces derniers jours va vraisemblablement accélérer la maturation des cultures.

Malgré les basses températures rencontrées ponctuellement au printemps, les épis présentaient, lors de la visite, un aspect bien plus flatteur par rapport à l’an dernier. La culture a subi plusieurs orages mais il n’y avait pas de verse dans les parcelles, le jour de la visite. Dans la région, quelques champs ont toutefois été victimes de la grêle, avec malheureusement des pertes de grains au sol.

Un itinéraire cultural sécurisant

Le désherbage des parcelles a été effectué avant l’hiver avec Herold 0,6 l/ha + AZ 500 le 13 octobre; un complément a été apporté au printemps sous la forme de Starane Forte 0,2 l/ha + Allié 15 g/ha le 27 mars.

Olivier Mahieu: «tant en escourgeon qu’en froment d’hiver, la sélection variétale apporte chaque année de nouvelles variétés que l’expérimentation de terrain permet de cerner de plus près en conditions traitées et non traitées.»
Olivier Mahieu: «tant en escourgeon qu’en froment d’hiver, la sélection variétale apporte chaque année de nouvelles variétés que l’expérimentation de terrain permet de cerner de plus près en conditions traitées et non traitées.» - M. de N.

L’azote a été appliqué à la dose totale de 155 N/ha en 3 applications, tandis que deux régulateurs ont été apportés: 0,8 kg/ha de Percival le 29 mars et 0,2 kg/ha de Percival + 0,4 l/ha Ethephon le 22 avril.

La protection insecticide nécessaire à la sécurisation de l’essai a consisté en 2 applications: Patriot Protech 0,4 l/ha + Pirimor 150 g/ha le 17 octobre, et Karaté Zéon 0,05 l/ha le 8 novembre.

Sur le front des maladies, la rouille naine signe son retour avec la présence également de ramulariose et un peu de rhynchosporiose en fin de saison.

Dans les parcelles traitées, Olivier Mahieu a opté pour un ou deux traitements actifs contre l’ensemble de ces maladies à base de 1 l/ha de Fandango le 6 avril au stade 1-2 noeuds, suivi de Ceriax (1,5 l/ha) + Pugil (1 l/ha), le 22 avril au stade 39 - dernière feuille.

Que penser de l’efficacité de la protection fongicide? «La combinaison SDHI + triazole + Bravo préconisée ce printemps a bien protégé le feuillage contre les maladies et les grillures mais les traitements sont en train de lâcher», commentait Olivier Mahieu, le 19 juin. Néanmoins au moment de cette visite, la culture était clairement en train de murir.

... et des essais de protection fongicide

Le Carah poursuit également ses essais consacrés à la lutte contre les maladies cryptogamiques, respectivement à Ath et Molembaix. Sur le premier site, la variété testée est KWS Orbit, sensible à la rouille naine, à la ramulariose et aux grillures, secondairement à l’helminthosporiose et à la rhynchosporiose. A Molembaix, les essais ont été menés sur la variété Rafaela qui a principalement montré de la rouille naine et secondairement de la ramulariose. L’itinéraire phytotechnique mis en place est identique à celui des essais variétaux.

Quant aux produits testés, il n’y avait pas de réelle nouveauté, hormis Simveris, à base de 90 g/l metconazole et Gigant comprenant 125 g/l d’isopyrazam + 150 g/l de prothioconazole.

Les programmes fongicides mis en comparaison ont été réalisés avec des applications aux stades 1-2 nœuds le 5 avril, dernière feuille le 24 avril, et mi-épiaison le 7 mai. Notons que deux «nouveautés» ont été intégrées dans l’expérimentation: Simveris, à base de 90 g/l de metconazole et Gigant, 125 g/l d’isopyrazam et 150 g/l de prothioconazole.

Maladies, lutte et efficacité visuelle

Quant à la pression sanitaire de l’essai à Ath, avant l’entrée officielle de l’été, Olivier Mahieu indiquait essentiellement la présence de la rouille naine et de la ramulariose. L’an dernier, on se souvient que les soucis venaient de l’helminthosporiose.

«Sur la base des cotations du 31 mai, du 8 juin et du 18 juin, en traitement unique à la dernière feuille, ressortent les traitements à base de SDHI et prothioconazole, plus efficace sur ramulariose. Sans l’ajout de chlorothalonyl (Bravo), les produits qui ressortaient postivement visuellement sont l’Aviator, le Velogy Era et le Variano Xpro. L’apport du Bravo fait progresser la note globale de l’Aviator du 18 juin, de 2,15 à 4,25.»

En l’absence d’helminthosporiose, les mélanges 3 voies SDHI, triazole, strobilurine n’ont pas fait la différence comme en 2018.

Du côté des programmes à plusieurs traitements, les combinaisons visuellement les plus efficaces sont des solutions faisant intervenir le chlorothalonil comme complément aux SDHI en T2.

Les traitements fongicides sans chlorothalonil sont moins performants en termes de rémanence sur ramulariose.

Sans chlorothalonil, la combinaison Kantik + Comet New, suivi de Velogy Era semble se détacher légèrement des autres combinaisons testées.

Le remplacement du chlorothalonil par le mancozèbe à 2 kg/ha est moins performant que ce dernier, mais se montre intéressant contre la ramulariose.

Le froment également

Après les orges d’hiver, place au froment d’hiver. Olivier Mahieu fait un rapide point de la situation propre à la région. «Les semis se sont déroulés facilement dans des sols parfois trop secs mais avec une bonne structure. L’hiver s’est montré assez pluvieux tandis que le printemps a souffé le chaud et le froid. Le blé n’a jamais vraiment été en avance si ce n’est à la fin avril. Cette petite avance a ensuite totalement fondu durant les mois de mai et juin trop frais pour la saison.» Depuis cette visite du 19 juin, un épisode caniculaire a vu le jour et pourrait changer une nouvelle fois le cours des choses.

Sur le plan sanitaire, l’expérimentateur relève que la rouille jaune est apparue tôt dans certaines variétés et a pu proliférer durant toute la montaison des blés, touchant parfois sévèrement des variétés qui ne sont pas toujours réputées très sensibles. «Ce phénomène confirme qu’en fonction du climat, il est bien difficile de prédire quelle race du pathogène aura le dessus d’une année à l’autre. D’où l’importance de contrôler son champ dès les premières alertes pour lutter à bon escient contre cette maladie.»

Le temps pluvieux du mois de mai a largement favorisé le développement de la septoriose bien visible dans les essais, le 19 juin.
Le temps pluvieux du mois de mai a largement favorisé le développement de la septoriose bien visible dans les essais, le 19 juin. - M. de N.

Le temps pluvieux du mois de mai a été très favorable au développement de la septoriose bien présente dans les essais au moment de la visite. Le temps humide durant la floraison a fait craindre la fusariose mais il n’y avait pas de signe clair de la présence de la maladie.

La rouille brune profitait des températures un peu plus élevées pour s’étendre mais elle était encore assez discrète avant l’envolée des températures.

Quelques pucerons de l’épi et des lémas ont été observés au moment de l’épiaison. Les cécidomyies ont fait l’objet d’un avertissement mais il semble elles aient été finalement peu présentes en Hainaut.

A l’étude, une soixantaine de variétés...

L’évaluation des progrès de la sélection génétique fait également partie des priorités de l’expérimentation menée par le Carah sur le froment.

Aux côtés d’un essai plus spécifiquement réservé à 8 variétés précoces, prend place la mise en comparaison d’une soixantaine de variétés plus « classiques » dans différents programmes de protection contre les pathogènes.

... et une multitude de solutions pour la protection fongicide

Un important essai d’une quarantaine d’objets orienté sur les programmes proposés par les firmes phytopharmaceutiques et les stratégies mises en avant par le Carah est déployé en matière de lutte contre les maladies du froment d’hiver. Il prend place à Ath et Melles respectivement sur les variétés Henrik et Bergamo, toutes deux sensibles à la septoriose. A la fin de la 2e décade de juin, on observait sur les deux sites choisis une présence forte de septoriose, une pression légère en rouille brune et un peu de fusariose de l’épi.

«Parallèlement à cette expérimentation, nous prenons également part à d’autres essais de protection du froment qui s’intégrent dans un réseau plus large regroupant différents partenaires actifs dans la recherche et l’expérimentation (Carah, Cra-w, Ulg Gbx Agro bio tech et Cpl Végémar) avec un protocole commun (une vingtaine d’objets) sur plusieurs sites dans le pays. Les résultats de cette expérimentation seront analysés et exposés lors de conférences hivernales et dans l’édition du Livre blanc des céréales de février prochain.

Propos recueillis par M. de N.