The Speed L. Ranch, un ranch au cœur de l’Ardenne

Issue d’une famille d’agriculteurs et aidante durant plusieurs années, Laurence ne s’est jamais vraiment éloignée du milieu agricole. « J’ai toujours eu des chevaux et j’ai acheté mes premières vaches et mes premiers moutons il y a 7 ans. Grâce à mon frère agriculteur, j’ai ensuite eu l’occasion d’acquérir une parcelle à Remoiville (Vaux-sur-Sûre), juste à côté de sa propre ferme. J’ai alors pu m’installer comme agricultrice et débuter la construction du ranch. Aujourd’hui les animaux sont bien installés, il nous reste encore à finaliser la maison », explique Laurence.

Entraide et activités complémentaires

L’éleveuse travaille en Cuma avec son frère et son cousin. « Le matériel appartient à la Cuma, nous lui louons en fonction de nos besoins et c’est elle qui rembourse les prêts. Pour moi, cette manière de fonctionner est un véritable atout ».

Laurence travaille également comme indépendante en parcs et jardins et pour le service d’hiver. « La ferme ne suffit pas et j’ai encore des travaux sur le feu. Je poursuis donc mon activité d’indépendante en parcs et jardins et pour le service d’hiver. Au printemps et en été, je m’occupe des tontes et de l’entretien des jardins ; durant l’hiver, je travaille au salage et déneigement des autoroutes ».

Dans ce contexte, le caractère rustique de ses bêtes Hereford est avantageux. « Début du printemps, c’est un peu chaud pour tout combiner car il y a la mise en pâture mais, ensuite, ça se coordonne bien. Cette race demande moins de surveillance, ce n’est donc pas un problème quand je suis sur les routes. J’ai des prairies jusqu’à 50 km de la ferme, dans la région où j’habitais auparavant, mais je travaille régulièrement dans le coin et peux aussi compter sur des amis pour jeter un coup d’œil. De même, quand je suis retenue au déneigement, je peux compter sur mon compagnon ou mon frère pour soigner ou garder un œil sur les bêtes ».

Pourquoi l’Hereford ?

Quand on demande à Laurence pourquoi l’Hereford, elle explique : « J’ai toujours été passionnée de Western. J’avais les Quarter Horse et, les vaches qui y sont souvent associées sont les Hereford. Ça semblait logique. À côté de Bastogne, dans le berceau du Blanc-Bleu belge, c’est une race atypique et on m’a quand même prise pour une folle au départ ».

Elle continue : « J’ai commencé par acheter deux vaches et deux veaux en Irlande, plus pour le loisir qu’autre chose mais, j’en suis tombée amoureuse. Tout s’est enchaîné et, aujourd’hui, je possède 65 bovins. Je suis allée chercher des animaux en Pologne et en France. Les opportunités sont rares et il faut aller vite quand elles se présentent. Mon premier taureau vient de France et j’en ai récemment acquis deux nouveaux aux Pays-Bas. J’occupe de nombreuses petites pâtures. Pour assurer, il m’est donc nécessaire d’avoir au moins deux taureaux ». Les animaux de Laurence sont inscrits au herd-book français car il n’y a pas de herd-book Hereford en Belgique. Sept autres éleveurs belges sont dans le même cas.

L’élevage compte chaque année 25 vêlages. Les génisses sont inscrites et vendues pour l’élevage. Les taureaux sont castrés à un an et tués vers 2,5- 3 ans. La ferme en abat 5 à 6 par an et leur viande, très rouge et marbrée, est vendue sous forme de colis de viande mais aussi dans une boucherie spécialisée dans la viande maturée à Verviers.

Les animaux de Laurence sont inscrits au herd-book français car il n’y a pas de herd-book Hereford en Belgique.
Les animaux de Laurence sont inscrits au herd-book français car il n’y a pas de herd-book Hereford en Belgique. - DJ

L’abattage à la ferme pour respecter l’animal jusqu’au bout

Laurence est très attachée à ses animaux : « Quels que soient les animaux, j’ai beaucoup de mal à les voir partir, sauf quand ils souffrent, alors j’estime qu’il faut prendre ses responsabilités et les aider à partir correctement. Après, je sais que mes bovins sont destinés à produire de la viande, n’empêche que c’est compliqué pour moi de les envoyer à l’abattoir. Même si je sais que le travail y est bien fait, je trouve que le transport génère beaucoup trop de stress. Je milite vraiment pour l’abattage à la ferme. C’est la seule manière d’être sûre que ma bête a été respectée de A à Z ».

Des Quarter Horse au caractère pacifique

Les chevaux ont quant à eux presque toujours fait partie de la vie de Laurence. C’est d’ailleurs, son premier cheval qui a donné son nom à l’exploitation. « Speed est le prénom de mon premier cheval. Il a aujourd’hui 22 ans et est toujours en bonne forme. Le L, c’est pour mon prénom ou mon nom. Enfin, j’ai choisi l’appellation ranch car elle répond bien à la tradition : comme dans les vrais ranchs, je possède des chevaux et du bétail ».

Le ranch accueille actuellement 18 chevaux, dont 6 poulinières et un étalon de reproduction qui fait les concours. Les chevaux sont tous inscrits aux États-Unis. « Les Quarter Horse sont des chevaux sélectionnés pour leur caractère. Ce sont des chevaux calmes, qu’on utilise en général pour le travail dans les ranchs au milieu des vaches. Ils doivent donc être assez dociles, leur propriétaire doit pouvoir déposer les rennes sans redouter qu’ils ne s’enfuient à l’autre bout de la ferme », explique Laurence. Les Quarter Horse sont également des chevaux puissants, caractérisés par une arrière-main très développée. À l’origine, ils étaient sélectionnés pour leur rapidité sur des courses de sprint d’un quart de mile, d’où leur nom. Ils sont vifs mais redescendent rapidement en pression et sont donc très prisés pour le travail avec le bétail et l’équitation Western. « Par le passé, j’exerçais mes chevaux au tri de bétail mais je ne le fais plus avec mes vaches, elles sont si calmes qu’il n’est pas nécessaire de les rassembler à l’aide des chevaux. Mais, les animaux cohabitent parfaitement dans les prairies ».

Les chevaux de Laurence sont vendus à 6 mois, « Leur caractère est un atout. On les teste souvent au préalable en concours de modèle et allures, ça nous permet de voir ce qu’ils valent par rapport aux autres. Je préfère les vendre jeunes. Dans le cas contraire, ils ne partent pas avant 3 ans mais, ils me coûtent car il faut les débourrer et s’adresser à des professionnels pour les former. C’est alors plus difficile pour moi de gagner ma vie ».

Des moutons pour l’appoint

Pour finir, Laurence élève aussi des moutons. « J’ai choisi l’Entre-Sambre-et-Meuse, une race locale menacée. Néanmoins, la race n’est pas assez conformée. Du coup, je ne tombe pas en première catégorie quand je les vends et la prime ne compense pas la perte. J’ai donc décidé de les croiser avec du Texel. Je possède 45 mères, avec les béliers et les agneaux, je suis actuellement à 100 ovins ». Une spéculation qui pour Laurence est plus prenante que le bétail : « Ça demande plus de travail que les vaches, par contre le troupeau peut s’agrandir assez vite et les agneaux quittent rapidement la ferme. D’un point de vue économique, les rentrées sont plus rapides, c’est assez complémentaire avec la spéculation viande bovine ».

Aujourd’hui, Laurence n’aspire plus qu’à une chose : terminer sa maison et élever paisiblement et dans le respect ses animaux.

DJ

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