(In)accessibles technologies

(In)accessibles technologies
J.V.

Depuis plusieurs années déjà, les constructeurs de machines agricoles et équipements d’élevage orientent le développement de leurs produits vers davantage d’automatisme et de connectivité. Le but : soulager l’agriculteur dans son travail quotidien tout en lui fournissant une série de données devant lui permettre d’accroître les performances technico-économiques de sa ferme. Toutefois, l’essor de ces nouvelles technologies soulève deux questions : lesquelles choisir ? et à quel coût ?

En ce qui concerne le choix des technologies à adopter, chaque agriculteur se doit d’y réfléchir selon les caractéristiques propres à son exploitation et les objectifs qu’il s’est fixés. En témoignent Cindy Rabaey et Christophe Durant, éleveurs à Baudour (lire en pages 15 à 17) : « Nous avons opté pour des robots de traite et d’alimentation car nous sommes à la tête d’une exploitation spécialisée dans la production laitière. À quoi bon investir dans du matériel de culture dernier cri alors que nous ne cultivons qu’une centaine d’hectares, dont la moitié est constituée de prairies ? » L’investissement sera d’autant plus judicieux qu’il permet de gagner en performance et confort de travail. Une réflexion poussée doit guider l’agriculteur vers les technologies qui correspondent au mieux à ses besoins.

Une fois la question du choix résolue, celle du coût, plus cruciale encore, surgit. Sans conteste, les technologies du smart farming sont responsables, du moins en partie, de la hausse du prix du matériel agricole. Et les dépenses grimpent davantage lorsque lesdites technologies sont commercialisées sous forme d’options, parfois très coûteuses bien qu’utiles. En pratique, peu d’agriculteurs wallons optent pour ces nouvelles technologies ; par choix, par absence de repreneur, par manque de fonds ou encore parce que leur parcellaire ou troupeau ne le justifie pas. Les entrepreneurs pourraient, de leur côté, franchir plus facilement le pas vu l’étendue des surfaces qu’ils travaillent. Toutefois, ils peuvent difficilement augmenter le coût de leurs prestations au motif qu’ils disposent de machines plus intelligentes et plus performantes. Comment donc rentabiliser leurs acquisitions ? À ce titre, plusieurs syndicats et fédérations plaident pour une politique agricole commune facilitant l’achat de nouvelles technologies par les agriculteurs et entrepreneurs européens. La généralisation de ces équipements devrait aussi en démocratiser le coût, comme cela s’est vu dans le secteur automobile. Mais cela prendra encore plusieurs années !

Faire son choix peut donc s’avérer relativement aisé ; investir, par contre, constitue un défi d’une tout autre ampleur. Les nouvelles technologies agricoles devraient néanmoins exploser dans les années à venir. Mais avec quelles conséquences – à la hausse ou à la baisse – sur la trésorerie déjà fragile des exploitations agricoles ? Peu le savent, plus rares encore sont ceux qui y pensent, tant ces « outils de demain » leur semble financièrement inaccessibles.

J.V.