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«Il n’y a aucun lien entre le Covid-19 et l’élevage d’animaux de rente»

Il est indéniable que le SRAS-CoV-2, l’agent pathogène à l’origine du Covid-19, est responsable d’un nombre particulièrement important de décès dans la population humaine depuis sa découverte à Wuhan, en Chine, en décembre 2019. Son origine, par contre, demeure incertaine et serait à rechercher chez la chauve-souris, bien qu’un hôte intermédiaire ait été nécessaire pour que le virus passe de l’animal à l’homme. « L’hypothèse selon laquelle l’élevage intensif a joué un rôle dans sa propagation a, quant à elle, été complètement réfutée », insiste Hans Nauwynck, virologue à l’Université de Gand.

Temps de lecture : 8 min

L’histoire semble se répéter… Après les épidémies de SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) en 2003 et de MERS (syndrome respiratoire du Moyen-Orient) en 2012, nous voilà touchés par le Covid-19, provoqué par le SRAS-CoV-2. Encore un coronavirus…

Les chercheurs du monde entier s’accordent à dire que les agents pathogènes responsables de ces maladies trouvent leurs origines chez les chauves-souris. La manière dont le virus passe de l’animal à l’homme est également connue : un hôte intermédiaire, plus proche de l’homme que la chauve-souris, intervient. Pour le SRAS et le MERS, ils ont été identifiés. Dans le premier cas, il s’agissait de la civette ; pour le second, du dromadaire.

Et si ce n’était pas le pangolin ?

Concernant la propagation du Covid-19 de l’animal à l’homme, des inconnues subsistent, notamment au niveau d’un possible hôte intermédiaire. Pour identifier ledit hôte avec certitude, il faudrait qu’il soit porteur d’une souche de SRAS-CoV-2 dont le matériel génétique est quasi identique à ce que l’on a observé chez l’homme.

Jusqu’ici, on a souvent considéré que le pangolin avait joué ce rôle. Bien qu’appartenant au rang des espèces menacées, cet animal fait, en effet, l’objet d’une consommation illégale en Chine.

« Les éleveurs savent très bien comment travailler et ce qu’est la quarantaine. La distanciation sociale est donc appliquée dans l’agriculture depuis un certain temps déjà », explique Hans Nauwynck, qui réfute tout lien entre Covid-19 et élevage.
« Les éleveurs savent très bien comment travailler et ce qu’est la quarantaine. La distanciation sociale est donc appliquée dans l’agriculture depuis un certain temps déjà », explique Hans Nauwynck, qui réfute tout lien entre Covid-19 et élevage. - Hans Nauwynck

Hans Nauwynck suit de près les recherches liées au Covid-19 et écarte cette hypothèse. « Des scientifiques ont avancé cette possibilité, constatant que le coronavirus identifié chez l’homme serait similaire à 99 % à celui retrouvé chez le pangolin. Ils n’ont toutefois comparé qu’une partie du matériel génétique du virus, à savoir son site de liaison avec le récepteur des cellules humaines. Or, c’est bien l’entièreté du matériel génétique qui doit être comparé ! Et là, le taux de similarité n’est que de 92 %. Ce n’est pas suffisant… Dans le cas de la civette comme hôte intermédiaire du SRAS, il n’y avait aucun doute. »

De nombreuses questions… et peu de réponses

De nombreuses questions sont encore sans réponse et différentes pistes sont suivies pour éclaircir la situation. La possibilité que le SRAS-CoV-2 ait été créé par l’homme dans un laboratoire de Wuhan a été un temps évoquée, avant d’être réfutée. Les recherches génétiques ont montré que le SRAS-CoV-2 ne comporte aucun matériel génétique issu d’autres virus.

La question se pose également de savoir si un hôte intermédiaire est réellement impliqué. Dans une publication scientifique récente sur l’origine du virus, des scientifiques avancent l’hypothèse qu’un précurseur du SRAS-CoV-2 ait touché l’homme et se soit transmis d’individus en individus, avant de muter et d’adopter la forme agressive que nous connaissons et qui est responsable de l’actuelle pandémie. Dans cette hypothèse, le pangolin pourrait conserver sa place d’hôte d’intermédiaire : si le virus s’est adapté à l’homme, sa ressemblance avec la souche animale peut avoir quelque peu diminué.

Hans Nauwynck n’exclut aucune piste : « Nous ne savons rien avec certitudes, et certaines questions n’obtiendront, peut-être, jamais de réponse… Les scientifiques ne manquent pas de travail ! »

Ne pouvons-nous rien apprendre du patient zéro, le premier à avoir été contaminé par l’agent pathogène ? Selon le virologue, celui-ci n’est pas connu. « Le premier patient présentant des symptômes cliniques (toux, essoufflement…) est identifié. Mais la date à laquelle le premier individu a contracté le virus demeure un mystère. »

Si le pathogène était déjà présent dans la population depuis un certain temps, sans provoquer de symptôme, le patient zéro ne pourra pas être retrouvé. « Ce qui est dommage, car nous souhaitons savoir comment et où il vit ou a vécu. »

Aucun lien avec l’élevage intensif

Selon M. Nauwynck, l’affirmation de Gaia selon laquelle il existe un lien entre le Covid-19 et l’élevage intensif est incorrecte. « Il est vrai que les virus se propagent plus rapidement dans un milieu où la densité de population est élevée. Plus il y a de personnes ou d’animaux dans un périmètre donné, plus la probabilité de contact, et donc de transmission d’un agent pathogène, est élevée. C’est d’ailleurs pour cela que nous devons rester à 1,5 m les uns des autres. Cela complique la propagation du SRAS-CoV-2. »

Nous devrions plutôt réfléchir à notre position dans la société en tant qu’êtres humains. « Nous sommes nombreux sur la planète, mais il y aussi énormément d’animaux d’espèces diverses et variées. Nous sommes si nombreux que nous commençons à empiéter sur les territoires des autres… Lorsque des zones telles que les forêts tropicales sont remaniées par l’homme, la proximité entre les animaux sauvages augmente, de même qu’entre les animaux et l’homme. Avec quelle conséquence ? Les virus peuvent plus facilement passer de l’un à l’autre. »

Nombreuses sont également les personnes à penser qu’il est normal de partir 3 à 4 fois par an en vacances, parfois dans des destinations lointaines. « C’est comme cela que l’on ramène un virus comme souvenir… »

L’agriculture, un modèle de biosécurité

L’agriculture endosse généralement le rôle de bouc émissaire, car les animaux sont souvent proches les uns des autres dans les élevages. Il est vrai que cela a posé problème à une certaine époque. « Les porcs, par exemple, étaient issus de plusieurs fermes puis rassemblés en une seule porcherie d’engraissement. Vous pouviez être sûr que des problèmes respiratoires, des diarrhées… se manifestaient deux ou trois jours après leur arrivée », explique Hans Nauwynck.

En matière de biosécurité, le secteur a énormément évolué. « Les éleveurs savent très bien comment travailler et ce qu’est la quarantaine. Lorsque de nouveaux animaux arrivent sur leur exploitation, ils sont isolés durant un certain temps et gardé sous observation. Ils ne rejoignent le troupeau qu’une fois tout risque écarté. La distanciation sociale est donc appliquée dans l’agriculture depuis un certain temps déjà. »

Bij biologische landbouw lopen de dieren meer buiten waardoor de kans op contact met wilde dieren – en hun ziektes – groter is dan bij de intensieve landbouw.
Bij biologische landbouw lopen de dieren meer buiten waardoor de kans op contact met wilde dieren – en hun ziektes – groter is dan bij de intensieve landbouw. - Foto: LBL

Certaines personnes estiment que ce que l’on préconise pour l’homme doit être transposé aux animaux. « Malheureusement, cela s’explique par leur manque de connaissance du monde agricole… Ils ne savent pas que beaucoup y est fait pour empêcher la propagation de bactéries et virus, développer de nouveaux vaccins et accroître le bien-être animal. »

Proximité et air libre, deux sources de risques

« Si Gaia proclame que tous les problèmes viraux et bactériens peuvent être attribués à l’agriculture intensive, alors c’est un lourd mensonge », poursuit-il. « Bien que j’apprécie beaucoup l’agriculture biologique, je peux affirmer que des problèmes viraux peuvent se manifester aussi bien en agriculture dite intensive que biologique. » D’un côté, la proximité entre les animaux peut être source de problèmes. De l’autre, les animaux sont davantage en plein air, ce qui favorise les contacts avec la faune sauvage et ses pathogènes.

L’agriculture « dans l’arrière-cour » est également pointée du doigt. « En Chine, il est fréquent que les familles élèvent quelques animaux, tels que des porcs, dans leur arrière-cour. Ces gens ne sont pas agriculteurs à proprement parler, mais travaillent souvent dans des fermes. » Une pratique que le virologue juge dangereuse. « C’est ainsi que la peste porcine africaine s’est répandue dans le pays et que l’élevage porcin y est, aujourd’hui, au plus mal. »

Des situations bien différentes…

Gaia souhaite que cessent les souffrances animales. « C’est normal et je le comprends parfaitement. Moi aussi je désire que cela s’arrête… Mais l’agriculture n’est pas la cible à viser. Le Covid-19 ou le Sras n’y trouvent pas leurs origines. »

Tout comme l’Ebola, dont le virus a également été propagé par des chauves-souris en Afrique. Celles-ci ont infecté des singes qui ont ensuite été tués et mangés par des chasseurs et leurs familles. À leur tour, ils se sont retrouvés infectés par l’agent pathogène.

« Le Sras, l’Ebola ou le Covid-19 se sont probablement propagés en raison de pratiques obscures ou malveillantes. Je suis d’accord avec Gaia sur le fait qu’il faut y mettre un terme. Cependant, j’ai du mal à comparer ce type de pratiques ou de situations avec des porcs, bovins ou volailles présentant des signes, respectivement, de peste porcine, de maladie de la vache folle et de grippe aviaire. Ce sont des situations tout à fait différentes ! » (NDLR : Hans Nauwynck fait ici référence à une publicité de Gaia parue dans plusieurs médias et sur lesquelles figurent un pangolin, une civette, une chauve-souris, un porc, une vache et une poule)

« Différentes dans le sens où, d’une part, la grippe aviaire est transmise directement par des oiseaux sauvages migrateurs aux volailles d’élevage et, d’autre part, la peste porcine est présente dans les populations de sangliers. Nos animaux de rente ne sont en rien responsables de l’apparition de ces maladies mais il faut néanmoins les en protéger, par diverses mesures de protection. La maladie de la vache folle trouve son origine dans une mauvaise préparation des farines animales, qui n’étaient plus assez chauffées que pour en éliminer les prions qu’elles contenaient éventuellement. Aujourd’hui, les pratiques ont changé. » Ce sont donc des situations bien différentes de celle que l’on connaît actuellement avec le Covid-19…

D’après Marlies Vleugels

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