La forêt wallonne en danger… sauf le peuplier!

La forêt wallonne en danger… sauf le peuplier!

Pendant ce temps, le peuplier a particulièrement bien tiré son épingle du jeu. Si la situation sanitaire des peupleraies était problématique à la fin du 20e siècle, l’obtention de nouveaux cultivars et, sans doute, le changement climatique ont assuré au peuplier une croissance remarquable.

Des mesurages fréquents et répétés permettent d’objectiver le regain d’intérêt pour le peuplier, toutes variétés confondues.

Quelques chiffres suffisent pour confirmer cet état de fait : l’augmentation moyenne des accroissements en circonférence pour les années 2017, 2018, 2019 et 2020 s’élève respectivement à 6,4 ; 14,3 ; 9 et 6,8 %. Une corrélation parfaite a pu être établie avec la température du mois de juillet de chacune de ces années, et parallèlement avec le nombre d’heures d’ensoleillement de ce même mois.

La pluviométrie ne semble pas être un facteur limitant. La répartition des précipitations est assez régulière d’une année à l’autre, même si juillet 2018 fut légèrement moins pluvieux. On peut penser que les peupliers, étant généralement installés dans des sols hydromorphes, ont pu adapter leur enracinement, bénéficient d’un apport d’eau suffisant et n’attendent pas… l’eau du ciel !

En outre, pour qui s’intéresse quelque peu à la populiculture, on remarque que la généralité des peupliers présente un aspect particulièrement sain et vigoureux, contrairement aux constatations faites au cours des années 1990 à 2000.

Il est probable que l’obtention de croisements à partir d’origines plus méridionales a permis d’anticiper l’évolution climatique.

Quelles conclusions peut-on déduire ?

Bien évidemment, que le peuplier mérite d’être reconnu à sa juste valeur tant paysagère qu’économique.

Paysagère d’abord : pouvez-vous imaginer nos campagnes privées de leurs alignements de peupliers ou de leurs peupleraies dans les vallées alluviales ? Poser la question, c’est y répondre.

Économiquement : nos peupliers sont reconnus pour leurs qualités et à ce titre exportés majoritairement vers les pays asiatiques (Chine, Inde, Japon) pour nous revenir ensuite sous la forme de panneaux lamellé-collé principalement, alors que nous disposons d’industries susceptibles de les employer. Qu’en pensent les écologistes, souvent critiques à l’égard de la plantation de peupliers ?

Ne serait-il pas temps que nos décideurs politiques envisagent de reconsidérer leur position vis-à-vis de la populiculture ? Que la ministre Céline Tellier inclue le peuplier dans ces 4.000 km de haies (!), que l’administration wallonne revoie sa position en favorisant non seulement la plantation (avec ce qu’elle comporte de main-d’œuvre pour ses différentes opérations : pépinières, plantations, entretiens, élagages) mais aussi et surtout l’utilisation locale du peuplier plutôt que son exportation.

À l’heure où une crise économique sans pareille se profile à l’horizon, il serait certainement utile de favoriser une populiculture régionale dans une économie en mutation.

Gilbert Picron

Le direct

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