La viande artificielle n’est pas la solution, disent les organisations agricoles

Pour continuer de réduire l’impact de la production de protéines animales sur le climat, une des clés pour le secteur de l’élevage, réside dans l’innovation, défend le Copa-Cogeca.
Pour continuer de réduire l’impact de la production de protéines animales sur le climat, une des clés pour le secteur de l’élevage, réside dans l’innovation, défend le Copa-Cogeca. - M. de N.

La viande artificielle que certains voudraient voir remplacer la viande conventionnelle ne permettra pas de répondre aux défis environnementaux et climatiques, au contraire, préviennent les organisations professionnelles européennes dans une tribune. Une récente analyse montre pourtant qu’en matière d’émission de gaz à effet de serre, cette production in vitro peut faire mieux que l’agriculture. Mais d’autres questions se posent en termes de biodiversité et de développement des territoires notamment.

« À l’approche du sommet des Nations unies sur les systèmes alimentaires, nous observons une montée en puissance des discours favorables à la viande synthétique, produite en laboratoire, auprès de certains leaders d’opinion, en dehors de la communauté agricole », s’inquiète dans une tribune publiée au début mars par European Livestock Voice, la présidente des organisations et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca) Christiane Lambert. Pourtant, dénonce-t-elle, « affirmer qu’un régime alimentaire dépourvu de « vraie viande » et qu’une Europe sans élevage constituent des réponses aux défis que représente le changement climatique est inexact et pourrait se révéler catastrophique pour notre alimentation, nos territoires, notre environnement, la diversité et notre culture ».

Analyse de cycle de vie

Pour l’organisation professionnelle, quel que soit le scénario envisagé, trois conséquences au moins se dégagent nettement en cas de transition vers une filière viande à 100 % synthétique : l’Europe perdra un champion de la bioéconomie (utilisation des fourrages, production d’engrais organiques, sous-produits…) ; les zones rurales européennes deviendront désertes et la production alimentaire sera concentrée entre les mains de quelques entreprises de technologie alimentaire ; et enfin l’empreinte carbone de notre alimentation ne sera pas réduite de manière significative comme le promettent les produits synthétiques de substitution.

Une étude néerlandaise publiée le 9 mars – la première analyse de cycle de vie réalisée en la matière – montre que la production de viande « cellulaire » a la capacité d’avoir une empreinte environnementale moindre que la viande conventionnelle en particulier si l’industrie a recours à des énergies renouvelables. Mais ce travail ne prend pas en compte l’impact positif que peut avoir l’élevage extensif sur la biodiversité ou les sols. Et, souligne le Copa-Cogeca, des questions se posent sur le sérum utilisé pour produire les tissus in vitro (qui provient aujourd’hui de sang de fœtus bovin). « Si nous voulons réellement faire la différence et réduire l’impact de la production de protéines animales sur le climat, nous devons investir dans l’innovation pour le secteur de l’élevage », conclut Christiane Lambert.