Une nouvelle matière active efficace contre la septoriose et les rouilles jaune et brune

Quelques taches de septoriose sont visibles dans les étages foliaires inférieurs mais il est encore trop tôt pour juger la pression  des maladies en froment.
Quelques taches de septoriose sont visibles dans les étages foliaires inférieurs mais il est encore trop tôt pour juger la pression des maladies en froment. - M. de N.

Née en 2019 suite à la fusion des deux géants américains que sont Dow et DuPont, la société Corteva Agriscience est exclusivement tournée vers l’agriculture comme en témoigne son catalogue. Elle dispose, en effet, d’une palette variée de produits de protection des plantes (herbicides, insecticides et fongicides) et s’attelle au développement d’un portefeuille de produits dédiés spécifiquement à l’agriculture biologique. S’y ajoute une gamme de semences (principalement de maïs) commercialisée sous la marque Pioneer acquise en 1999 par DuPont.

Quatre nouvelles matières actives

La firme se targue d’investir annuellement plus de 1,2 milliard de dollars en recherche et développement. Cela s’est récemment traduit par la mise sur le marché de plusieurs nouveautés.

Dans le domaine du traitement de semences, l’insecticide Lumiposa, efficace en colza contre les altises et mouches, et le fongicide Lumiflex, agréé en maïs contre les agents de fonte de semis, ont ainsi vu le jour. S’y ajoutent Lumibio Kelta et Ympact, deux biostimulants destinés à booster la germination, respectivement du maïs et des céréales.

Quatre nouvelles matières actives ont également fait leur apparition sur le marché. En premier lieu, on retrouve l’Arylex active (nom commercial de l’halauxifen-methyl). Disponible en Belgique depuis 2018, cette hormone a pour mission d’éliminer les adventices difficiles en céréales, colza et prairies. L’Isoclast active (nom commercial du sulfoxaflor) est, lui, homologuée sur notre territoire depuis 2020. Cet insecticide doté d’un nouveau mode d’action permet de lutter contre les pucerons et aleurodes en plantes ornementales et maraîchères ainsi qu’en pommes de terre.

Les deux autres nouveautés prennent place au rayon des fongicides : Zorvec active (nom commercial de l’oxathiapiproline), pour la lutte contre le mildiou en pommes de terre, oignons et vignes, et Inatreq active (nom commercial du fenpicoxamid).

Un nouvel outil, au mode d’action inédit

« Inatreq active est le premier représentant d’une nouvelle famille chimique, les picolinamides. Cette matière active se caractérise par son mode d’action totalement inédit permettant de lutter préventivement et curativement contre toutes les souches de septoriose mais aussi préventivement contre les rouilles jaune et brune », détaille Luc Looze, Area manager pour Corteva Agriscience.

Et de poursuivre : « Cette nouvelle matière active cible un site d’action unique et jamais exploité dans la protection fongicide des céréales. Elle ne présente dès lors aucune résistance croisée avec les matières actives déjà commercialisées, comme les SDHI ou les strobilurines. Cela en fait un nouvel outil permettant de mieux gérer l’apparition de souches résistantes ».

Inatreq active se caractérise également par son origine naturelle. Il s’agit en effet d’une forme modifiée d’un principe actif, appelé UK-2A, produit dans la nature par des bactéries du genre Streptomyces. « En pratique, nos équipes multiplient ces bactéries et leur font produire l’UK-2A par fermentation en conditions contrôlées. Celui-ci est ensuite purifié et converti en Inatreq active grâce à une légère modification chimique. » Ladite modification accroît la résistance de la matière active aux UV et lui permet d’être efficace à plus faible dose.

Après application, Inatreq active est reconverti sous la forme UK-2A agissant contre les pathogènes au fur et à mesure de son absorption par la plante et les champignons. La protection de la culture est ainsi assurée.

La persistance du produit est de 5 à 6 semaines. Les tissus foliaires constituent un réservoir de matière active qui sera absorbée ultérieurement par les champignons, en cas d’attaque.

En formulation « i-Q4 »

Inatreq active, c’est aussi une formulation innovante baptisée « i-Q4 ». « Un nom choisi par rapport à ses quatre atouts : rétention, couverture, pénétration et absorption », précise Luc Looze.

Concernant le volet rétention, i-Q4 permettrait une excellente dilution de la matière active, sans influence du pH, de la dureté ou de la température de l’eau. La bouillie serait ainsi plus homogène, pour une pulvérisation uniforme sur la culture. La rétention des gouttelettes par la céréale s’en trouverait également accrue.

« Ladite formulation permet, en outre, un étalement spontané des gouttelettes, pour une couverture de la surface foliaire proche de 100 %. Cela s’accompagne d’une bonne redistribution de la matière active, ce qui permet de protéger les feuilles non développées lors du traitement. »

i-Q4 maintient Inatreq sous sa forme liquide jusqu’à évaporation totale des gouttelettes. « La matière active est ainsi rapidement fixée dans les tissus foliaires. Une demi-heure après son application, elle est déjà protégée du lessivage. »

Enfin, la nouvelle formulation accroît l’absorption, pour un niveau plus élevé de matière active dans les tissus végétaux mais aussi une protection accrue de la face inférieure des feuilles.

Une matière active, trois produits

Aquino, Questar et Peacoq sont les produits à base d’Inatreq active actuellement commercialisés. Tous trois présentent la même composition (50 g/l fenpicoxamid, EC). Ils ont été agréés en froment, triticale, épeautre et seigle d’hiver et de printemps ainsi qu’en blé dur d’hiver.

Ils peuvent être appliqués du stade BBCH 30 au stade BBCH 69 à la dose de 1,5 l/ha contre la septoriose et de 2 l/ha contre les rouilles jaune et brune. « Seule une application par saison est autorisée, en T1 ou en T2. Dans le cadre de la lutte contre la septoriose, un partenaire ayant un mode d’action différent et efficace doit toujours être ajouté à l’Inatreq active pour éviter le développement de souche fongique résistante », insiste M. Looze. C’est pourquoi des packs associant Aquino, Questar et Peacoq à un partenaire sont également commercialisés. Ils sont au nombre de trois : Inatreq + triazole, Inatreq + triazole + strobilurine ou Inatreq + solatenol (SDHI) ; ce dernier pack présentant une meilleure efficacité contre la rouille brune.

Enfin, les mesures de réduction du risque sont assez classiques : zone tampon de 20 m avec technique réduisant la dérive de 75 %.

J. Vandegoor