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Mieux se faire comprendre des chevaux en leur parlant comme à de jeunes enfants

Pour s’adresser à un animal, de nombreuses personnes adoptent instinctivement une manière de parler qui est proche de celle que l’on prend pour parler à un jeune enfant : le ton de la voix est plus aigu et les intonations exagérées. Il en va de même pour beaucoup de cavaliers avec leurs chevaux. Mais ces animaux sont-ils sensibles à cette façon de parler ? Il semblerait que oui.

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Le « mamanais » ou « parentais » est le nom donné, en psychologie, à la manière dont les parents s’adressent à leurs bébés. Cette façon de parler aux jeunes enfants a été très étudiée et on sait qu’elle a de multiples vertus. Elle favorise, notamment, la relation et stimule certains apprentissages. Ce langage se caractérise par l’usage d’une voix plus aiguë, la répétition des mots et la variation des sonorités. Il a aussi une composante émotionnelle positive.

Certains animaux sont aussi réceptifs à cette façon de parler, que l’on nomme chez eux le « pet-directed speech » (ou PDS). C’est le cas des primates ou des chiens : l’humain capte et retient mieux leur attention grâce au PDS. Ces animaux ont alors de meilleures performances pour apprendre.

Une pratique courante chez les cavaliers

De nombreuses études ont également démontré que les chevaux sont très sensibles aux émotions humaines. Une équipe de chercheurs de l’Inrae (Institut national français de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement) et de l’Ifce (Institut français du cheval et de l’équitation) a déjà démontré qu’ils sont capables de reconnaître les expressions sur des photographies de visage humain. Ils sont ainsi plus nerveux face à une expression de colère et plus détendus face à une expression de joie.

Le PDS n’avait cependant jamais été étudié chez les chevaux. Après une enquête préliminaire menée sur les réseaux sociaux auprès de 845 cavaliers et propriétaires de chevaux, cette même équipe a constaté que 93 % d’entre eux parlent régulièrement de cette façon à leurs chevaux. Toutefois, seuls 44 % pensent que les animaux y sont sensibles.

Écoute et compréhension accrues

Pour évaluer l’impact de cette façon de parler sur les chevaux, les éthologues de l’Inrae et de l’Ifce ont mené deux séries de tests avec 20 chevaux qui n’y avaient jamais été exposés.

Lors d’un premier test, chaque cheval était individuellement caressé par l’expérimentateur qui lui parlait soit en utilisant le PDS, soit en utilisant un langage neutre (comme celui que l’on utilise entre adultes). Résultat : lorsqu’on s’adresse à eux en utilisant le PDS, les chevaux répondent plus favorablement, ils sont plus calmes, regardent davantage l’expérimentateur et répondent aux gestes de pansage de l’expérimentateur en miroir (ils frottent le bout de leur nez contre lui en cherchant à le toiletter en retour), gestes qu’ils ne font pas si on s’adresse à eux dans un langage adulte neutre.

Dans le second test, l’expérimentateur a cherché à communiquer au cheval une information : la localisation d’une récompense alimentaire. En éthologie, on appelle cela la communication référentielle.

L’expérimentateur se place face au cheval avec, devant lui, deux seaux fermés dont un seul contient de la nourriture. Il désigne ensuite avec son bras le seau que le cheval doit choisir pour obtenir la récompense en s’adressant à lui soit en utilisant le PDS, soit en utilisant un langage neutre.

Lorsque l’expérimentateur parle de façon neutre, les chevaux choisissent un seau au hasard. En revanche, lorsque l’expérimentateur parle en PDS, ils choisissent préférentiellement le seau qui leur a été indiqué. Le PDS capte donc l’attention des chevaux et les aide à mieux comprendre les intentions et à suivre les instructions de l’expérimentateur pour réussir la tâche demandée.

Amélioration du bien-être animal… et humain

Cette étude montre que cette façon de parler aux jeunes enfants, que l’humain a tendance à utiliser instinctivement avec certains animaux, facilite effectivement la communication entre humains et chevaux dans les interactions de tous les jours (pansage, travail…). Les chevaux sont plus attentifs et semblent mieux comprendre les intentions de leur cavalier lorsque le ton utilisé est plus aigu et les intonations exagérées.

Cette manière de communiquer peut également contribuer à améliorer le bien-être de ces animaux très sensibles aux émotions humaines. Des études sont en cours pour approfondir les connaissances sur les interactions émotionnelles entre humains et chevaux, tant pour améliorer le bien-être des animaux que celui des humains dans différents cadres, comme l’équitation ou l’équithérapie.

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