Le verger, une auberge ouverte à de nombreux amis

Divers dispositifs permettent d’attirer les auxiliaires au verger.  Ces pots, par exemple, accueillent des forficules.
Divers dispositifs permettent d’attirer les auxiliaires au verger. Ces pots, par exemple, accueillent des forficules.

Comme d’autres milieux naturels, un verger qui comporte une diversité d’arbres, d’arbustes et de plantes herbacées peut accueillir une faune composée principalement d’insectes ou d’acariens, mais également de mammifères, d’oiseaux, de reptiles et de batraciens, de mollusques, de nématodes, de champignons, de bactéries, de virus, et d’autres encore. Ensemble, ils forment un milieu de vie qui peut paraître hétérogène, mais qui à l’analyse se révèle coordonné. Éliminer certains que l’on estime « nuisibles » en favorisant d’autres qui sont jugés « utiles » peut donc être compliqué et amener des perturbations dans l’équilibre qui s’était formé.

Dans son jardin, et avec des moyens limités, que peut faire un jardinier amateur disposant d’un verger – quelle qu’en soit l’importance – pour réaliser une démarche allant dans le sens d’une meilleure coexistence entre l’humanité et le milieu naturel qui l’entoure ?

Lorsque l’on aborde l’étude des méthodes naturelles de lutte contre les bio-agresseurs des vergers, la multitude des cas qui se présentent donne parfois le vertige tant ceux-ci sont nombreux. Pour rendre ces méthodes compréhensibles et applicables, il va falloir sérier les problèmes de manière logique.

Dans cet article, nous n’aborderons pas l’identification et le dénombrement des auxiliaires dans les vergers. Ce travail est complexe et il demande des connaissances profondes en entomologie. Pour cela, l’Organisation internationale de Lutte biologique (O.I.L.B.) et le Centre technique interprofessionnel des Fruits et Légumes (C.T.I.F.L) ont publié de nombreux ouvrages en français, abondamment illustrés, qui permettent de reconnaître et d’identifier les ravageurs et les maladies des principales espèces fruitières à pépins, à noyau et vignes.

De même, nous n’envisagerons pas les organismes pollinisateurs qui favorisent la fructification, mais uniquement les auxiliaires actifs dans la lutte contre des ravageurs des vergers.

Distinguer les prédateurs… et les parasitoïdes

La première distinction est à faire entre les prédateurs et les parasitoïdes : les prédateurs se nourrissent de proies qu’ils capturent vivantes. Ils sont généralement moins sélectifs que les parasitoïdes, de sorte qu’ils peuvent s’attaquer à une diversité de bio-agresseurs.

Toutefois, leur persistance et leur installation dans le verger impliquent qu’ils y trouveront une nourriture alternative une fois qu’ils auront éliminé les bio-agresseurs, et cette nourriture alternative ne doit pas être une autre espèce auxiliaire, comme ce fut le cas en son temps avec des coccinelles importées d’Australie. On mesure ici dès le départ toute la complexité du mécanisme que l’on veut mettre en œuvre !

Selon le proverbe qui fait allusion « au gîte et au couvert », les prédateurs doivent aussi trouver un abri qui leur permettra de subsister pendant les périodes très froides ou très chaudes : dans le sol ou des fruits momifiés s’il s’agit de larves ou d’adultes ; sur des branches, sous des écorces et dans des bourgeons s’il s’agit d’œufs, qui sont généralement plus résistants que les larves et les adultes.

Les entomologistes spécialisés en lutte biologique distinguent les « prédateurs de nettoyage » qui ne sont présents que lorsque les proies sont en grande quantité (par exemple, les punaises Orius) et les « prédateurs de protection » qui sont présents même avec une faible quantité de proies. Certains prédateurs de nettoyage pondent leurs œufs de préférence à proximité de colonies de leurs proies favorites ! Dès leur éclosion, les jeunes larves trouveront une nourriture abondante à leur proximité immédiate.

Le puceron cendré, responsable des dégâts ci-dessus sur Jonagold,  peut être la cible des forficules et coccinelles.
Le puceron cendré, responsable des dégâts ci-dessus sur Jonagold, peut être la cible des forficules et coccinelles.

Les parasitoïdes ont un cycle qui dépend de la présence d’un organisme vivant aux dépens duquel ils vont se développer. Le plus souvent, il s’agit d’un insecte qui pond ses œufs dans le corps d’un autre insecte, spécifique ou non, généralement au stade larvaire, dans lequel il se développera en s’en nourrissant.

Avec quelle efficacité ?

L’efficacité d’un auxiliaire, qu’il soit pollinisateur, prédateur ou parasitoïde, dépend aussi de sa mobilité et de sa capacité à se disperser et, ainsi, à prospecter un espace le plus grand possible. Les forficules (=perce-oreilles), par exemple, ont tendance à rester groupés.

Dans le cas particulier des arbres et arbustes fruitiers, il doit aussi accéder à la ramure soit en grimpant, soit en volant ; les carabes, par exemple, qui sont d’excellents prédateurs en cultures légumières de faible hauteur, ne jouent qu’un rôle secondaire dans les vergers.

La présence d’une mare favorise l’équilibre biologique du verger.
La présence d’une mare favorise l’équilibre biologique du verger.

Certains organismes vivants peuvent être à la fois auxiliaires à certains moments de l’année et nuisibles à d’autres moments. On peut citer de nombreux exemples de cette situation ambigüe : certains oiseaux qui sont des prédateurs actifs et efficaces de chenilles au printemps, puis qui en automne apprécieront la chair des fruits mûrs ; les forficules (= perce-oreilles) qui sont des prédateurs très utiles de pucerons cendrés du pommier en tout début de saison alors que les coccinelles ne sont pas encore actives, mais qui à l’arrière-saison creusent des trous dans les pommes et les salissent de leurs déjections dans la cavité pédonculaire.

Qui sont les meilleurs auxiliaires ?

Les insectes sont, de loin, les auxiliaires les plus nombreux tant par le nombre important d’espèces que le nombre d’individus d’une population.

L’ordre des Hétéroptères compte les punaises, dont certaines espèces dans les familles des Anthocoridés ( Anthocoris et Orius ) et des Miridés (plusieurs espèces) sont des prédateurs très mobiles d’insectes et d’acariens. Dans l’ordre des Diptères, les Syrphes rappellent l’aspect de guêpes ; ils sont bien connus pour leur vol stationnaire ; ils hivernent sous forme de larves ou d’adultes ; il y a plusieurs générations par an ; les larves sont des prédateurs de pucerons très voraces, qui apprécient le pollen comme nourriture alternative.

Les Tachinaires sont des Diptères semblables à des mouches, parasitoïdes du carpocapse des pommes. Les Chrysopes appartiennent à l’ordre des Névroptères. Ces élégants insectes aux grandes ailes translucides ont un corps bleu-vert fluo effilé ; les œufs sont pondus un par un à l’extrémité d’un long filament ; les larves sont prédatrices d’une grande diversité d’insectes. Les Coléoptères comptent trois familles principales de prédateurs : les Coccinelles, les Carabes et les Staphylins. Seules les coccinelles sont capables de voler.

Dans l’ordre des Hyménoptères, on trouve différents parasitoïdes dont le rôle est important. Par exemple les Ichneumons qui pondent leurs œufs dans des chenilles ou à proximité de celles-ci (notamment du carpocapse des pommes). Ou encore les Aphélinides qui parasitent les pucerons : Aphelinus mali parasite spécialement le puceron lanigère et Aphidius colemani s’attaque à une diversité de pucerons. Les hyménoptères comportent aussi les guêpes, qui sont occasionnellement des prédatrices de larves ou d’adultes, tandis que les Apidés sont des pollinisateurs de tout premier ordre.

L’organisation sociale de certains Hyménoptères est bien connue. L’écrivain belge Maurice Maeterlinck (Prix Nobel de littérature en 1911) s’en est inspiré. Par contre, la capacité pour certaines femelles de contrôler au moment de la ponte le sexe de chacun des futurs individus est moins connu.

Les araignées (une trentaine de familles et 1.500 espèces) sont des prédateurs polyphages qui ont une grande mobilité. Elles sont malheureusement très sensibles aux produits phytopharmaceutiques.

Les acariens comptent différentes espèces prédatrices d’autres acariens. Leur taille ne dépasse pas 0,5 mm, hormis le Thrombidium reconnaissable facilement à son corps plus gros, de teinte rouge vif. L’identification des acariens est l’affaire de spécialistes.

Le phytopte du poirier, un acarien de 0,2 mm, se développe dans le parenchyme  des feuilles et leur cause des dégâts. Il ne trouve guère de prédateurs naturels.
Le phytopte du poirier, un acarien de 0,2 mm, se développe dans le parenchyme des feuilles et leur cause des dégâts. Il ne trouve guère de prédateurs naturels.

Dans les vergers où on n’a pas utilisé du tout ou depuis longtemps d’acaricides spécifiques ou de produits ayant un effet secondaire sur les acariens, un équilibre entre les acariens nuisibles et les différents acariens utiles s’est généralement créé spontanément. Il faut à tout prix éviter de le rompre. Le phytopte du poirier (Eriophyes piri), un acarien de 0,2 mm qui se développe dans le parenchyme des feuilles, et le phytopte du cassissier (Eriophyes ribis) dans les bourgeons de cette espèce ne trouvent, eux, guère de prédateurs naturels.

Les deux tableaux ci-joints indiquent l’efficacité des principaux prédateurs et parasitoïdes actifs sur les arbres fruitiers.

Ir. André Sansdrap

Wépion

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