En cas de malheur, le service de remplacement agricole à la rescousse

En cas de malheur, le service de remplacement agricole à la rescousse

Le cordonnier était heureusement très bien chaussé. Philippe Bottemanne est en effet président de la Régionale hennuyère du SRA à la tête de laquelle il succède à Jean-Louis Gustin en 2019. Il est également l’actuel vice-président de la Fédération wallonne des services de remplacement agricole (Fsraw) dont le siège est à Sprimont.

Son épouse travaillant à l’extérieur, il est seul sur son exploitation mixte de cultures-élevage d’environ 80 ha.

Foudroyé par un lumbago aigu

Membre depuis 2008, c’est en 2009, au décès de son père, que le service de remplacement entre pour la première fois dans son exploitation. Il fera depuis lors partie intégrante de son quotidien.

En juillet 2020, Philippe Bottemanne est lui-même victime d’une défaillance, il s’écroule dans la cour de son exploitation, foudroyé par un lumbago aigu en lavant des seaux à côté de la laiterie : « Je ne pouvais plus bouger, j’étais seul, j’ai pris mon téléphone pour appeler directement un agent du service de remplacement que je connaissais », rembobine-t-il en précisant qu’il venait de débuter une série de vêlages.

« Les accidents, c’est souvent le corps qui ne suit plus ou une blessure dans l’exercice quotidien du métier ».

S’il échappe à l’hospitalisation, l’ostéopathe qu’il consulte en urgence lui impose dix jours de repos complet. Entretemps, c’est Keve Godeau qui prendra les rênes de l’exploitation durant toute sa période d’incapacité. Il gérera les césariennes avec le vétérinaire.

« C’est l’atout de ce type service, car les voisins ou la famille ont leurs propres activités et ne peuvent se substituer à leur collègue, parent malade ou accidenté pendant plusieurs jours » précise Philippe Bottemanne.

Les blessures, les accidents, des éléments de vie auxquels sont exposés les agriculteurs. « Souvent, c’est le corps qui ne suit plus, en particulier le dos, parfois ce sont des accidents dans l’exercice du quotidien d’un éleveur, une morsure d’un veau qui apprend à boire au seau avec pour conséquence une visite aux urgences, des points de suture et une interdiction de plonger sa main dans l’eau pendant plusieurs jours » se souvient Philippe Bottemanne, victime, lui aussi, d’un animal glouton.

Des agents immédiatement opérationnels

Le remplacement en cas d’accident, de maladie, de décès constitue justement la principale mission du SRA et « c’est une fameuse responsabilité, surtout dans une exploitation où l’on traie par exemple 120 vaches et qu’il faut gérer le troupeau, l’hygiène, les maladies. Pour toutes ces raisons, il faut des gens extrêmement compétents » développe-il.

« En cas d’accident ou de gros pépin, vous prenez votre téléphone et vous avez un agent sur votre exploitation dans l’heure ».

Créée en 1977, la Fsraw est répartie en douze services régionaux, couvrant l’ensemble du territoire wallon. La régionale hennuyère quadrille les territoires s’étendant d’Ath à la limite de Charleroi et de Braine l’Alleud jusqu’à la lisière de Mons.

L’Asbl est gérée par les agriculteurs membres, elle possède un conseil d‘administration et compte un président, deux vice-présidents, un secrétaire et un trésorier. « Nous avons cinq agents pour environ 85 exploitations, soit plus ou moins 170 membres » indique Philippe Bottemanne en précisant que « la cotisation annuelle s’élève à 200€ pour deux personnes ».

Le service de la régionale hennuyère est particulièrement bien huilé. Les cinq agents tournent dans les exploitations membres afin de se familiariser avec leurs installations et donner un coup de main au fermier. Les agents bénéficient d’un travail garanti de 8 heures par jour sur base d’un tour de rôle obligatoire.

L’objectif est d’être immédiatement opérationnel en cas de pépins de l’agriculteur mais aussi dans des circonstances moins sombres comme un mariage ou des vacances. Car la Fsraw permet également aux agriculteurs d’avoir une vie plus sociale en élargissant le champ des circonstances qui mènent un agent dans une exploitation.

Une assurance tout risque

Pour bénéficier du service de remplacement, il faut impérativement être membre. « C’est un peu comme une assurance : si votre exploitation prend feu, personne ne vous indemnisera si vous n’êtes pas assuré » illustre Philippe Bottemanne.

Les nouveaux affiliés doivent observer un stage d’attente de quatre mois avant de bénéficier de l’ensemble des services, dont les tours de rôle, sauf en cas d’accident. Une précaution afin de se prémunir contre les abus.

Keve Godeau est agent de remplacement, il travaille avec enthousiasme depuis près de six ans à la régionale hennuyère qu’il a directement intégrée au sortir de ses études en horticulture et jardin.

Ce timide jeune homme au regard souriant a très vite trouvé ses marques dans des exploitations tantôt tournées vers l’élevage, tantôt vers les cultures céréalières. Agriculteur volant ou nomade, au choix, il est polyvalent et discret, deux des principales qualités de ce métier où l’humain le dispute au technique.

Il a aussi appris à ressentir les besoins et appréhender la façon de travailler des exploitants.

« Je suis amené à gérer l’alimentation et l’entretien du bétail et effectuer des travaux de champ à l’exception des pulvérisations » explique-t-il. « Dans ce cas-là, le service de remplacement se tourne vers des entrepreneurs en raison des potentiels risques d’erreurs au niveau de l’utilisation des produits et des machines » poursuit Philippe Bottemanne.

Keve Godeau a déjà souvent été confronté à des moments douloureux sur des exploitations membres : des accidents, des maladies mais il lui est a également arrivé d’être dépêché sur une exploitation suite au décès inopiné d’un agriculteur.

Outre des compétences techniques, les agents doivent être dotés de beaucoup de qualités humaines. Il faut assumer tout en faisant tourner l’exploitation avant de devoir accompagner la famille dans sa prise de décision quant au futur de l’activité. L’exploitant n’ayant pas de succession, Keve a ainsi eu la délicate tâche de devoir charger les bêtes qui ne pouvaient être conservées suite à la vente de la ferme.

« Quand tu connais personnellement l’agriculteur qui vient de décéder et que le lendemain ou presque il n’y a plus rien, on se prend une fameuse claque » souffle-t-il.

Marie-France Vienne

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