De l’échaudage, on passe au chaulage… Il faut alors rappeler la différence entre chaud et chaux. Pour le chaud, c’est facile tout le monde comprend. Mais pour la chaux, c’est plus compliqué. En fait, la chaux, c’est du calcaire brûlé dans les fours à chaux. La roche calcaire, ce sont des algues, des coraux, des restes de poissons qui se sont déposés dans des mers chaudes, calmes et peu profondes, il y a des millions d’années. C’est de la poussière de calcaire que les agriculteurs épandent parfois sur les champs pour corriger l’acidité. Quand vous parlez d’épandage d’engrais, vous voyez toujours un front qui se plisse, un nez qui s’allonge, et vous avez repéré qui vous suspecte. Il faut alors se montrer pédagogique. Non, Monsieur, ce ne sont pas des saloperies chimiques que les agriculteurs épandent sur les terres, c’est du recyclage d’éléments naturels qui, en l’occurrence, ont déjà bien vécu.
Si vous voulez en mettre plein la vue, vous poursuivez à la manière de « C’est pas sorcier », en expliquant que les pierres calcaires bleues (Soignies, Condroz) sont vieilles de 300 millions d’années, que les jaunes (Orval) sont du Jurassique (150 millions d’années) et que les blanches (Sud de Mons, la Marne) sont les plus jeunes (Crétacé, 75 millions d’années). Si cela ne suffit pas, vous pouvez monter d’un cran en jouant au petit chimiste : ce qu’on épand dans les champs, ce n’est pas de la chaux (CaO) mais du Carbonate de calcium (CaCO3) broyé très fin. La différence ? Chaque molécule de calcium a piégé une molécule de CO2. Merci les roches sédimentaires. Pourquoi ? Parce que les géologues ont calculé, sur base du volume total des roches calcaires qui se sont déposées sur la croûte terrestre, que lorsque la planète s’est formée, son atmosphère devait contenir 80 % du fameux CO2, aujourd’hui bloqué dans les roches. Le taux actuel, quoiqu’il ne soit plus que de 0.04 %, nous inquiète à juste titre, vu son rôle dans le réchauffement climatique.
Il faut aussi rappeler que la nature fait bien les choses, mais qu’elle apprécie les petits coups de pouce. Ainsi, les sols qu’on dit froids, se sentent bien mieux lorsqu’on corrige leur penchant à l’acidité, en les amendant avec du calcium, prélevé dans des gisements où il est en excès. Cela s’appelle de la fertilisation. C’est une gestion responsable des ressources de la planète. Et puis si vous voulez vraiment épater la galerie, vous sortez un autre mot de vieux français, à la manière de Molière, et vous placez un « Peu me chaut* votre avis, (*du verbe chaloir = peu importe), ce qui compte, c’est que les terres froides aient plus chaud, grâce à la chaux, mais pas trop, pour ne pas être échaudées ».











