Une foire internationale

au cœur du secteur belge de la pomme de terre

Le commerce et la transformation belges de la pomme de terre montrent une forte croissance, c’est un fait évident. L’an dernier, le cap de 5 millions de tonnes de tubercules transformés a été franchi. En 1990, quelque 500.000 tonnes de pommes de terre ont été transformées en frites, produits de purée, chips, flocons et granulés. Et 28 ans plus tard, ces volumes sont multipliés par 10 !

La Belgique est devenue le plus grand pays exportateur de produits de pommes de terre surgelés ; les livraisons se font dans plus de 150 pays. Il va donc de soi qu’on retrouve les entreprises de transformation ou d’exportation telles que Lutosa, Mydibel, Roger & Roger, Agristo, Ecofrost, Clarebout, Pinguin, d’Arta et Westfro dans la région tournaisienne.

Concentration des forces

Le fait que cette région soit devenue le centre mondial des produits surgelés, et plus particulièrement des produits de pommes de terre (surgelés) peut être attribué à de bonnes conditions de départ, en complément à l’entreprenariat et un effet de regroupement. Et pour commencer, la région bénéficie de bonnes conditions climatiques, pédologiques et agroéconomiques pour la culture de tubercules comestibles et de légumes.

Depuis le milieu des années 1950, et en raison de la crise de l’industrie du lin, l’industrie de la région a recherché de nouveaux débouchés. Grâce à leur entreprenariat, de nombreux industriels ont recentré leurs activités sur des dérivés de l’industrie du lin, comme les panneaux de particules, les moquettes ou les tissus d’ameublement. De leur côté, les agriculteurs ont remplacé la culture du lin et d’autres plantes industrielles par la culture intensive de légumes et de champignons.

Et c’est ainsi qu’au milieu des années 1960, les premiers entrepreneurs de Flandre-Occidentale se sont aventurés sur le marché du légume surgelé. Inspirés par ce succès, d’autres entrepreneurs, apparentés ou non à ces pionniers, n’ont pas tardé à suivre ceux-ci. L’union faisant la force, le secteur a commencé à se développer.

Un des moteurs de cette croissance n’est en fait rien d’autre que la volonté être meilleur ou plus grand que son voisin. Et c’est ainsi que les concurrents voisins se sont projetés vers l’avant. Cette tendance à « faire mieux que son voisin » était également présente chez les fournisseurs et clients de ces industriels de la transformation, qui se sont développés parallèlement à leurs consommateurs.

De plus, les fournisseurs qui étaient déjà établis dans la région ont bénéficié tout naturellement de meilleures possibilités d’écoulement dans les alentours immédiats, et ont par conséquent saisi davantage d’opportunités de se développer et d’élaborer de nouveaux services. Cet effet d’aubaine a profité également aux consommateurs. En outre, un effet de « réseautage » a permis aux entreprises de nouer plus rapidement des contacts entre elles.

Le rôle du gouvernement ou des syndicats qui ont soutenu ces développements n’est pas à sous-estimer. Cet appui s’est traduit notamment par l’établissement de centres de recherche, l’organisation de formations ou la rationalisation des circuits de distribution et de vente. À partir du moment où la région a commencé à se développer comme une entité, elle a attiré d’autres entreprises, de la main-d’œuvre et des investisseurs qui ont vu des opportunités dans le développement du secteur de la pomme de terre et ont souhaité s’établir dans la région.

Cette spirale de connaissances, de contacts, d’entreprenariat et de proximité renforce toutes les entreprises dans la région et fait en sorte que le développement du secteur s’y accélère. Ce type de regroupements à succès rappelle à une échelle plus modeste ceux des entreprises de haute technologie dans la Sillicon Valley à San Francisco, de l’industrie du cinéma à Hollywood, de l’industrie automobile à Detroit, ou encore de la culture des bulbes à fleurs dans la « région des bulbes » aux Pays-Bas.

Vente de matériels agricoles

Compte tenu de cet effet de regroupement, il n’est pas étonnant qu’en plus de l’industrie de transformation, bon nombre de constructeurs de machines agricoles se soient également établis dans la région. Ainsi, les deux full-liners notoires en machines agricoles destinées à la récolte de pommes de terre, AVR et Dewulf, ont leur siège à Roulers (Flandre-Occidentale), à moins de 5 km l’un de l’autre ; et depuis peu, Grimme Belgium s’y est également établi. Les fabricants de pulvérisateurs, Beyne et Delvano sont également installés dans la région, de même que des constructeurs de remorques et bennes agricoles et de machines de préparation du sol.

La vente de ces machines suit les tendances générales (tableau 1) du machinisme agricole dans notre pays. En termes d’effectif, l’évolution est la suivante : moins de machines sont achetées par un groupe d’agriculteurs continuellement décroissant, mais les machines vendues ont une plus grande capacité et davantage de possibilités, permettant de travailler plus avec moins tout en augmentant la capacité totale. Cela se reflète clairement dans les arracheuses de pommes de terre. Alors qu’en 2011, le matériel tracté constituait la plus grosse part des ventes d’arracheuses, depuis quelques années, c’est l’arracheuse par tamisage automotrice à 4 rangs qui connaît le plus vif succès de vente.

Une pour toutes, toutes (les pommes de terre) pour la Belgique

La croissance spectaculaire de la transformation de pommes de terre ne peut logiquement pas provenir de la Belgique à elle seule. Alors qu’en 2009, notre pays importait encore 673.940 t de pommes de terre depuis la France, on constate qu’en 2018, ce chiffre a plus que doublé, passant à 1.422.554 t. L’exportation de pommes de terre de consommation vers notre pays a également augmenté depuis l’Allemagne, pays limitrophe, s’envolant de 186.453 t à 519.540 t.

Aux Pays-Bas, on constate de la même manière une hausse des exportations vers la Belgique de 30 %, passant à 389.639 t, mais c’est surtout l’augmentation de 84 % des exportations de la Belgique vers les Pays-Bas, passant à 660.708 t en 2018 qui est la plus remarquable. Le commerce, l’achat en vue d’exporter via les ports et la transformation sont les éléments explicatifs de cette évolution.

Les exportations totales de pommes de terre de consommation belges ont progressé de 700.086 t en 2009 à 873.704 t en 2018, soit une hausse de 25 %, mais les importations belges ont connu, aussi bien en chiffres relatifs qu’absolus, une croissance explosive et ont presque doublé, de 1.242.075 t en 2009 à 2.417.030 t en 2018.

La balance commerciale des pommes de terre de consommation est ainsi passée de -541.989 t en 2009 à -1.543.326 t en 2018.

Productions en Belgique

La surface de pommes de terre a augmenté dans notre pays de 28 % en 10 ans, passant de 72.723 ha en 2009 à 93.331 ha en 2018. Les provinces de Flandre-Occidentale (26 %), Hainaut (23 %) et Flandre-Orientale (13 %) représentent ensemble près de 2/3 de la surface totale. Au plan régional, les arrondissements de Nivelles (7.402 ha), Ypres (6.194 ha), Tournai (5.223 ha), Namur (4 851 ha) et Ath (3.693 ha) sont en tête des emblavements.

Tournai se situe également en tête des surfaces au niveau communal, et cette position n’est pas étonnante. En termes de superficie, Tournai est la plus grande commune du pays et avec 16,46 % des terres arables destinées aux pommes de terre, elle obtient un score supérieur à la moyenne. Le top 5 des communes productrices de pommes de terre est complété par Poperinge (1.644 ha), Ypres (1.507 ha), le Pays des Collines (1.197 ha) et Ath (1.166 ha).

Comme en Belgique près de 90 % de la surface sont destinés aux pommes de terre de conservation, les communes citées ci-avant constituent tout logiquement le top 5 des communes cultivant les plus grandes surfaces de celles-ci.

La localisation de la production suit également les conditions climatiques et celles liées au sol (tableau 2). Alors que dans le sud de la Flandre-Occidentale, la part des primeurs atteint près de 20 % de la quantité totale de pommes de terre, cette part représente à peine 1 % dans la province du Luxembourg. Les communes au plus haut % de terres arables occupées par des pommes de terre, Messines (29,8 %) et Ingelmunster (24,0 %), se situent dans un rayon de 50 km autour de Tournai.

Recul de la surface sauf en Belgique, aux Pays-Bas et en France

La culture de pommes de terre s’étend sur 1,7 million d’ha dans les 28 États membres de l’Union européenne, ce qui équivaut à 1,6 % des terres agricoles disponibles et cultivables. En Belgique (11 %) et aux Pays-Bas (16 %) la superficie destinée à la culture est nettement plus élevée. Quelque 52 millions de t de tubercules ont été récoltés l’an dernier sur ces 1,7 million d’ha, soit 37 % de moins qu’en 2000.

La surface de pommes de terre diminue au sein de la plupart des Etats-membres de l’UE, mais au cours de ces dix dernières années, la Belgique (tableau 3), les Pays-Bas et la France ont constitué l’unique exception à cette règle. Dans les pays limitrophes, la surface de pommes de terre s’est essentiellement agrandie en France, de 159.315 ha en 2009 à 200.000 ha (+26 %) en 2018. Les Pays-Bas ont connu une légère hausse de 6 %, passant de 155.232 ha en 2009 à 164 973 ha, l’an dernier. Avec 250.200 ha, l’Allemagne demeure le plus gros producteur européen, bien que la surface ait diminué de 5 % depuis 2009 où elle comptait 263.700 ha. Le Royaume-Uni aussi a connu une baisse de 3 %, passant à 140.000 ha en 2018.

La surface dédiée à cette culture dans l’ensemble de ces 5 pays s’est toutefois agrandie de près de 7 %. Les chiffres provisoires pour cette année en matière de surface indiquent que dans ces cinq pays, la surface totale a continué d’augmenter : + 2,4 % en comparaison avec l’an dernier.

Chez nos voisins

Avec 164.973 ha, la surface néerlandaise (tableau 4) est une fois et demie plus grande que la surface belge. Les 4 plus grosses provinces productrices de pomme de terre aux Pays-Bas – la Drenthe (28.886 ha), la Groningue (27.622 ha), le Brabant-du-Nord (21.107 ha) et la Zélande (19.107 ha) –, représentent plus de 50 % de la surface totale dédiée à celles-ci. Les 8 autres provinces se partagent le reste de la superficie.

Au niveau régional, le Polder du Nord-Est (9.831 ha), Emmen (7.428 ha), Borger-Odoorn (5.986 ha), Westerwolde (5.672 ha) et Hollands Kroon (5.132 ha) constituent le top 5 des communes les plus « couvertes » en pommes terre. Le Polder du Nord-Est (7.313 ha) et Hollands Kroon (4.146 ha) cultivent essentiellement des pommes de terre de semence, alors que dans les communes d’Emmen (5.682 ha), de Borger-Odoorn (5.664 ha) et de Westerwolde (5.202 ha), ce sont les pommes de terre féculières qui constituent la principale culture de tubercules comestibles.

Le Polder du Nord-Est occupe logiquement la tête de ce classement : cette région comporte nombre de superficies agricoles disponibles, et elle abrite depuis longtemps de nombreuses entreprises actives dans la filière de la pomme de terre.

Concernant les pommes de terre de consommation, les communes de Goeree-Overflakkee (3.566 ha) et Dronte (2.432 ha) se situent en tête de liste. Ici aussi, on retrouve le Polder du Nord-Est, placé en 3e position avec 2.434 ha.

En Allemagne, la culture de pommes de terre s’étend sur 250.200 ha, soit 2,7 fois les superficies produites chez nous ; à relativiser avec la taille du territoire (l’Allemagne est 11 fois plus étendue que la Belgique). L’État fédéré de la Basse-Saxe (Niedersachsen) représente 45 % du total. Avec 16 % de la surface, la Bavière suit à la 2e place, à une distance respectable. Les importations de pommes de terre de consommation de l’Allemagne à la Belgique ont grimpé de 186.453 t en 2009 à 519.540 t en 2018. En Allemagne, la production totale atteint 8.747.600 t (2018).

En France, le Nord-Pas-de-Calais (38 %) et la Picardie (25 %) qui sont devenus récemment la région des Hauts-de-France sont les territoires les plus « couverts » en pommes de terre. Leur proximité avec le cœur de la production et de la transformation belges n’est pas une coïncidence.

Les exportations depuis le Royaume-Uni ont par contre progressé de 5.063 tonnes en 2009 à 28.695 tonnes en 2019, il s’agit toutefois de chiffres absolus : en comparaison avec les autres pays voisins, ces quantités sont négligeables.

Petites surfaces d’exploitation en Pologne et en Roumanie

La Pologne est un autre producteur européen majeur. Bien qu’il détienne la plus grande surface de pommes de terre au sein de l’Union européenne, ce pays est loin d’être le 1er producteur, en raison de rendements plus faibles et d’un nombre prépondérant de petits producteurs. Cette observation est également valable pour la Roumanie.

En 2016, la totalité de l’Union européenne comptait près de 1,5 million d’exploitations agricoles actives dans la culture de la pomme de terre. Forts de 40 % de cet effectif en Roumanie et 25 % en Pologne, ces deux pays représentent donc 2/3 des producteurs européens. Toutefois, il est bon de noter que 90 % de tous les producteurs européens disposent d’une surface inférieure à 1 ha, et ne représentent ensemble que 14,8 % de la surface totale patatière en Europe.

Le producteur roumain ne cultive en moyenne que 0,2 ha de tubercules comestibles, tandis que son collègue polonais n’en cultive que 0,9 ha. On constate toutefois dans ces deux pays le développement en parallèle d’une série de très grandes exploitations agricole de nature industrielle.

Dans l’extrême inverse, seuls 2,2 % des cultivateurs européens de pommes de terre possédaient en 2016 une surface de plus de 10 ha, représentant toutefois 60,5 % des terres cultivables de pommes de terre.

Avec une moyenne de 26,1 ha, le cultivateur de pommes de terre danois est le numéro un dans l’UE en termes de surfaces. Ses collègues néerlandais et anglais se partagent la deuxième place avec 16,5 ha.

Commerce mondial

En ce qui concerne les exportations de pommes de terre fraîches, l’Allemagne devance la France de justesse, suivie à une certaine distance par la Belgique et les Pays-Bas, proches l’un de l’autre, en 3e et 4e positions, devant l’Égypte, qui occupe la 5e place. Quant aux plants, les Pays-Bas sont largement en tête du classement avec approximativement cinq fois plus de volumes exportés que la France, le second sur la liste.

Quant aux produits de pommes de terre surgelés, la Belgique en est le leader mondial, se positionnant avant les Pays-Bas et le Canada que notre pays a dépassé au cours de cette dernière décennie.

D’après Gert Van Thillo

, Fedagrim, et des informations de Vlam, PotatoEurope, Statbel, Statline CBS, Belgapom, Rabobank, Eurostat,

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