pour préserver
nos campagnes
la Wallonie préserve bien plus que des insectes : elle redonne vie à tout un pan de biodiversité. Un combat aussi discret qu’eux, qui se gagnera avec le soutien des agriculteurs.
Fragiles et élégants, les papillons sont aussi d’excellents indicateurs écologiques. Leur présence ou absence révèle la qualité du milieu. En les étudiant, c’est aussi l’évolution de la naturalité du territoire, des pratiques agricoles et des pressions environnementales qui est suivie.
Les menaces qui pèsent aujourd’hui sur les écosystèmes affaiblissent les services rendus par la nature. La surexploitation des ressources, l’extension de l’agriculture intensive, l’artificialisation des milieux naturels, la pollution et le changement climatique contribuent à la disparition rapide d’habitats précieux et des services qu’ils nous rendent.
« Préserver la biodiversité, ce n’est pas un luxe : c’est une assurance-vie pour nos sociétés », alerte Violette Van Keymeulen, ingénieure écologue chez Biotope Environnement.
Cinq Plans d’actions espèces
En restaurant les habitats favorables à ces papillons, on restaure aussi le fonctionnement des cycles naturels : régulation des crues, épuration de l’eau, maintien des nappes phréatiques, résilience face aux sécheresses. Ce sont des effets bénéfiques à long terme, y compris pour l’agriculture.
Les PAE définissent les objectifs, identifient les menaces, localisent les zones d’intervention prioritaires, estiment les coûts et proposent des solutions. Ils encouragent également la concertation entre les acteurs : agriculteurs, naturalistes, communes, chasseurs et citoyens. Ils s’appuient sur les données scientifiques mais aussi sur les savoirs de terrain. Ils permettent d’enclencher une dynamique vertueuse de restauration de la nature.
La Wallonie, essentielle pour le Cuivré de la bistorte
Le très vulnérable Damier de la succise
Ce papillon de taille moyenne tient son nom du Damier orange et noir qui orne ses ailes et s’observe d’avril à juin. Originellement présent dans plusieurs régions wallonnes, il est aujourd’hui confiné à un site isolé en Famenne. Il fréquente typiquement les clairières aux sols humides et pauvres en nutriments où pousse la plante nourricière de sa chenille : la Succise des prés.
Ce papillon évolue dans des habitats devenus très rares en Wallonie : prairies maigres, landes sèches, clairières forestières et bas-marais. Des milieux fragiles qui ne survivent que grâce à une gestion attentive : fauche tardive, pâturage léger, ouverture du milieu. L’abandon de ces milieux, leur fermeture naturelle, ou au contraire l’intensification des pratiques agricoles ou sylvicoles ainsi que l’usage généralisé d’engrais minéraux, les rendent alors inhospitaliers pour le papillon. De plus, l’habitat du Damier s’est peu à peu fragmenté, isolant les populations et menaçant la survie de l’espèce.
Un réseau écologique à rebâtir
Les études montrent qu’un site isolé, même très favorable aux papillons, ne suffit pas. Pour espérer une stabilité des populations à long terme, il faut un réseau d’habitats connectés, distants de moins de 5 km, couvrant ensemble au moins 50 ha. Aujourd’hui, peu de secteurs en Wallonie répondent à ces critères. C’est pourquoi les plans d’action misent aussi sur la réintroduction du papillon dans des sites restaurés mais encore vides.
La survie de ces deux papillons dépend de la connexion entre les différentes populations et les habitats disponibles. Si une sous-population décline, seules des colonies voisines peuvent permettre une recolonisation. Sans ce lien vital entre les sites, même les milieux les plus favorables finissent par se vider, condamnant l’espèce à une extinction progressive.
Des critères stricts ont été définis pour juger de l’état de conservation d’un site ou d’un réseau de sites : surface minimale, densité de plantes hôtes, charge en bétail, fréquence de fauche… Ces élé
D es actions concrètes sur le terrain
Les PAE s’appuient sur des solutions concrètes : fauche tardive, gyrobroyage, pâturage extensif, semis de plantes nectarifères, rebouchage de drains (pour favoriser l’hydrologie naturelle du site), gestion de la densité de gibier, restauration de prairies. Ils incluent aussi des suivis scientifiques, des cartographies d’habitats, des évaluations écologiques régulières.
Les projets Life (programme européen pour l’environnement et le climat) déjà mis en œuvre ont permis de restaurer plusieurs centaines d’hectares d’habitats naturels, de tester de nouvelles méthodes et de mobiliser des partenaires.
Un rôle clé pour les agriculteurs, et des subsides disponibles !
Des freins à surmonter
Mettre en œuvre un PAE n’est pas sans obstacle : gestion du foncier, contraintes administratives, et sécurisation de moyens financiers sur le long terme, sont autant de défis à relever. Les changements de pratiques suscitent naturellement des réticences ; il faut expliquer, démontrer, dialoguer pour convaincre.
C’est pourquoi ces plans intègrent une dimension sociale et économique : ils identifient les freins, proposent des leviers, cherchent à harmoniser les usages du territoire. Leur succès repose sur une approche concertée, transparente et durable.
Des indicateurs précieux
Le Cuivré de la bistorte et le Damier de la succise ne sont pas de simples papillons en sursis. Ce sont des indicateurs précieux de l’état de notre nature, de nos paysages. Leur présence traduit l’existence des prairies vivantes, des forêts ouvertes, des zones humides fonctionnelles. Leur disparition, elle, révèlerait l’inverse : un appauvrissement dramatique de la nature wallonne.
Agir pour ces espèces, c’est bien plus que sauver des insectes : c’est redonner leur place à des milieux rares – bas-marais, landes sèches, tourbières, clairières forestières – et aux nombreuses espèces qu’ils abritent.
Avec ses Plans d’actions espèces, la Wallonie freine l’érosion de la biodiversité et sème les graines de la nature vivante de demain.
